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article mis en ligne le 01/01/06
BAS SALAIRES : SISYPHE AU TRAVAIL
Se souvient-on du printemps 1990 ?
Michel Rocard alors Premier ministre, intervenait lui-même à la Commission nationale de la négociation collective pour lancer une opération de négociation dans les branches de relèvement des bas salaires... Après un constat dressé en mars par la sous-commission salaires, le Premier ministre impulsait un programme de relance des négociations de branches sur le relèvement des minima hiérarchiques, l’actualisation des classifications.

Fin 1992, la Commission nationale de la négociation collective constatait que 66% des branches avaient un minima hiérarchique supérieur ou égal au SMIC contre 31% en février 1990.

 

Mars 2005, à la suite de la mobilisation syndicale sur les salaires, le gouvernement de Villepin relance à son tour la négociation sur les bas salaires. Avec la même procédure que celle de M. Rocard :  constat au sein de la sous-commission des salaires de la Commission nationale de la négociation collective et impulsion des négociations dans les branches dont les salaires minima sont inférieurs au SMIC. Car, si les bas salaires avaient été remontés sous le coup de semonce de l’Etat, dès que ce dernier a eu le dos tourné, les employeurs ont détourné leur regard de cette question et n’en ont plus fait une priorité dans les négociations. D’autant que les 35 heures avaient été accompagnée d’une revalorisation significative du SMIC.

 

Fin décembre, Gérard Larcher, ministre délégué à l’emploi, au travail et à l’insertion a fait le point des négociations Sur les 274 branches examinées (qui concernent celles de plus de 10 000 salariés), 84, soit près de 30%, justifiaient une relance des négociations pour que les minima hiérarchiques ne soient pas inférieurs au SMIC ou que les classifications soient réactualisées. Neuf mois plus tard, la relance a permis que trente accords soient conclus sur les bas salaires et que quatre soient en attente de signature de syndicats.

 

Le ministre a annoncé l’élargissement de la mise sous observation des branches à celles qui concernent plus de 5000 salariés. Il a aussi engagé la pérennisation du dispositif de suivi des négociations pour disposer d’un système de veille et d’alerte permanent des bas salaires dans les différentes branches.

 

Ce dispositif de suivi permanent empêchera t-il que dans 15 ans un gouvernement ne soit conduit à opérer la même relance des négociations sur les bas salaires ? Comment prendre alors au sérieux les déclarations d’un patronat affirmant préférer la négociation à la législation alors que l’Etat est poussé à recommencer de tancer les employeurs des branches professionnelles ? La nonchalance contractuelle du patronat alimente l’interventionnisme de l’Etat.

Les syndicats avaient ils fait leur travail pour autant ? Ils avaient manifesté « pour l’emploi et les salaires » en général ; ils n’ont pas fait campagne sur les bas salaires, avec des chiffres et des situations réelles. L’amalgame, qui mélange les bas salaires des uns avec les hauts et moyens salaires des autres, avantage ceux qui ont la meilleure condition ou le meilleur rapport de force. Le « tous ensemble » n’est pas souvent la meilleure façon de défendre les moins bien lotis. La conjoncture n’impose-t-elle pas la double priorité : plus d’emplois nouveaux et revalorisation des bas salaires ?

 
notes