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L’origine des syndicats, c’est le métier. .. |
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Les ouvriers d’un même métier se regroupent au plan local, pour se faire entendre, reconnaître, négocier des salaires identiques, des cadences identiques, empêcher les employeurs d’embaucher en dessous de ces tarifs, etc. et donc créent un syndicat.
Le débat a existé. Comment se regrouper pour être plus fort ? Au plan du métier et donc au plan national, ou au plan de la localité et alors entre métiers différents ? Dans tous les pays, la réponse a été le métier. Il s’est structuré le plus souvent au niveau du pays avec toutefois des structures locales plus ou moins denses. Le local qui est à l’origine des bourses du travail, dont l’activité est plus tournée vers l’éducation, l’entraide va être surpassé par l’emprise du métier, des conventions collectives d’industrie et de la logique professionnelle.
Dans tous les pays, la structuration du mouvement syndical suit les mêmes contours : réunir les salariés des mêmes métiers, puis des mêmes professions, pour exercer un rapport de force vis à vis d’organisations patronales qui elles aussi se sont organisées par profession.
Fédérations : de métiers ou d’industrie ?
Une fois structurés par métiers, la question suivante va se poser : demeurer entre salariés des mêmes métiers ou créer des fédérations regroupant les salariés d’une même profession, d’un même secteur, d’une même industrie et qui exercent alors des métiers différents ? La réponse majoritaire sera la profession, non le métier. Mais ce choix va être la conclusion d’intenses débats et dans certains pays, le métier va demeurer une ligne de structuration.
Le choix de fédérations sectorielles regroupant ouvriers, employés et cadres d’une même profession va dans certains pays s’accompagner de concessions : les employés s’organisant à part, dans le cas scandinaves par exemple.
Les cadres se structurent en majorité dans des organisations particulières, même si elles sont rattachées à des confédérations.
Enfin, dans certains pays, le métier va continuer à être la base de la structuration des syndicats et de leur regroupement. Le cas le plus exemplaire est celui de la Grande-Bretagne où l’on peut trouver dans la même usine plusieurs syndicats selon les métiers exercés dans ce lieu de travail. Mais en même temps, des syndicats généraux se sont créés pour devenir des unions professionnelles inter-métiers. Les deux modèles coexistent.
Le tableau d’organisation des modèles nationaux illustre cette variété des modes d’organisation des professions. Le nombre de fédérations (ou d’unions ou de syndicats nationaux selon les termes utilisés) est assez différent d’un pays à un autre, voire d’une confédération à une autre. Plus le nombre de fédérations est élevé, plus la structuration privilégie le métier. Moins il existe de fédérations, plus leur champ est vaste et leur regroupement justifié au nom d’une homogénéité de secteur économique.
La structuration des ensembles professionnels peut évoluer. C’est le cas en Allemagne où des regroupements sont intervenus ces dernières années. Le motif de ces regroupements est la nécessité d’avoir une taille suffisante pour entretenir un réseau de permanents dans toutes les régions. Aussi en 1989, le syndicat des journalistes a fusionné avec le syndicat du livre pour créer IG Media.
En 1995, est intervenue une fusion entre les fédérations du Bâtiment et de l’agriculture, puis entre la chimie et les fédérations des mines, et celle du cuir. IG Metall a regroupé le textile et l’habillement et le bois et la plasturgie. Enfin, la création de la fédération Verdi en 2001 a abouti à la création de la plus grande fédération professionnelle du monde en regroupant l’ancienne fédération autonome des employés DAG avec quatre fédérations membres du DGB. La nouvelle fédération arrive presque au chiffre de 3 millions d’adhérents.
En Grande-Bretagne aussi, des unions membres du TUC se sont regroupées ces dernières années.
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| Allemagne DGB |
8 fédérations |
| Autriche |
14 fédérations |
| Belgique CSC FGTB |
17 fédérations 12 |
| Danemark |
20 fédérations |
| Finlande SAK STTK AC |
24 26 32 |
| Espagne CCOO UGT |
12 11 |
| France CGT CFDT FO |
30 fédérations 15 « 33 « |
| R-U |
70 unions et syndicats |
| Grèce |
78 fédérations |
| Irlande |
60 syndicats |
| Italie CGIL CISL |
15 18 |
| Pays-Bas FNV |
14 |
| Portugal CGTP UGT |
114 52 |
| Suède LO TCO SACO |
24 19 25 |
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Confédération : modeste ou forte ?
Les unions ou fédérations professionnelles se regroupent dans une confédération : TUC, DGB, CGT, etc. Le rôle et la puissance des confédérations n’est pas la même selon les pays.
