Retour à l'accueil envoyer un courriel a clés du social Qui est clés du social ? Rechercher un article sur le site Vous abonner à la newsletter Les sites utiles :
sélection de clés du social
Soutenir les clés du social :
comment faire ?
Les derniers articles en un clic :
abonnez vous au flux rss du site !
Le site " clés du social" propose sur le champ du social des informations et des réactions sur l'actualité, une documentation sur la France et l'Europe, des argumentaires et des synthèses
../Europe/Syndicats/..
 
 
 
../Europe/Syndicats/.
PLURALISMES
Une seule confédération
   
Peu de pays n’ont qu’une organisation faîtière, comme on nomme les confédérations qui regroupent fédérations professionnelles et unions territoriales.

L’Autriche, l’Irlande, la Grande-Bretagne sont les seuls pays où il n’existe qu’une confédération et où cette dernière regroupe toutes les professions et métiers, du secteur publics comme du secteur privé, et toutes les catégories, cadres et non cadres.

Pour la Grande-Bretagne le TUC regroupe en son sein des unions professionnelles. Certaines unions n’ont pas adhéré au TUC et sont donc autonomes vis à vis de la confédération. De plus, les unions membres du TUC peuvent avoir des positions assez différentes, certaines sont plus radicales, plus opposées au gouvernement, d’autres plus conciliantes. Les rapports des unions vis à vis du Labour Party sont aussi différentes. Les unes sont davantage engagées dans leur soutien au parti travailliste que d’autres qui en critiquent la ligne. Enfin, il arrive que des unions s’opposent entre elles en matière de recrutement. Quand des unions recrutent les salariés de même métiers, compte tenu des évolutions technologiques, le TUC est saisi de ces conflits et s’efforce d’arbitrer. On voit donc que l’existence d’une seule confédération ne met pas fin à toute diversité des points de vue et à toute concurrence dans les adhésions.
Le pluralisme catégoriel
   
 
• Employés / ouvriers
_______
____________

C’est le cas de plusieurs pays. Les pays scandinaves ont ainsi une confédération pour les ouvriers et une pour les employés. Cette distinction cols bleus / cols blancs dans l’organisation des structures syndicales fondent aussi une distinction des conventions collectives pour chaque catégorie.

• Cadres / non cadres
_______
____________

Dans la plupart des pays, les cadres ont créé des organisations particulières. Mais l’on peut aussi trouver le cas où il existe une organisation propre aux cadres non membre de l’une des confédérations et en même temps une organisation des cadres présente dans la ou les confédérations.

• Privé / public
__________________

Enfin dans de nombreux pays il existe une union particulière pour les fonctionnaires et agents de l’Etat. A nouveau comme pour les cadres, on peut trouver une seule organisation pour les fonctionnaires, cas de la Grèce, et des pays où il existe à la fois une organisation des fonctionnaires à part des confédérations existantes et une union des fonctionnaires dans chaque confédération, cas de la France et de l’Allemagne.
On constate donc que le pluralisme catégoriel structure assez largement le syndicalisme des pays de l’Union européenne.
   
Le pluralisme idéologique
   
  Deux sources de divisions expliquent le pluralisme idéologique : les religions et les doctrines politiques.

• Syndicat et / ou église
______________________

La religion a été source de création d’organisations syndicales spécifiques dans différents pays : France, Italie, mais aussi Pays-Bas et Belgique. En France, la CFTC a failli disparaître en 1964 quand son congrès a décidé de se déconfessionnaliser et de devenir la CFDT. Mais, la minorité s’est battue pour maintenir cette expression du catholicisme dans le monde du travail. Aux Pays-Bas, catholiques et socialistes sont parvenus à fusionner dans la même organisation, mais les protestants sont restés en dehors. En Italie, la CISL a longtemps été le syndicat proche de la Démocratie chrétienne, parce que dirigé par des militants catholiques agissant au nom des valeurs de l’église.
L’Eglise catholique a été au début du siècle satisfaite de l’existence de syndicats se réclamant de ses valeurs et a encouragé leur développement. Ces syndicats étaient censés s’opposer à l’avancée des valeurs laïques et du socialisme. Mais dorénavant, les organisations syndicales se réclamant de l’église ne sont pas nombreuses et ont perdu de leur puissance dans plusieurs pays. Seules la CISL italienne et la CSC belge ont une représentativité égale aux autres formations syndicales. Par ailleurs, les liens avec la hiérarchie catholique se sont distendus comme le poids de la religion catholique dans les sociétés et les salariés distinguent leur croyance religieuse de leur recours à un syndicat. Ces organisations sont avant tout des syndicats qui agissent et prennent position à partir des problèmes rencontrés. Elles demeurent des organisations réformistes, acquises à la négociation collective et au dialogue social, sans préjugés idéologiques.

