Le journal Le Monde du jeudi 24 juillet a publié des extraits de l’interrogatoire de Gagliardi, ancien cadre de l’UIMM, mis en examen pour recel d’abus de confiance par le juge Le Loire. Dans cet interrogatoire, Gagliardi raconte que Pierre Guillen, ancien délégué général de l’UIMM, aujourd’hui décédé, lui a dit qu’il donnait quelques milliers de francs par an à la CGT. A la question du juge « et à la CFDT et FO » ? Gagliardi répond :« vraisemblablement ».
Ainsi, il suffit de piquer la copie d’un interrogatoire et d’en publier des extraits - alors que c’est interdit - pour ce que dit la personne mise en examen devienne vérité. Quand Gagliardi répond vraisemblablement, il dit en fait que Guillen ne lui a pas dit s’il versait ou non des fonds à ces syndicats. Il exprime sa déduction personnelle …qui se transforme en accusation, et pour les lecteurs quand c’est mis en scène par Plantu en certitude.
Ainsi la délation d’actes délictueux, faux ou vrais, suffit à un journal pour être imprimé, diffusé…et crédibilisé, voire sacralisé par un dessin en Une d’un intouchable caricaturiste.
On peut s’étonner que Le Monde publie une information non recoupée, transforme une assertion en accusation. Mauvaise pratique ? Vraisemblablement. Faute déontologique ? Vraisemblablement.
Que se passerait-il si un ancien responsable syndical racontait ce qui suit à un journaliste ?
Ancien secrétaire national de la C…, chargé d’un certain nombre de négociations nationales, j’ai eu à différentes reprises M. Pierre Guillen comme interlocuteur car il a été pendant un temps président de la Commission sociale du CNPF et donc négociateur en titre. Nous avons du nous rencontrer en tête à tête à plusieurs reprises pour comprendre les positions de chacun. Sur le rôle de l’UIMM, il m’a affirmé à plusieurs reprises qu’il avait les moyens de se faire entendre de la classe politique et des médias. J’étais un peu naïf à cette époque et je lui ai demandé comment ? Il m’a répondu en souriant « le nerf de la guerre, les sous, lèvent beaucoup de scrupules ». Devant ma surprise, il a ajouté, « même les journaux et les journalistes vont à la soupe ». J’ai réagi « Même Le Monde ? ». « Vraisemblablement » a-t-il répondu.
Vraisemblable cette histoire ? Comme celle de Gagliardi !