Les confédérations modestes sont incarnées par les exemples allemand et britannique. Aucune de ces deux confédération n’a pour vocation de négocier, cette fonction étant réservée aux seules fédérations. Tout au plus les représentants des confédérations peuvent discuter avec les gouvernements et siéger dans certaines instances de protection sociale ou relative à l’emploi. Mais lorsque le Gouvernement Schroëder lance un processus tripartite de concertation l’essentiel de la délégation syndicale est formée de responsables de fédérations. Le C de TUC signifie Congress, non confédération. Ces confédérations sont des structures de confrontation des fédérations, d’expression des dénominateurs communs aux différentes composantes professionnelles, de gestion de recherche et d’étude, de représentation dans différentes instances internationales. Le TUC est aussi chargé de faire respecter la discipline entre les fédérations sur le plan de frontières d’adhésions. Le personnel des confédérations est proportionnel à la modestie de leur rôle. Ces confédérations n’ont pas de pouvoir sur les fédérations et ne sont pas dans une position hiérarchique au-dessus des fédérations. Elles demeurent des instances de coordination, d’expression, de représentation. La fonction principale qui est celle de la négociation demeure entre les mains des fédérations.
Les confédérations scandinaves reflètent aussi ce modèle de confédérations modestes. Au Benelux, les rapports de force sont plutôt équilibrés.
Les confédérations fortes sont surtout le fait des confédérations latines France , Italie, Espagne, etc. Dans ces pays, les confédérations sont des structures faîtières qui exercent un rôle de négociation vis à vis des organisations patronales et des gouvernements, un rôle de représentation dans divers institutions bi ou tripartites. Les fédérations sont informées et consultées, mais ce sont les confédérations qui assument la responsabilité de la conduite de ces négociations. Ensuite, les confédérations assument un rôle interne de cohésion et d’élaboration de la doctrine syndicale. Elles peuvent exercer une fonction disciplinaire à l’encontre des fédérations
Dans un pays comme l’Allemagne, c’est le Président d’IG Metall qui sera interviewé sur la rentrée sociale. En France ce sera le secrétaire général des confédérations.
La différence est donc dans le degré de centralisation plus élevé dans le cas des confédérations fortes que dans l’autre modèle. Rôle de l’Etat, mode de négociation, conception de l’organisation syndicale expliquent ces différences qui témoignent à travers des modes d’organisation différents de cultures différentes
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Organisations territoriales :
modestie ou égalité avec les organisations professionnelles ?
Dans la plupart des pays, les organisations syndicales ont un niveau territorial. Ce niveau peut être professionnel, interprofessionnel ou les deux. Dans la majorité des cas, les structures territoriales interprofessionnelles sont des structures déconcentrées de la confédération. Mais dans certains pays, France, Italie, Espagne, Belgique, la représentation territoriale est une structure « politique » au sens où ses représentants votent dans les congrès confédéraux et où ces structures ont une autonomie d’action et de position à l’intérieur de la confédération comme les fédérations professionnelles. La confédération dans ce cas, est l’expression et la coordination d’une double représentation.
Relation base / sommet
Les syndicats se distinguent enfin par le pouvoir des structures professionnelles sur leurs structures de base, d'entreprise en particulier. Les syndicats de l’Europe du Nord et germaniques exercent un véritable pouvoir sur leur base. Les grèves, la signature des accords sont de la décision de l’Union professionnelle concernée. Les membres des unions acceptent une discipline dans leurs comportements collectifs car ils sont convaincus que cette discipline est un élément de leur rapport de force et de leur efficacité.
Tout autre est la relation entre le sommet des unions et la base au Royaume-Uni et en Irlande. Les structures syndicales d’entreprise ou locales bénéficient d’une très large liberté de manœuvre. Leur union est davantage à leur service que l’inverse. Les syndicats britanniques pensent que c’est de l’initiative de leurs membres, dans les ateliers et les entreprises, qu’ils tirent leur efficacité et non d’une discipline entre le sommet et la base. Par ailleurs, le fait que les négociations soient rarement centralisées renforce cette conception libérale des rapports entre les niveaux des structures syndicales.
Les syndicats des pays latins ont une autre conception et une autre pratique des rapports entre base et sommet. Il s’agit dans ces pays d’un syndicalisme de militants dont la capacité d’action est essentielle dans les résultats de l’action syndicale. Le syndicalisme latin se refusait jusqu’à une période récente à accepter que les grèves soient encadrées par des procédures de paix sociale. Valorisant les acquis d’entreprise, les unions professionnelles comptent davantage sur les résultats de leurs militants de base. Cette caractéristique qui était celle de la majorité des pays latins tend à disparaître notamment en Italie et en Espagne. De fait, la France demeure un pays où la régulation syndicale minore fortement le pouvoir des structures de sommet, où la base (entreprise) bénéficie d’autant de marge de manœuvre et où la régulation sociale, notamment la négociation, est aussi peu encadrée par des règles du jeu et donc une discipline.
