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"L’archipel métropolitain", une nouvelle lecture des dynamiques territoriales

samedi 10 février 2018

Alors que le débat public est dominé par les discours sur la métropolisation, un certain nombre de travaux renouvelle fortement la géographie humaine. Si le clivage ville/périphérie/campagne permet de comprendre la diversité de notre société, d’autres analyses vivifiantes nous sont proposées. Ainsi la géographe du CNRS Nadine Cattan a présenté dans le journal Le Monde une nouvelle lecture des dynamiques territoriales issue des travaux de son équipe pour la DATAR en 2012. Cette équipe de géographes redessine l’espace urbain en fonction des flux et des réseaux entre territoires et non pas en relation avec les périmètres administratifs.

Divers flux dessinent l’espace urbain…

Pour les auteurs de l’étude, la prise en compte de divers flux, mobilités humaines pour le travail, les loisirs, la consommation, les échanges économiques, scientifiques, culturels entre territoires… permet de mieux cerner les dynamiques territoriales au-delà de leur seul périmètre administratif. Car pour les chercheurs la vitalité d’un espace urbain tient aujourd’hui moins à ses dimensions qu’à ses connexions.

…et dépassent le périmètre administratif

Ils estiment que les périmètres administratifs sont figés et ne permettent pas de rendre compte des multiples relations qui connectent les territoires entre eux. Il s’agit, explique Nadine Cattan, de se pencher sur « leurs articulations et leurs interdépendances » et de passer de la « ville-territoire » à la « ville-réseaux ».
Il est vrai qu’en la matière la lecture des cartes parues dans le Monde est éclairante. Comme celle décrivant les liens de proximité entre les aires urbaines. On y voit que la ville de Bordeaux polarise sa région avec de nombreuses villes moyennes relais qui s’organisent autour d’elle mais qui ont peu de relations entre elles. À la différence, l’Alsace s’est constituée en pôle plus équilibré avec des villes ayant toutes sortes de relations entre elles.

Le concept d’archipel métropolitain

À la notion de « métropole », Nadine Cattan préfère la notion d’ « archipel métropolitain », parce qu’elle introduit « la multipolarité plutôt que le monocentrisme » et parce que le terme de ville, comme celui de métropole, « ne raconte plus les dynamiques territoriales en cours ». Aussi, sur la base de l’analyse des systèmes urbains de proximité, l’étude a identifié quatre dimensions fondamentales dans le processus de métropolisation :

  • L’accumulation : population totale, volume d’emplois, revenus versés ;
  • L’attractivité : transports, tourisme, présence d’institutions, structures de recherche ;
  • L’innovation : proportion de services à haute intensité de connaissance et industries de haute technologie ;
  • L’interconnexion : mesure des relations entre systèmes, ainsi que la connexion avec Paris.

La notion de « système urbain »

Au final, c’est là qu’intervient la notion de « système urbain » qui permet d’appréhender les territoires comme des espaces dont le fondement même est la relation, l’interconnexion. Avec cette étude, l’équipe du CNRS passe du concept qui n’est pas nouveau à une démonstration basée sur des éléments concrets. Appliquée à toutes les agglomérations françaises de plus de 5 000 habitants, cette grille a fait émerger 26 systèmes urbains de proximité, qui sont aussi abordés dans leurs relations entre eux et dans leurs liens avec Paris.

Mais à quoi cela sert-il ?

Pour Nadine Cattan, "Passer de ville à système urbain permet de changer nos grilles de lecture des dynamiques territoriales et ainsi de modifier nos politiques publiques". Ces nouveaux outils conceptuels devraient inciter les élus et les décideurs à s’éloigner de cette volonté ancestrale d’accumuler des populations et des emplois à un endroit donné et à mettre l’accent sur les questions de connexions. Les chercheurs souhaitent que les villes et les métropoles soient pensées en termes de complémentarité en indiquant que la prise en compte des interdépendances permettrait d’agir sur le développement territorial.

Dans un pays comme la France aussi richement doté en structures urbaines, ce concept est très pertinent. Il faudra donc apprendre à gouverner en dehors des cadres et des périmètres et raisonner à différentes échelles.



Sources