Comme l'a dit Émile Boursier, responsable patronal important, "le patronat est plus hétérogène que le monde salarial. Son organisation en est le reflet."
Comme le syndicalisme salarié, le patronat français est organisé de façon pluraliste. Il y a d'abord les différentes organisations patronales, reconnues par les Pouvoirs publics et participant au dialogue social national et membres de la Commission nationale de la négociation collective. MEDEF: Mouvement des Entreprises de France, représente 750 000 entreprises sur les 2,3 millions qui existent et qui emploient 15 millions de salariés. 500 000 de ces entreprises emploient moins de 50 salariés.
CGPME: Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises, rassemble 500 000 entreprises dont 300 000 ont moins de 50 salariés
UPA: Union Professionnelle Artisanale, représente les 880 000 entreprises artisanales dont un tiers sont adhérentes. Elles sont regroupées en trois secteurs : alimentation, bâtiment, services et production. L’artisanat emploie 2,4 millions de salariés.
UNAPL: Union Nationale des Associations des professions libérales
FNSEA: Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, au titre des employeurs de salariés agricoles Ces cinq organisations constituent l'essentiel de la représentation patronale. Néanmoins quelques mouvements patronaux surgissent de temps à autre. Aujourd’hui le SNPI et la CDCA font entendre leurs voix, cette dernière dans des actions extrémistes.
Résultats des élections prud’hommes 1997. Collège employeur.
Abstention : sur 920 000 employeurs inscrits, 79 % d’abstentions. Liste CNPF-CGPME-UPA-UNAPL-FNSEA : 88 % des voix; SNPMI : 6 %, CIDUNATI : 0,75 %. Les entreprises de l’économie sociale, associations, mutuelles, coopératives, qui emploient plus d’un million et demi de salariés, ont enfin créé en Décembre 1994, une Union d’employeurs (Usgeres). Ce sont les derniers à s’être organisés comme employeurs et leurs initiatives à ce titre sont rares.
A côté de ces cinq organisations représentatives qui participent à la concertation avec les Pouvoirs Publics et aux négociations sociales avec les organisations syndicales, diverses associations et clubs réunissent des chefs d'entreprise, sur la base de l'affinité et non sur celle de la situation. Le Centre des jeunes dirigeants tente d'être un laboratoire d'idées et de jouer un rôle d'aiguillon auprès des organisations patronales. Le Centre du Patronat Chrétien entretient les valeurs de la doctrine sociale de l'Église. Par ailleurs, différents clubs accueillent les chefs d'entreprise qui veulent réfléchir ensemble, à l'écart du MEDEF que beaucoup d'entre eux ne tiennent pas en grande estime. L'AFEP est un groupe de pression discret qui regroupe les plus grandes entreprises. Entreprise et Progrès, un lieu de réflexion et d'échanges plus ouvert. L'Institut de l'entreprise entreprend des études en liaison avec le MEDEF. Ces différents clubs ainsi que les rencontres par affinités de certains PDG montrent à la fois la difficulté des institutions patronales à rassembler et l'envie des chefs d'entreprise de réfléchir ensemble ou avec d'autres aux problèmes de la société française. Le leadership exercé par le MEDEF dans la défense et l'expression des chefs d'entreprise n'empêche pas la montée du pluralisme des points de vue patronaux. Enfin, les chambres consulaires constituent une troisième forme de représentation patronale. Les Chambres de commerce et d'industrie, les chambres d'agriculture et les Chambres de métiers sont davantage des organismes prestataires de services que des représentants du monde patronal. Leurs moyens, assis sur une taxe parafiscale, en font néanmoins une force non négligeable en certains domaines : gestion des ports, des aéroports, apprentissage, services divers aux entreprises. Leurs ressources sont de l’ordre de 20 milliards de F. D'après un rapport récent, les Chambres consulaires ne sont pas exemptes de faiblesses. "L'intervention des C.C.I. correspond plus parfois à ce que l'institution pense pouvoir faire que ce que les chefs d'entreprise attendent d'elles". Une réforme doit être engagée pour renforcer le niveau central et le niveau régional.
Les CCI : En 2006 :
1,8 million d’entreprises ressortissantes, budget de 4 milliards d’euro dont 1 md de taxe additionnelle à la taxe professionnelle, 33 000 salariés, 5 000 élus. 150 chambres départementales et 21 régionales. Plusieurs chambres peuvent exister dans un département et les regroupements sont difficiles à faire accepter.
Les missions sont très diverses : enseignement des grandes écoles de commerce, formation professionnelle et apprentissage, participation au développement touristique, gestion de ports et d’aéroports, animations commerciales, aide à la création et à la reprise d’entreprises, participation au développement économique local, aide à l’exportation, appui aux PME…
Les CCI sont secouées par la décentralisation. Les services et agences des collectivités locales leur font concurrence, car souvent les élus se méfient de ses contre pouvoirs. Le président de l’AFCI veut que les CCI apporte une expertise aux élus locaux.
