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Les grèves en 2015 : Une année normale…

mercredi 13 décembre 2017

Les conflits sociaux ayant entraîné au moins une grève dans les entreprises du secteur marchand non agricole sont restés, avec 1,3 % des entreprises, à un niveau relativement stable par rapport aux trois années précédentes. Le nombre de journées non travaillées pour fait de grève est en baisse par rapport à 2014 mais surtout assez nettement par rapport aux années 2005-2010. C’est ce qui ressort de l’enquête annuelle menée par la DARES pour 2015. Ce chiffre masque évidemment des réalités différentes suivant les secteurs d’activité et surtout la taille des entreprises. La présence d’au moins une organisation syndicale dans l’entreprise est aussi un facteur déterminant.

Plus l’entreprise est grande, plus il y a de grèves

Si pour les entreprises de 10 à 49 salariés, il n’y a pratiquement pas de grève (0,2 % de ces entreprises), plus le nombre de salariés augmente plus le risque de conflit progresse. Ainsi de 50 à 199 salariés 3,2 % des entreprises sont concernées, de 200 à 499 c’est 12,3 % et surtout pour les plus de 500 salariés où c’est près d’un tiers des entreprises qui sont concernées. Ces différences suivant la taille sont à corréler avec la présence syndicale ou non dans les entreprises. En effet, 88 % des entreprises concernées par au moins une grève avaient en 2015 au moins un délégué syndical. De même, 92 % de ces mêmes entreprises avaient ouvert une négociation collective.

Rien d’étonnant à cela dans la mesure où la présence syndicale est principalement dans les entreprises d’importance et c’est là aussi où la négociation collective est la plus dynamique. Toutefois, rapporté au nombre total de salariés, le niveau et l’intensité de ces mouvements reste relativement faible. Avec en moyenne 61 jours pour 1 000 salariés soit environ 1h40 d’arrêt de travail par salarié sur l’année pour l’ensemble des salariés des entreprises de plus de 10 salariés, on ne peut pas dire que la grève est un élément déterminant du dialogue social en France.

Pour quelle raison fait-on grève ?

Tout d’abord, et c’est une explication complémentaire de la concentration des grèves dans les grandes entreprises, ce sont les mots d’ordre nationaux sectoriels ou interprofessionnels qui incitent certains salariés à faire grève. En effet ces mouvements nationaux représentent 58 % des motifs d’action en 2015. Les rémunérations représentent la majorité des motifs de grève (53 % en 2015). Loin derrière viennent les questions d’emploi (15 %) ou de conditions de travail (19 %).

Des différences notables en fonction des secteurs d’activité

Sans surprise, c’est dans l’industrie qu’il y a le plus de mouvements de grève (3,3 % des entreprises comme en 2014). Sont particulièrement actives les entreprises de fabrication de matériel de transport (9 %) ou encore les entreprises extractives, énergie, eau et gestion des déchets avec notamment les conflits à AREVA et EDF en 2015.

Dans les autres secteurs on peut noter la plus forte conflictualité dans les transports et entreposage (2,9 %) notamment en raison de la réforme ferroviaire, ou à la RATP et les transports urbains sur des questions de conditions de travail. Notons aussi la conflictualité dans les activités financières et d’assurance (3,7 %).

A contrario, le commerce et la construction n’ont pas connu de mouvements notables avec un niveau très faible de grèves respectivement avec 0,5 % et 0,3 % des entreprises concernées par au moins une grève dans l’année.

L’année 2015 n’aura pas été une année marquée par des conflits sociaux d’ampleur comme en 2010 par exemple avec le conflit des retraites. Comparé aux années 2005-2009 où il était près de deux fois plus élevé, le moindre recours à la grève depuis 2011 est peut-être le signe d’une normalisation des rapports sociaux vers plus de dialogue et de négociation notamment avec la montée en puissance des organisations réformistes aujourd’hui majoritaires dans les entreprises. Gageons toutefois que 2016 et 2017 ont vu la conflictualité augmenter de nouveau en raison des conflits sur les textes concernant le travail (loi Travail et ordonnances). Il sera intéressant de voir dans les années qui suivront quel impact aura sur la conflictualité le développement de la négociation au niveau de l’entreprise.


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