La direction de la CGT a décidé de mettre les cartes sur la table. Dans un rapport débattu à son Comité confédéral de mai, elle a annoncé ne recueillir que 640 000 adhérents et non les 710 000 revendiqués à son dernier congrès.
Par ce geste, la direction de la CGT espère sans doute créer un choc chez ses militants et les amener à redescendre sur terre pour prendre le problème de leur mutation à bras le corps.
Ce geste peut aussi entraîner les autres organisations syndicales à faire de même. On pense d’abord à la CFDT qui a publié avant tout le monde son budget. Mais le chiffre d’adhérents CFDT est sur évalué par le jeu d’un diviseur trop bas du nombre de timbres annuels. Ses effectifs doivent être proches de ceux de la CGT, plus élevés que ceux imposés par certains chercheurs et moins élevés que ceux affichés publiquement par la direction de la confédération.
Que les deux organisations qui ont signé l’accord sur la représentativité mettent ainsi cartes sur tables aurait du poids et du sens. Cela montrerait qu’elles ne craignent pas de dire la vérité. Cela montrerait qu’elles ont compris que l’heure est grave.
Car il faut aller au-delà des chiffres. Comme l’écrit le texte CGT « Ni dans l’industrie, ni dans les services, la CGT n’a les moyens de ses ambitions… La fonction publique n’est plus un bastion… » ; et de conclure que « les modes d’organisation actuels de la CGT sont trop en décalage avec le salariat à organiser et à représenter ». Question finale : « Une reconquête du salariat est-elle possible sans changements significatifs dans nos modes d’intervention et d’organisation ? » Ce texte ne concerne t’il que la CGT ?
Le recul syndical n’est pas qu’une question de nombre d’adhérents, accentuée par un changement de génération. Il est le produit d’une inadaptation des modes d’organisation, de communication et de fonctionnement. Il est aussi problème de gestuelle revendicative, car que veulent dire ces manifestations de quelques milliers de participants, ces rituels de journée de protestation ?
La présentation du rapport de la CGT est-elle le premier temps de la bataille pour la survie ? Les militants de toute organisation sont persuadés avoir l’éternité devant eux. Reconnaître publiquement sa faiblesse est le moyen de faire comprendre aux militants qu’ils imaginent leur organisation autrement qu’elle n’est dans la réalité. La mise à nu de cette réalité, puis son acceptation sont des conditions pour guérir le monde syndical de ses illusions.