Un camp du syndicalisme corporatiste, qui défend des professions, des catégories, des métiers, sans chercher à arbitrer avec les autres professions et catégories. Un syndicalisme de la feuille de paie et des avantages sociaux, pas de la solidarité et de l'engagement dans des réformes sociales. Un syndicalisme qui se dit réformiste pour s'opposer à la qualification de révolutionnaire, mais qui n'accepte aucune réforme, qui ne pense aucun changement social, qui ne se préoccupe pas des enjeux sociétaux. Plutôt que réformiste appelons-le syndicalisme de défense.
Un camp de la contestation, qui s'oppose aux changements, aux réformes, mais en y greffant un mot d'ordre de lutte contre la société capitaliste, de défense des opprimés, de lutte de classe, d'anti-mondialisation. Ce syndicalisme s'affronte surtout à l'Etat, privilégie les manifestations amalgamant des revendications générales. Ce syndicalisme ne privilégie pas la négociation et laisse aux autres syndicats le soin de signer. Sa fonction principale est une fonction tribunicienne de dénonciation, d'expression revendicative sans limites et d’agitation sociale.
Un camp de la réforme et de la consolidation d'une société civile en particulier par le développement de la négociation. Acceptant ou réclamant des réformes, ce syndicalisme est disponible pour s'engager dans des pactes sociaux, s'efforce de faire évoluer les institutions sociales. Le camp "des réformateurs" (qui ne se réduit pas accepter des compromis et à négocier), qui regroupe ceux qui formulent des propositions.
Qui gravite autour de ces pôles, comment classer chacune des organisations dans ces trois attractions ?
Le premier pôle, celui de la défense sociale, attire FO, CGC, CFTC, une part de l'UNSA, des morceaux de la CGT. Le deuxième pôle attire davantage la CGT, le Groupe des Dix, une part de FO, des petits morceaux de la CFDT. Le troisième pôle attire la CFDT, une part de l'UNSA, des petits morceaux de la CGT.
En fait, ces trois pôles sont des pôles d’influences. Chaque organisation est attirée, influencée par chacun de ces pôles. Mais l'un est dominant pour chacune. Mais aujourd'hui, la convergence entre le premier camp, celui de la défense et le deuxième, celui de la contestation forme une des plus surprenantes exceptions françaises. |