• Socialiste ou communiste ?
________________________


Le mouvement communiste est à l’origine de la création de diverses organisations syndicales, essentiellement dans les pays latins. L’Italie, la France, l’Espagne et le Portugal ont des syndicats fondés sur les valeurs et les idées communistes. Leur création a entraîné l'opposition de syndicats, en général socialistes, qui ne voulaient à aucun prix adhérer à la doctrine communiste, notamment à la doctrine de la courroie de transmission illustrée par Lénine définissant le rôle des syndicats vis à vis du parti communiste. Les syndicats d’inspiration communiste sont devenus les premières organisations dans leurs pays, puis depuis les années 80 ne font plus que jeu égal avec les autres. Le recul de l’idéologie communiste a distendu les liens entre syndicats et partis communistes et ces organisations se banalisent dans leurs orientations tout en demeurant des organisations puissantes et parfois plus radicales que leurs concurrentes. En face de ces organisations, ce sont le plus souvent des syndicats d’inspiration socialiste qui se sont développés et qui ont réussi à faire jeu égal avec des pratiques syndicales plus ouvertes et des orientations moins dogmatiques.

• Nationalismes
________________


On rencontre enfin en Espagne et en France des syndicats construits à partir de la logique nationaliste : des corses, basques, catalans animent des syndicats propres à leur identité nationaliste.
   
Exemples
   
  La Belgique est le modèle le plus pur de déclinaison syndicale d’une société qui s'organise en familles de pensée.

En Belgique
__________

existent, en premier lieu, trois appartenances culturelles ou idéologiques : chrétienne, libérale, socialiste. A ces trois familles, correspondent des partis politiques, des syndicats, des mutuelles, des organismes de santé, des écoles... Le syndicat est l’une des traductions de ces familles. Cela ne signifie pas que le syndicat est subordonné au parti politique. Il est dans une famille, il est l’un des enfants de la famille. Ce n’est pas le parti qui commande au syndicat ou l’inverse. C’est l’appartenance à une famille culturelle qui fait que je suis adhérent à tel syndicat, je vote pour tel parti, j’envoie mes enfants dans telle école.
Les années soixante ont surajouté à cette première partition, l'opposition de plus en plus vive entre Flamands et Wallons, que les organisations syndicales ont du reconnaître dans leur organisation.
Si ces familles constituent, aujourd’hui, un cadre indispensable pour la compréhension des ensembles syndicaux, il faut noter que les relations intersyndicales sont demeurées dans l’ordre de la tolérance. La division syndicale n’est pas, en effet, le produit direct des positions syndicales, mais celui des valeurs exposées en dehors. Puisque tel est le mode d'être général en Belgique, il est normal que le monde syndical l'épouse. Mais sans, pour autant, en faire une querelle, un antagonisme intersyndical. La Belgique construit un pluralisme, donc plusieurs confédérations, mais celle-ci peuvent se mettre d'accord sur une conception du syndicalisme.

L’Italie
______


L'Italie est proche de ce modèle belge. Il y a la famille catholique, la famille laïque, la famille "de gauche", plutôt divisée, il est vrai, entre socialistes et communistes. Ces familles entretiennent des coopératives, des associations, des modes de lecture de la politique et, dans la foulée, une proximité à tel ou tel parti, l'achat d’un journal de référence, le fait de regarder telle ou telle chaîne de télévision. Ce qui se traduit aussi au plan de l'adhésion syndicale, différente selon l’appartenance à telle ou telle famille.

Les frontières sont, cependant, moins fermées que dans le cas de la Belgique, car les familles politiques italiennes ont bougé sur la dernière période. L’appartenance à une famille est devenue moins déterminante en matière de préférences socio politiques. L’appartenance à une famille crée, ainsi, moins que par le passé, du fait de l’évolution des organisations syndicales notamment, un engagement syndical en ligne directe.

Tout en restant guidé par les trois grands courants de la société italienne, le syndicalisme n’en est pas qu'une expression mécaniste. Il est producteur d’une culture autonome, qui a effet sur les salariés, et par conséquent sur la société et sur l'État. Il est l'auteur d’une pensée qui n’est pas seulement la pensée de la famille à l’origine de sa fondation. Le syndicalisme italien est aussi fort que les partis politiques. S’il reflète les tendances politiques existantes, il ne se réduit pas à ces tendances. L’évolution réciproque du parti communiste italien et de la C.G.I.L. a facilité le maintien des trois forces syndicales, dans une vision et une dynamique non figées des frontières et des contenus des uns et des autres.

