Le ministre François Fillon s’était fait en son temps, l’avocat du dialogue social en présentant une loi sur ce thème. Il avait souscrit à l’engagement solennel (à défaut de constitutionnel) de donner la priorité à la négociation collective avant toute réforme législative touchant aux relations de travail. Cet engagement date seulement d’il y a un an et demi. Début 2006, le Premier ministre annonce, sans la moindre concertation, le lancement du contrat « première embauche » qui bouscule les règles relatives à l’embauche et au licenciement. Peut-on expliquer un tel geste qui s’apparente davantage au diktat républicain qu’à une pratique de dialogue social ?
Depuis vingt ans, tous les gouvernements ont estimé être placés devant le dilemme suivant : faire appel au dialogue social entre les partenaires sociaux et alors devoir patienter plusieurs mois avant que ces derniers parviennent ou non à un compromis ou décider seul au nom de l’efficacité (confondue en général avec la rapidité). Ce dilemme se double aussi de la tentation d’apparaître comme celui qui ose et entreprend, le renvoi aux partenaires sociaux ayant aux yeux de tout ministre l’immense désavantage de mettre ces derniers en valeur et non lui-même.
Placés devant ce dilemme, les gouvernements de gauche comme de droite ont toujours choisi la voie de l’édit républicain et non celle de la négociation. Aubry avec SES 35 heures, Villepin avec SON contrat première embauche. Car en France, la mesure phare et autoritaire grandit son auteur. Elle le grandit d’autant plus que l’opposition, compagne du patronat ou des syndicats selon les cas, voire de tous, va attaquer la mesure et son auteur et ce faisant le mettre en lumière. Aubry, héroïne de la guerre contre le CNPF-MEDEF, Villepin, aujourd’hui héros de la bataille du CPE. Le diktat républicain du CPE oblige la droite à se rassembler pour faire face au front syndical et à la gauche réunie à nouveau pour contester, s’opposer, affronter la « réaction en marche ». La relance du dialogue social ? La prochaine fois, la prochaine législature. Aujourd’hui, on n’a pas le temps, priorité à l’action.
Cette façon d’agir est source d’inefficacité. La plupart des pays européens n’agissent pas ainsi parce qu’ils savent que la manière est aussi importante que le fond, que la fin et les moyens ont partie liée. En se rendant dans les pays nordiques, les ministres ne regardent que les solutions, non la manière de les élaborer. Ils ne lisent pas les pactes sociaux tripartites conclus par la majorité des pays…pactes qui ont été discutés pendant plusieurs mois par tous les partenaires sociaux.
Le diktat républicain retarde l’évolution des relations de travail, car il place les acteurs réformateurs dans le camp des contestataires. N’est-ce pas François Chérèque qui clame : « Je ne laisserai pas la CFDT instrumentalisée à des fins politiques ! » Villepin fait ainsi un cadeau à une gauche en panne d’idée et ceux des syndicats en opposition à toute réforme du marché du travail. Le diktat condamne au simplisme : ceux qui vont le défendre comme ceux qui vont le critiquer.
Les victimes collatérales des passages en force des gouvernements sont d’abord les premiers concernés, les demandeurs d’emploi, les jeunes et les salariés, bien sûr, mais ce sont aussi tous ceux qui militent pour d’autres pratiques sociales et pour une compréhension du social dans sa complexité, non dans sa caricature. |