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article mis en ligne le 06/04/08
ORGANISATION DU TRAVAIL : LE PARADOXE FRANCAIS
Des entreprises ouvertes au dialogue social peuvent être fermées en terme d'organisation du travail
L’analyse comparée des engagements d’entreprises européennes en faveur du respect de la liberté syndicale et de la promotion de la négociation collective menée par Vigeo a donné un bon résultat pour les entreprises françaises. Elles se classent au second rang, juste derrière la Finlande, mais devant l’Allemagne, la Suède et les autres pays européens de l’échantillon.

La Fondationeuropéenne de Dublin pour l’amélioration des conditions de travail a publié une étude sur les codes et les accords cadres transnationaux souscrits par des entreprises multinationales . Ces codes unilatéraux ou accords négociés avec des fédérations syndicales internationales portent sur des engagements de nature sociale. Sur les 80 entreprises engagées par de tels textes, les entreprises françaises se classent à nouveau en deuxième position, derrière les entreprises allemandes, et devant les autres nationalités.

Les entreprises françaises se distinguent donc par leur volontarisme en matière d’engagements portant sur le dialogue social. Mais, quand on examine la qualité des relations de travail, de l’organisation et des conditions de travail, les classements diffèrent.

La Quatrième enquête européenne sur les conditions de travail nous apprend que la France est au 19ème rang quand on demande aux salariés s’ils sont consultés en cas de changement de leur travail, au 24ème rang dans l’information sur leurs résultats donné aux salariés, au 24ème pour la possibilité pour le salarié d’être assisté par son supérieur, au 25ème rang pour l’information donnée aux salariés sur les risques encourus pour leur santé.

Cette enquête classe les entreprises françaises parmi les moins bonnes pour la formation de leurs salariés. Elles sont celles où les salariés sont les moins nombreux à répondre être capable de faire le même travail à 60 ans.

Alors qu’à côté de l’organisation taylorienne et du mode de  production de type Toyota, un autre mode d’organisation du travail est apparu en Europe, les entreprises françaises ne sont qu’au 10ème rang pour l’adoption de ce modèle. Or c’est ce modèle qui est offre les meilleures conditions de travail. Les entreprises françaises, non seulement font peu de cas de leurs salariés en les informant peu et en les consultant rarement, mais elles offrent des conditions de travail plus dégradées que les autres pays européens à l’exception des pays méditerranéens. La mobilisation qui démarre sur le stress au travail illustre cette situation.

Dans une autre étude, les entreprises françaises apparaissent comme largement flexibles. Mais elles empruntent des solutions tournées essentiellement vers la satisfaction de l’entreprise, CDD, intérim, horaires variables avec préavis court, contrairement aux nombreuses entreprises flexibles des autres pays européens qui s’efforcent d’intégrer les aspirations des salariés.

Enfin, le point de vue des salariés français sur leur encadrement hiérarchique est le plus mauvais des pays européens ayant participé à une enquête sur ce sujet. Ils ne sont que 27% à avoir une bonne opinion de leur supérieur hiérarchique.

On est donc en présence d’un paradoxe des grandes entreprises françaises : disponibles et ouvertes quant au dialogue et à la négociation sociale, mais dans la pratique néo-tayloriennes, bureaucratiques et offrant de mauvaises conditions de travail. On peut avoir de bonnes relations avec les délégués syndicaux et avoir une organisation du travail pénalisante et des relations de travail où les subordonnés sont mal considérés.

          Echantillon de 511 entreprises, 32 secteurs et 17 pays. Réalisée entre 2004 et 2006

              Schömann, Fondation de Dublin, 2008

             Enquête réalisée en 2004 auprès de 27 000 salariés en Europe

         BPI 5 500 salariés de 10 pays en octobre 2007

notes