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LOBBYING et SERVICES
Le patronat entreprend trois types d’actions : une action de promotion de ses positions et idées en direction des pouvoirs publics, mais aussi de la société, une action de relation avec ses membres et les entreprises d’une façon générale, une action de négociation sociale.
Selon les pays, les proportions de ces trois fonctions sont différentes, notamment pour la négociation sociale menée dans des conditions très opposées dans un pays comme le Royaume-Uni et l’Allemagne
L’action de promotion ...

 
Les organisations patronales ont compris depuis longtemps la nécessité d’une action de communication en direction de différents interlocuteurs. Cette action de promotion consiste bien sûr à faire connaître leurs positions sur des questions de conjoncture économique et sociale. Mais dans plusieurs pays, la promotion de la pensée patronale ne se limite pas à l’actualité. Elle vise à informer la société des réalités des problèmes des entreprises, à convaincre différents publics des biens fondés de la libre entreprise, à intéresser diverses représentations sociales à la vie et au fonctionnement des entreprises. C’est sans doute le patronat allemand qui a le mieux pensé à cette action d’intégration du fait entreprise par la société allemande. Les clergés, l’armée, les universités sont devenues un champ de communication où les chefs d’entreprises multiplient interventions, colloques, conférences, bourses d’études. Cette entreprise permanente de pédagogie en faveur de l’entreprise est l’un des investissements majeurs du patronat allemand.

Dans le même esprit, le patronat suédois comme le patronat italien éditent des journaux, l’hebdomadaire suédois à 100 000 exemplaires, le quotidien italien à 350 000 exemplaires.
La promotion des idées patronales passe aussi par l’édition d’ouvrages économiques et sociaux que les organisations patronales s’efforcent de faire retenir par le monde universitaire. La CBI britannique publie ainsi chaque année une quarantaine d’ouvrages qui deviennent des références pour les milieux économiques et de l’éducation. La Confindustria a même créé une université des sciences sociales.

La défense des positions patronales est aussi assurée par la publication d’études et de recherches. La CBI conduit elle même ses études. Dans d’autres pays, les organisations patronales ont créé des instituts d’études et de conjonctures. Leurs publications régulières sont lues avec attention et les médias en commentent les contenus. Les pouvoirs publics les analysent et en discutent directement avec les responsables patronaux. Les instituts d’étude du monde patronal font en général autorité dans la plupart des pays européens.

Enfin, le monde patronal a organisé un lobbying serré auprès des parlementaires. Au Royaume-Uni et en Suède, chaque parlementaire est coaché par un chef d’entreprise responsable dans l’organisation patronale, il reçoit documentation et information, il discute de chaque projet de loi avec son mentor patronal. Les organisations patronales envoient régulièrement leurs analyses et leurs positions aux parlementaires et tout projet de loi fait l’objet d’un lobbying précis.

Face à ses politiques de promotion du fait patronal, la situation française apparaît paradoxale. Le CNPF depuis le début des années 70 dispose d’une politique de communication ouverte et professionnelle. Les journées nationales du Medef sont suivies par la presse et bénéficient d’une bonne couverture. Les responsables du MEDEF s’expriment dans le médias ainsi que différentes figures du monde patronal. Mais, en comparaison de l’effort sociétal d’autres pays, la promotion de l’entreprise par le monde patronal français demeure modeste. L’institut d’étude du MEDEF est certes reconnu mais il fait moins autorité que son pendant allemand. Le Medef n’a pas de publications autres que ses périodiques internes. Quant au lobbying parlementaire, il reste limité aux parlementaires proches des idées du monde patronal. En bref, le patronat français a du mal à mordre au delà des sphères dirigeantes nationales du monde économiques. L’université par exemple n’est pas un terrain d’accueil en dehors des formations spécialisées au management. Le patronat français apparaît comme en retrait par rapport à l’esprit de conquête idéologique d’autres patronats d’Europe. Certes en son temps le président Gattaz a mis en avant « le parti de l’entreprise », mais la formule s’est usée.

Cette timidité patronale dans sa relation à la société renvoie à l’accueil que la société a fait au monde patronal et qu’elle fait encore aujourd’hui.
 
Les services aux entreprises
   
 
Cette fonction est en fort développement dans les différentes organisations patronales. Que sont ces services proposés ou parfois vendus comme au Royaume-Uni, aux entreprises adhérentes ? Des études comparatives sur les salaires, des études économiques, des conseils en management, de la formation, pour les salariés ou pour les dirigeants, des appuis pour s’implanter à l’étranger. Les organisations patronales ont multiplié durant les dernières années ces services de façon à renforcer leur légitimité et leur utilité aux yeux des entreprises. Ce développement va souvent de pair avec une décentralisation de la présence de la représentation patronale : maisons locales des entreprises en Suède, structuration locale en Italie, etc. La plupart des organisations patronales ont compris que la défense d’une doctrine et le lobbying auprès des pouvoirs publics ne suffisaient pas à les rendre indispensables aux chefs d’entreprise et que l’apport de services était nécessaire pour construire une relation positive avec leurs adhérents. Dans cette optique, la relation aux PME qui sont celles qui demandent le plus d’aides et de conseils devient davantage concurrentielle entre les organisations patronales.
On peut observer que si le monde patronal français s’efforce d’adopter la même démarche, il demeure en deçà de ce que d’autres patronats européens parviennent à réaliser. On peut le constater dans le nombre d’organismes d’études et de cabinets de consultants. Sans doute parce que le service aux adhérents n’est pas encore entré dans la culture des organisations françaises quelque soit leur nature. Sans doute aussi parce que le poids des organismes publics concurrencent fortement l’initiative des institutions patronales.