A 9,2 % de la population active dans l’Union européenne des 27, à 9,7% dans la zone euro, ce taux de septembre 2009, progresse en un an respectivement de 2 et de 2,1 points, soit de 20 %. L’Europe ne se distingue pas des USA à 9,8%. Parmi les pays européens, la dégradation est très forte pour l’Espagne, les Pays baltes, l’Irlande. La France est à un taux de 10% (+ 2 points), un peu au dessous des Etats-Unis (10,2 %) qui n’avaient pas connu un tel chiffre depuis 1983.
Depuis un an, en effet, les demandeurs d’emploi en France représentent maintenant 3 745 200 personnes, dont 2 574 900 sans aucune activité (catégorie A), le reste (catégories B et C) exerçant des activités réduites (travail de moins de 78 heures ou davantage). L’augmentation est de 20 % sur l’année, soit en moyenne + 43 000 par mois en catégorie A et 10 000 en catégories B et C. Les jeunes hommes de moins de 25 ans sont particulièrement frappés. Le chômage de longue durée (supérieur à un an) à 1 176 000 représente 31 % des demandeurs d’emploi.
La répartition des motifs d’inscription se modifie sur un an : les licenciements économiques augmentent de 50 %, suivis par les reprises d’activité (+14 %), les fins de CDD (+10 %) et les premières entrées sur le marché du travail (+7 %) ; les sorties d’intérim baissent de 24 %, comme les autres licenciements (-10 %) et les démissions (-17 %). Les sorties d’inscription pour entrée en stage de formation baissent de 11%, tandis que les reprises d’activité enregistrées stagnent. À noter les signes statistiques de la dégradation du service rendu par le Pôle Emploi, confronté à l’afflux des demandeurs : la catégorie statistique « fourre-tout » (« autres cas d’entrée » ou de «sortie») progresse respectivement de 38 % et de 48 %, les cessations d’inscription pour défaut d’actualisation de 15 %, tandis que les radiations administratives baissent de 14 %...
Un demandeur d’emploi sur deux est indemnisé (44, 3 % par l’UNEDIC ; 5,5 % par le régime de solidarité nationale sur le budget de l’Etat). Mais il faut rappeler que quelques 375 000 préretraités de 55 à 60 ans, indemnisés par l’assurance chômage ou le régime de solidarité en attendant de toucher leur retraite, sont dispensés de recherche d’emploi, et donc non inscrits. Au total, les finances de l’UNEDIC se dégradent : plus d’allocations à verser, moins de cotisations, une reprise économique très faible donnent une prévision de déficit cumulé de l’ordre de 11 milliards en 2010.
L’obligation d’inscription au Pôle Emploi pour les demandeurs d’emploi ayant des droits ouverts au RSA - ils sont 681 000 en septembre – est entrée en vigueur et alimente aussi la progression du nombre d’inscrits à Pôle Emploi.
Enfin, face à cette situation, le niveau des offres d’emploi disponibles en septembre 2008 baissent de 16 % : du maigre étiage de 350 000, elles passent à 300 000, le même chiffre que la moyenne mensuelle de 2006, dont seulement 100 000 dites durables de plus de six mois ; 230 000 ont été satisfaites dont 97 000 durables en septembre 2009. Autrement dit, le Pôle Emploi n’a aujourd’hui, comme hier, que très peu d’offres de travail à proposer à ses 4 millions d’usagers… dans une conjoncture où l’OFCE estime à 800 000 les pertes d’emplois sur 2009-2010, dont les deux-tiers en 2009.
On comprend qu’après une fusion ANPE-ASSEDIC percutée de plein fouet par la soudaine reprise du chômage, les personnels du Pôle Emploi soient depuis des mois au bord de la crise de nerfs, dans l’attente de la convention collective qui vise à unifier à terme des agents de statut privé (Assedic) et des agents contractuels de droit public (Anpe). Seulement 200 sites mixtes ANPE-ASSEDIC sont en place sur 950 prévus fin 2009 pour réaliser le guichet unique. Les 1 840 emplois de personnels supplémentaires, augmentés de 500 CDD, puis de 500 emplois aidés, prévus pour 2009 en renfort des 45 000 salariés mettent du temps à se mettre en place, compte tenu des procédures de recrutement et de formation.
En attendant on fait comme on peut pour recevoir demandeurs d’emploi et employeurs : les gains de qualité espérés dans la fusion (60 demandeurs d’emploi à suivre par conseiller !) ont sombré avec l’afflux des usagers, comme d’ailleurs la pêche aux offres. D’où le développement de la « co-traitance », utilisant des prestataires privés pour les actions de bilan, d’apprentissage de la recherche d’emploi, de formation et d’accompagnement, notamment pour des demandeurs d’emploi de longue durée. Elles permettent de mobiliser des compétences externes résidant dans les agences d’intérim, des organismes de formation publics ou privés, des associations en contact avec le tissu des entreprises et des services. Alors que ces actions concernaient 46 000 demandeurs d’emploi en 2007-2008, on vise maintenant 320 000 pour 2009-2011.
L’étude d’évaluation conduite par le CREST et l’Ecole de l’Economie de Paris (http://www.crest.fr/ckfinder/userfiles/files/Pageperso/crepon/Rapport_final_Crest_EEP.pdf) a bien montré l’efficacité des programmes d’accompagnement renforcés, qu’ils soient conduits en co-traitance ou directement par le Pôle Emploi : les taux de sortie vers l’emploi ont été à 6 et à 12 mois améliorés de 6-7 %, avec des emplois en généralement durables. De même, les dispositifs d’accompagnement renforcés pour les salariés licenciés pour motif économique – le contrat de transition professionnelle (CTP) et la convention de reclassement personnalisé (CRP) - ont été positifs respectivement à 60 et 55 %, soit 10% de plus que pour ceux à qui ces dispositifs n’ont pas été proposés. Mais il faut dire aussi que ces derniers étaient en moyenne moins qualifiés, occupaient des emplois plus précaires avant leur licenciement et doivent en plus accepter un moindre salaire pour retrouver un travail. La sélectivité du marché du travail est impitoyable aux plus faibles. Raison de plus de leur consacrer davantage de moyens.