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article mis en ligne le 08/03/08
LES ENQUETES SE SUIVENT ET NE SE RESSEMBLENT PAS FORCEMENT
A propos d'une enquête représentativité des syndicats
L’Institut supérieur du travail (http://istravail.com/), dirigé par Bernard Vivier, par ailleurs Vice-président de la CFTC  et Entreprise et Personnel (http://www.entreprise-personnel.com ), organismes d’études et de conseil au service d’un réseau de 150 entreprises,   ont commandé une enquête à l’Institut CSA sur la représentation des salariés dans l’entreprise privée. Cette enquête a été publiée en janvier.

Cette étude comporte deux versants : d’une part une interrogation d’un échantillon de 797 salariés du privé ; à partir d’un échantillon d’entreprises de plus 11 salariés, et d’autre part les réponses de deux échantillons équivalents de 300 élus salariés, les uns syndiqués, les autres non-syndiqués. Cet aspect est original, même si les questions posées n’amènent pas de grandes nouveautés dans la connaissance des relations sociales.

Que disent les salariés du privé ?

Interrogés sur le fait de savoir s’ils pensent que les confédérations syndicales représentent bien ou non les salariés, la réponse sonne comme une alerte. Seule une petite moitié des salariés (47%), considèrent qu’elles les représentent bien. Cette réponse recoupe les différents sondages et enquêtes menés depuis des années sur ce thème. L’IFOP, en avril 2006 avait réalisé un sondage auprès d’un échantillon de 1008  personnes où il apparaissait que 51% des français faisaient confiance aux syndicats, 47% des salariés du privé. Un autre sondage en décembre 2005 pour l’association Dialogue donnait 58% de personnes trouvant les syndicats efficaces. On voit mal l’intérêt de doublonner sans cesse ce genre d’interrogation qui montre que la moitié des salariés ont une opinion positive des syndicats.

L’enquête poursuit ensuite : 34% des salariés seulement jugent que les syndicats présents dans leur entreprise les représentent bien. L’enquête du ministère du travail Réponse qui a interrogé durant les années 2004 et 2005, 7 940 salariés et 1 970 représentants du personnel dans 3 000 établissements – donc sur un échantillon plus représentatif -  donne des résultats nettement plus positifs : les deux tiers des salariés estiment que les syndicats jouent un rôle  irremplaçable dans la représentation des salariés et ils sont autant à répondre que les représentants du personnel traduisent bien les aspirations des salariés. (Premières Synthèses : septembre 2006 et avril 2006).

L’écart entre les enquêtes est si flagrant qu’il pose clairement la question de la validité des échantillons en la matière et des biais de la formulation des interrogations elles-mêmes. La question est renvoyée aux spécialistes. Pour notre part, nous nous en tenons aux résultats de l’enquête Réponse.

Que disent les échantillons d’élus ?

 Le questionnaire à l’égard des élus non-syndiqués, dans la pratique surtout des employés, est étrange : on ne les interroge pas sur les raisons ou contraintes qu’ils les conduisent à ne pas être adhérents à l’une des confédérations. On leur demande de se situer par rapport à des idées reçues, circulant chez les patrons ou chez ce type d’élus, voire dans certains secteurs de l’opinion salariale. Une majorité (58 à 53%) d’entre eux affirme ainsi  ne pas avoir plus de liberté de parole, ne pas  représenter davantage l’ensemble des salariés, ne pas inspirer davantage confiance qu’un élu syndiqué.. La minorité (entre 34 et 44 %) donne ainsi son accord à des propositions qui relèvent d’une vision idéologique qui tient l’activité syndicale pour dépendante et sectaire parce que collective et qui autoproclame le non-syndiqué comme libre et meilleur représentant. Quand on invoque le temps perdu par les élus syndiqués en réunion aux dépens des salariés ou le fait de se faire mal voir par le patron, les élus non-syndiqués se partagent en deux blocs d’avis quasi équivalents, car une partie d’entre eux avoue son ignorance légitime de la situation des élus syndiqués.

Deux conclusions à en tirer. D’abord, une confirmation : une partie non négligeable des élus non-syndiqués est imbibée d’une conception a-syndicale, voire anti-syndicale, intégrée à l’entreprise ; on comprend qu’une partie du patronat veuille s’appuyer dessus. Et l’enquête n’est pas innocente à cet égard.

Mais le deuxième enseignement, plus important pour nous, est le constat qu’une majorité nette des élus non-syndiqués reconnaît vivre davantage une situation contrainte ou de facto, sans lui donner cette dimension idéologique. C’est un point essentiel dans le débat en cours sur la représentativité et la place du syndicalisme..

Ajoutons que les questions de l’enquête CSA postulent la bureaucratisation des élus syndiqués et leur isolement à l’égard des salariés. Or là encore, l’enquête Réponse ne confirme pas cette vision. Les délégués syndicaux et élus du personnel syndiqués déclarent plus souvent que les représentants non syndiqués rechercher le contact avec le personnel et multiplier les actions de communication. La moitié des représentants syndiqués disent tenir une permanence contre à peine un quart des élus non syndiqués. Le lieu commun qui oppose des élus non syndiqués, moins bureaucratisés, plus disponibles et des représentants syndiqués peu présents et peu à l’écoute des salariés est infondé.

On a donc quelques difficultés à trouver crédibles les réponses aux questions suivantes sur l’éventualité d’une réforme permettant aux élus, syndiqués ou non, de négocier dans l’entreprise ou sur la désignation du délégué syndical parmi les élus.

L’enquête va dans le sens du discours de ceux des patrons qui défendent le droit pour les élus non syndiqués de négocier. Question sérieuse qu’il faut débattre…autrement que par le biais d’une enquête de ce type.

notes