La France
________


En France, le syndicalisme d'après la deuxième guerre mondiale est aussi l’émanation de familles de pensée. La C.G.T., pour la famille communiste, FO pour la famille laïque et socialiste, la C.F.D.T. et la C.F.T.C. pour la famille catholique... Mais se surajoute à cette répartition, des organisations relevant d'une autre logique : la CGC et d'autres composantes du syndicalisme français n’appartiennent pas à des familles d’idées, mais se rattachent aux concurrences professionnelles et corporatistes.
Si ce classement est celui de l’origine de quatre des cinq confédérations syndicales représentatives, l’explication aux regards de critères plus contemporains est plus complexe.
La C.G.T. est de moins en moins la fille aînée du parti communiste, même si ses cadres restent marqués par une forte culture d’opposition. La C.G.T. reste reconnue comme le plus grand syndicat, mais son capital culturel est celui de la patrie communiste française. Une patrie qui a peu évolué, qui s'est marginalisé dans la France actuelle, au contraire du Parti Communiste Italien (pour utiliser son ancienne dénomination).
FO a évolué. Elle ne regroupe plus, seulement, une partie de la patrie laïque et socialiste. Elle affirme toujours ses valeurs historiques : indépendance farouche à l’égard des partis, refus d’une vocation sociétale, soutien absolu au rôle de l'État, refus d’un rôle de protagoniste. La mosaïque politique de ses adhérents et les modifications récentes de son positionnement et de ses actions paraissent créer un trouble quant à sa définition.
La C.F.D.T. n’est plus l’expression du catholicisme social, capital récupéré par la C.F.T.C. Mais les valeurs affichées par la C.F.D.T. et la majorité de ses militants sont des valeurs qui la distinguent des autres confédérations. Forte sensibilité démocratique, en interne et externe ; positionnement politique de gauche, mais pas celle du parti socialiste jugé trop étatiste, trop jacobin ; volonté d’être protagoniste dans l'entreprise et la société, et donc acceptation d’un engagement sociétal et co-gestionnaire.
Alors que l’évolution italienne a rendu les relations entre confédérations moins antagonistes, du fait d’un meilleur partage des valeurs et d’une évolution de celles-ci, la France a plutôt connu une rigidification des systèmes de valeurs de chaque confédération syndicale et le maintien sinon le durcissement des rapports intersyndicaux caractérisés par la méfiance réciproque.

L'Allemagne
__________


Certes, l’existence d’une petite organisation chrétienne montre que l’acceptation d’une confédération pluraliste et autonome des courants de pensée n’est pas partagée par une très faible part du militantisme syndical allemand.
La division par famille de pensée a été rejetée par les cadres du syndicalisme allemand en 1945, en tirant les leçons de la période comprise entre les deux guerres mondiales et de la "résistible ascension d'Arturo Ui". Alors que l’Allemagne est une terre où les familles - de religion, de parti politique - sont fondamentales quant à l'organisation de la société, des Länder et de l'État, le syndicalisme allemand a décidé de se définir et s'affirmer comme une totalité qui n’a pas besoin d’importer au sein du syndicat la division des familles culturelles allemandes.

Le choix affiché est que le syndicat est lui-même une famille, qui a sa fonction, la représentation des travailleurs, qui permet de l'unifier. Subalternes sont donc les concurrences qui règnent à la marge pour la syndicalisation des fonctionnaires ou des employés du secteur tertiaire. Elles ne conduisent pas les syndicats à en découdre trop durement et les salariés à vivre négativement ce pluralisme.

La Grande-Bretagne
___________________

Elle n’a qu’une seule confédération syndicale.
Mais les Unions qui composent cette confédération ne sont réunies que par une charte qui confie à la confédération un rôle modeste dans la société britannique et qui laisse à ces Unions les fonctions majeures de négociation et de représentation des salariés. Entre ces Unions, des antagonismes et des concurrences existent.
L’existence d’une seule confédération n’a pas aboli la diversité au sein du syndicalisme britannique. Il a reporté cette diversité à un autre niveau, c’est à dire entre les Unions Professionnelles.

Sur quoi celles-ci s’opposent-elles ? A la fois sur les marchés de l'adhésion et de représentation, et donc de négociation, c’est ce qui explique que nous classions la Grande-Bretagne dans la catégorie de la concurrence syndicale. Mais aussi sur certaines positions idéologiques et revendicatives donc sur les stratégies syndicales. Le cas du syndicat de mineurs qui inspiré par une orientation communiste se lança dans une grève sans issue sous le gouvernement Thatcher et celui du syndicat désaffilié, parce que les accords de paix sociale signés par lui dans les entreprises, contrevenaient aux principes du syndicalisme anglais illustrant ces divergences entre unions.

La Grande-Bretagne a donc un pluralisme différent des autres syndicalismes européens. Par le fait qu’il n’ y a qu’une seule confédération et que les querelles éventuelles se déroulent entre les unions professionnelles, sur des questions syndicales, aussi sur le champ des adhésions, mais parfois aussi sur des questions qui dans les autres pays (le continent) seraient qualifiées d'idéologiques.

Les Unions qui composent le TUC ont entrepris un processus de regroupement. Ainsi deux des principaux syndicats, l’AEEU particulièrement présent dans l’industrie, et le MSF recrutant dans l’industrie et les services, ont décidé de fusionner pour donner naissance à une union de 1,2 million de membres. Le nouvel ensemble devient la deuxième organisation du TUC derrière UNISON, 1,3 million d’affiliés du secteur public. Le principe de la fusion a été accepté par une majorité de 80% des membres. La nouvelle union disposera d’un revenu annuel de 95 millions d’euros et d’un total d’actifs de 160 millions d’euros. 110 de ses membres siègent à la Chambre des communes sous l’étiquette du Labour et l’union sera l’organisme syndical le plus important du Labour.