| En matière de nombre de journées de grève, la fonction publique d’Etat, environ deux millions au milieu des années 90, dépasse régulièrement le secteur privé et nationalisé à partir de cette même période. Elle le dépasse notamment par une très forte mobilisation lors des mouvements de 1989, 1995 (plan Juppé) et 2003 (réforme des retraites). Mais elle le dépasse aussi régulièrement depuis 1995. Sur 20 ans, entre 1983 et 2003, la fonction publique d’Etat qui correspond à environ 15% des effectifs du secteur privé et nationalisé dépasse en journées de grève largement ce dernier secteur : 21 millions de jours de grève contre 16. Et encore s’agit-il que de la fonction publique d’Etat, la fonction publique hospitalière et les collectivités locales étant écartées. En tenant compte de ces derniers, on pourrait estimer que 20% des salariés assurent 80% des journées de grèves.
Le secteur public au sens large doit produite près de 80% des grèves du pays. C’est ce secteur qui est gréviculteur. Ce qui suggère à la fois une plus forte capacité et propension à faire grève de ce secteur (syndicats plus représentatifs, sécurité de l’emploi, présence de syndicats plus radicaux), et un management patronal moins efficace que l’on retrouve d’ailleurs critiqué dans de nombreuses études.
Les transports sont à la pointe
Les statistiques du ministère des Transports indique un taux de journées de grève élevé dans ce secteur : entre 150 et 200 000 depuis 1998 avec une pointe à 500 000 en 2003. Ce secteur tend à initier autant de journées de grève que le secteur privé.
La grève dans le privé est en déclin
Jusqu’en 1989, le secteur privé est source d’un million de journées de grèves par an. Puis il descend à un demi million. Il est en dessous depuis 2002. De 4 000 conflits localisés en 1975, on passe à 2 000 en 1980, 1 000 en 1995 et 500 en 2004.
Ce faible nombre n’est pas le signe d’une bonne santé sociale, mais indique plutôt une atonie sociale. Certes comme l’a dit E. Maire : « Le syndicalisme a conquis les moyens efficaces, suffisants, pour que l’on puisse faire le plus souvent l’économie de la grève ».
Mais la faiblesse du nombre de grèves dans le secteur privé signifie aussi un recul des rapports de force : le chômage, le recul syndical, les méthodes managériales dont l’usage de la flexibilité se conjuguent pour expliquer ce phénomène.
L’exercice de la grève ou la différence française
En amont les syndicats dans de nombreux pays européens doivent respecter des procédures de consultation des salariés avant de déclencher un conflit. Ainsi il suffit parfois que la consultation donne un pourcentage élevé de salariés ou adhérents disposés à participer à la grève pour que les employeurs ouvrent à nouveau les négociations.
Dans la plupart des pays européens, la grève ne s’exerce que dans le cadre du renouvellement des conventions collectives, annuelles ou pluriannuelles. En dehors de cette période de négociation, il y a paix sociale. Les syndicats se sont engagés par la signature de l’accord à ne plus faire de grève sur l’objet de l’accord qui vaut contrat jusqu’à son renouvellement.
Par ailleurs, si les négociations échouent, selon les pays, différentes solutions permettent de tenter d’éviter le conflit ouvert : arbitrage, conciliation, médiation, sont des modalités auxquelles les partenaires sociaux n’hésitent pas de faire appel.
Enfin, dans une majorité de pays européens, les salariés des services publics doivent respecter un service minimum.
Ces caractéristiques européennes ne s’appliquent pas à la France : pas de consultation préalable, pas de trêve sociale, pas de modalités de médiation régulièrement utilisées, pas de service minimum. |