Assemblées de notables pour les uns, ou « collectivité locale des entreprises pour les autres, les Chambres de commerce et d’industrie doivent comme tant d’institutions réussir leur mutation.
Ces différentes organisations patronales ne sont pas dans la même situation concurrentielle que les différentes organisations syndicales de salariés. Il n'y a qu'un chef d'entreprise. Néanmoins, ces différentes organisations peuvent s'affronter sur certaines questions. La formation professionnelle est, par exemple, un terrain où les enjeux de pouvoirs et financiers provoquent des heurts entre les uns et les autres, notamment entre les CCI, les structures mises en place par le MEDEF et celles mises en place par la CGPME. Il y a aussi concurrence entre la CGPME et le MEDEF dans la prise en charge des questions relatives aux petites et moyennes entreprises. Le MEDEF a par exemple créé une commission des PME afin de ne pas laisser le monopole de celles-ci à la CGPME.
Les raisons de la diversité patronale Les différences de positions des chefs d'entreprise tiennent d'abord à des situations différentes: entre les gros utilisateurs de main d'œuvre et les autres, entre ceux qui sont affrontés à la concurrence internationale et ceux qui ne le sont point, entre les industries de service et celles de production, entre les sous-traitants et les donneurs d'ordre. C'est ainsi que certaines prises de position ou engagement du MEDEF peuvent être contestées publiquement par tel représentant d'une profession ou un chef d'entreprise. En 1994 le PDG d'AXA (compagnie d'assurance) critiquait dans les médias l' accord passé par le MEDEF avec les confédérations syndicales sur le régime des retraites complémentaires. Le PDG en question souhaitant que le système par capitalisation, favorable à l'intervention des assurances l'emporte sur le système par répartition mis en œuvre par les organismes paritaires existants. Il y a quelques années, des patrons se sont opposés sur la question de l'intérim, entre utilisateurs du travail temporaire d'une part, et représentants des entreprises de travail temporaire de l'autre. Le MEDEF doit donc arbitrer les conflits d'intérêt de ses différentes professions. Restent les différences de culture, qui au-delà des différences de situations, façonnent le pluralisme patronal. Le terrain social est l'un de ceux qui différencient les chefs d'entreprise. La réglementation sociale est-elle trop lourde et faut-il la supprimer, l'alléger ou la renégocier? Faut-il négocier au niveau de la branche ou de l'entreprise? Faut-il se réjouir ou s'inquiéter des difficultés du syndicalisme? Un accord est-il préférable à une loi? Sur de telles questions, les chefs d'entreprise sont divisés et l'intervention de leurs organisations n'en est rendue que plus difficile. Mais le pire est la majorité d'entre eux qui ignorent ces questions ou se moquent des réponses à leur apporter. D'autant qu'à la question du rôle de leurs propres organisations, une majorité de chefs d'entreprise apporte une réponse critique ou indifférente.
Les chefs d'entreprise
Les chefs d'entreprise français sont aussi hétérogènes que leur collègues européens, mais les dirigeants des grandes entreprises françaises ont eux des caractéristiques propres. C'est ainsi qu'une comparaison des dirigeants allemands et français met en évidence le poids accordé en France au diplôme initial et la concentration d'un petit nombre d'écoles produisant les futurs PDG, le nombre supérieur d'apprentis et d'autodidactes en Allemagne, un temps passé dans l'entreprise dirigée plus long en Allemagne, et enfin l'atout déterminant que représente le passage par l'État pour les futurs dirigeants des entreprises françaises. Ce mode de sélection des dirigeants des grandes entreprises en France n'est pas propice à en faire de bons connaisseurs de la régulation sociale, encore moins pour en faire des acteurs. La coupure qui sépare les grandes des moyennes entreprises a peut-être une de ses sources dans la composition sociologique et dans la formation d'une part des PDG français. Enfin, une exception française supplémentaire demeure : plusieurs dizaines de PDG des entreprises publiques sont nommés par le Président de la République et le Premier Ministre. Au delà de tout jugement sur le bien-fondé des nationalisations, la nomination par des politiques d'une part importante des managers des entreprises françaises a conséquence sur la composition des dirigeants patronaux et sur les cultures managériales françaises. Malgré les privatisations, le secteur public comprend encore plus de deux mille entreprises. L'origine des dirigeants de ces entreprises est la même que celle de ceux qui les désigne: la haute fonction publique, (les grands corps et l'inspection des Finances), doublée souvent d'un passage en cabinet ministériel. Leur profil, parfaitement homogène, n'est en rien celui d'entrepreneurs. Ainsi, selon Michel Bauer, responsable de l'Observatoire des dirigeants, sur les cent premières entreprises françaises, 44% ont tiré leurs dirigeants de l'État, un tiers sont entrés par le capital et un cinquième par leur carrière au sein d'une entreprise ou de la même entreprise. En Allemagne, "les entreprises produisent leurs propres dirigeants". Conséquence, "les patrons français ne connaissent pas la base de l'entreprise, les ateliers, les centres de recherche. Ils gouvernent au tableau de bord". |