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article mis en ligne le 03/05/07
COMITES D'ENTREPRISE : LE GRAND REMUE MENAGE ?
lecture du livre de Nicolas Dubost. Ed de l'Atelier

Nicolas Dubost est un ancien ouvrier de Renault, ex-cédétiste et aujourd’hui « patron » d’une entreprise de formation des élus de comité d’entreprise. L’auteur relate son expérience de rencontre avec les élus et les directions de ces entreprises lors des formations qu’il donne dans les locaux de l’entreprise.

Le livre est bien documenté d’une part sur les enjeux des comités d’entreprises et d’autre part sur l’état des lieux et des chiffres. Il y a dans l’hexagone, 30 000 comités d’entreprise avec une moyenne de 5 titulaires et 5 suppléants et donc environ 230 000 élus de CE. Parmi les 30 000 comités, 10% concernent les entreprises de moins de 50 salariés, 31% entre 50 et 99 salariés, 30% entre 100 et 199, 19% entre 200 et 499, 6% entre 500 et 999% et 4%, 1000 salariés et plus. 71% des CE sont ainsi dans des entreprises de moins de 200 salariés, dont moins de la moitié seulement ont un délégué syndical.

50 à 60% de l’ensemble des représentants ne sont pas élus sur des listes syndicales qui bénéficient pourtant du monopole de présentation au premier tour.

Et l’auteur de s’interroger sur le désert syndical mais surtout sur la « mauvaisitude » des syndicats, retranchés dans leurs bastions des grandes entreprises souvent donneuses d’ordre ou du service public, dont les dirigeants en sont issus et qui ne peuvent pas comprendre les problèmes des PME.

La critique est acerbe et donne la voix aux élus rencontrés : « on ne veut pas que notre action dans l’entreprise soit décidée par un permanent extérieur qui ne connaît pas notre réalité » ou « on trouve que les syndicats sont trop politisés, avec eux, il faut toujours être contre le patron » et encore «  le comportement de certains délégués du personnel, davantage soucieux de leur protection personnelle que de l’intérêt général. »

Concernant la faiblesse syndicale, l’auteur prétend défendre l’organisation syndicale telle que construite en 1968, avec la désignation d’un délégué syndical dans l’entreprise par une structure extérieure et donc garante d’une indépendance à l’égard des directions. Il conteste néanmoins sa légitimité contre celle des élus par « le peuple des entreprises ». Nicolas Dubost propose une lecture particulière de la proposition de la CFDT, votée à son dernier congrès à savoir un premier tour unique aux élections d’entreprise et ouvert à l’ensemble des organisations syndicales constituées de manière légale. Il veut y voir la suppression du corps électoral des non-syndiqués qui représente 22,8% des voix aux élections CE, contre 21,2% pour la CFDT dans la période 2003/2004. « La CFDT imagine-t-elle que ceux-ci vont aussitôt se syndiquer pour pouvoir se présenter…en fait, la CFDT a fait le calcul cynique que ces CE pouvaient bien disparaître, elle s’en moque. »

L’auteur explore aussi la loi du 4 mai 2004 et le rapport Haddas-Lebel, mais il oublie la loi de la cohésion sociale qui instaure l’obligation de négocier une GPEC et le rapport Chertier qui propose de nouvelles articulations entre la loi et la négociation collective. On ne sait plus très bien ce que défend l’auteur, son marché de la formation qui repose essentiellement sur les non-syndiqués ou une quête démocratique des petits élus sans-étiquette contre les grosses centrales à côté de la réalité ? Le combat de Nicolas Dubost vise à promouvoir le « poor lonesome Lucky Luke » dans le rôle de l’élu et romance son rôle de justicier social envers tous.

Si l’on doit admettre la faiblesse syndicale, en nombre d’adhérents, dans les PME, pour le suivi des élus et des désignés et une évolution nécessaire des règles de la représentativité et du dialogue social, la solution n’est pas dans l’opposition entre les élus et les désignés. Elle est au contraire dans une plus grande coopération entre des élus qui s’informent et des délégués qui négocient grâce à ces informations.

L’équilibre est fragile, mais l’articulation des instances par un syndicat libre, démocratique et indépendant et l’adhésion des élus sont les seuls remparts efficaces contre les arbitraires patronaux ou gouvernementaux.

Mais pour continuer le débat, Nicolas Dubost devrait poursuivre sa chasse aux étiquettes : pourquoi des maires adhérents à des partis politiques, pourquoi des députés soutenus dès le premier tour par un parti ? 

Il nous semble que Nicolas Dubost est le digne héritier des « sans culottes jacobins » de 1789 votant avec enthousiasme la Loi Le chapelier « fustigeant les groupements et autres corporations »

La reconnaissance du ventre n’étouffe pas le formateur qui vit grâce aux moyens financiers des CE et des formations pour expliquer aux élus les droits nouveaux. Il faut néanmoins rappeler que ces droits et moyens ont été obtenus par les syndicats, soit pas la négociation, soit par des lois demandées et non par des élus sans étiquette qui ne peuvent pas porter de revendication fédérative, qui reste le sens premier du syndicalisme.

Nicolas Dubost dit vouloir défendre le syndicalisme mais peut-il nous expliquer comment, alors qu’il revendique un sépartisme des élus, corps de représentants propres, dévoués, non politisés, ...et efficaces des autres militants sales, corrompus, syndiqués et inefficaces  ?

La dernière enquête de la Dares indique que les salariés eux même estiment à 62% que les syndicats jouent un rôle irremplaçable dans la représentation des salariés.>

 
notes