Les salaires des dirigeants syndicaux
Le salaire du président d’IG Metall serait de l’ordre de 12 000 euros, celui du patron de la chimie 7 000. Le salaire du président de la CGC, payé par son entreprise, Total, est de 8 300 euros et celui du secrétaire général de la CFDT 3 400 euros. Les salaires des responsables syndicaux français sont en général inférieurs à ceux de leurs collègues européens. Beaucoup des dirigeants syndicaux sont détachés de leur administration ou entreprise, alors que les responsables européens sont payés par les cotisations beaucoup plus nombreuses de leurs membres. |
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La création du premier syndicat de branche du monde
LORRAINE MILLOT Libération 19 mars 2001
Dans les couloirs du centre des Congrès de Berlin, ce sont des alignements de tables à n’en plus finir et des gratte-ciel de papiers pour im¬primer les bonnes résolutions. Pas moins de 5 OOO délégués sont rassemblés pour fonder le plus grand syndicat de branche au monde: Ver.di, acronyme chantant pour syndicat unifié des services. De l'éboueur au program¬meur, du trader à l'infirmière, soit près de 1000 métiers diffé¬rents, tous les prestataires de services allemands devraient pouvoir trouver place sous le toit du syndicat. Déjà puissamment organisé, par branches et non par affinités politiques comme en France, le syndicalisme allemand va compter un nouveau champion: avec ses 2,99 millions d'adhérents, Ver.di va détrôner l'IG Metall, le syndicat de la métallurgie, qui n'en compte que 2,76 millions. La réserve financière de Ver.di sera de 500 millions d’euros.
Réunis en congrès séparés ce week-end à Berlin, les cinq organisations mères de Ver.di ont toutes voté leur dissolution, aux majorités requises de plus de 80% des délégués, pour se fondre dans la nouvelle entité. Le plus gros des cinq, l'OTV; syndicat des services publics et des transports, qui apporte à lui seul près de la moitié des adhérents (1,5 million), a voté pour à 87%, HBV (commerce, banques et assurances, 441000 adhérents) à 84%, IG Medien (médias, 175000 membres) à 80%, Deutsche Post .(446000 adhérents) à 91% et le DAG (employés, 450000) à 89. Aux turbulences de sa naissance, Ver.di doit d'avoir un premier président membre du parti Vert. Soit une autre révolution pour le syndicalisme allemand, plus proche jusqu'alors de la social démocratie ou de la démocratie chrétienne. En novembre 2000, les délégués de l'OTV n'avaient voté qu'à 65% pour la fusion, entraînant la démission du principal artisan du rapprochement, qui dut être remplacé au pied levé par Bsirske, chef du personnel de la ville de Hanovre.
Voter la mort d'organisations ayant un demi-siècle d'histoire n'a pas été sans douleur «Bien sur, nous sommes un peu mélancoliques, concédait Peter David, du DAG, mais chacun de nous n'a pas qu'un nombril, il a aussi une tête. C'est-à-dire la nécessité de réagir à la dramatique érosion, qui a encore emporté entre 2 et 4% des effectifs l’an dernier. Nous allons pouvoir reporter sur le patronat toute l’énergie que nous déployions jusqu’alors à nous faire concurrence. Nos adhérents veulent que nous employions leurs cotisations à cela et non à guerroyer entre nous.
Pour le DAG, le passage à Ver.di est historique puisqu'il va mettre fin à la principale fracture du syndicalisme allemand: En voulant représenter tous les employés quelle que soit leur branche, le DAG avait refusé le principe directeur de la Confédération des syndicats allemands (DGB): «Un seul syndicat par entreprise», et quitté l'organisme en 1950.Un demi-siècle plus tard, acculé par la désyndi¬calisation, le DAG a accepté de rentrer dans le rang: «Tout a commence' en 1995, quand IG Medien, HBV et le syndicat de la poste se sont rapprochés pour fonder une alliance de travail, raconte Peter David. Si nous les avions laissés fusionner à trois, nous nous serions retrouvés seuls face à une organisation plus puissante et plus attractive.Nombre de doubles emplois vont être supprimés pour revenir au principe«Un seul syndicat par entreprise», espère Claudia Ruhlemann, présidente de l'ÔTV en Thuringe. Elle cite l'exemple d'une entreprise de sa région où, l'ÔTV; le HBV et le DAG sont implantés. «A chaque négociation, chacun des trois syndicats mobilise un secrétaire, forme une commission salariale et développe sa propre stratégie. Au sein de Verdi, un seul négociateur et une seule commission salariale devraient suffire, permettant d'affecter les deux autres à d'autres missions.» Pour faire accepter la fusion, l'emploi a été garanti aux quelques 4500 salariés des cinq organisations jusqu'en 2007. Un directoire de dix-neuf membres et des boursouflures à tous les échelons de Verdi ont aussi été prévus pour reca¬ser un maximum de digni¬taires. Avant même 2007, ces structures devraient toutefois être progressivement élaguées et perdre jusqu'à 1000 salariés, murmure-t-on en interne, surtout si la création de Verdi ne parvient pas à stopper l'érosion du nombre d'adhérents. «Il ne suffira pas de dire Verdi à la place d'Otv pour recruter de nouveaux membres, avoue Çlaudia Rûhlemann. Certains nouveaux secteurs comme les technologies de l'information restent des espaces quasi vierges pour nous.» «Ces dernières années, nous nous sommes beaucoup préoccupés de notre fusion et pas assez des nouvelles stratégies à suivre. |
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