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article mis en ligne le 17/06/2009
Partage des fruits de la croissance
Les rapports au rapport
Lors de la réunion tripartite entre le Président de la République et les partenaires sociaux du mois de Février, il avait été conclu que le directeur de l’Insee, M. Cotis établirait un rapport sur le partage des fruits de la croissance afin d’éclairer le débat sur la question salariale soulevée par les syndicats. Ce rapport a été présenté récemment et un autre rapport, établi par des membres du Conseil d’analyse économique, G. Cette, J. Delpla et A. Sylvain, a été publié sur le même sujet. Que nous apprennent ces travaux ?

- Que la part des profits des sociétés non financières dans la valeur ajoutée est restée stable entre le début des années 70 et 2007, même si la part des salaires avait connu une forte progression durant les années 1975-1985. Le partage de la valeur ajoutée, valeur de la production moins les consommations intermédiaires, entre les points extrêmes de la période  accorde les 2/3 servant à la rémunération des salariés. « Il apparaît donc faux de dire qu’en - France, les fruits de la croissance ont été principalement accaparés par la rémunération du capital au détriment du travail », du moins si l’on choisit comme point de comparaison 1970 et pas 1980.

- Le rapport Cette ajoute que la part des profits dans la valeur ajoutée est un taux plutôt faible en comparaison des autres pays industriels.

Les revenus de la propriété sont demeurés stables, malgré de fortes fluctuations. Ce sont les dividendes nets versés par les entreprises qui ont fortement augmenté, passant de 2,5 à 8% de la valeur ajoutée. Sans doute cela explique t’il le recul des investissements ?

Comment alors expliquer le sentiment de nombreux salariés d’une répartition davantage inéquitable ? Les rapports avancent plusieurs explications.

- La croissance des inégalités salariales. Durant la période 1997-2005, la part dans la masse salariale nette des salaires les plus hauts (le décile le plus haut quand on divise les salaires en dix tranches) a augmenté d’un point, passant de 27 à 28%. Par ailleurs, le ratio du premier décile, celui des salaires les plus bas, a lui aussi augmenté depuis le début des années 60, par suite de la progression du Smic. Conséquence : une baisse de la part de la rémunération de la majorité des salariés, ceux dont le salaire est supérieur au premier décile et inférieure au dernier. En quelque sorte, les salariés au milieu de l’échelle se trouvent talonnés par les smicards et distancés par les plus hauts salaires.

 Les rapports pointent l’augmentation des prélèvements sociaux comme facteur supplémentaire de la diminution des rémunérations nettes médianes. D’où une moins forte progression du pouvoir d’achat que dans les années 60-70, ralentissement que ressentent les salariés.

Le rapport Cotis ajoute enfin devant le faible dynamisme de la progression salariale, que l’affaissement des gains de productivité en France au cours des deux dernières décennies a sans doute pesé sur l’évolution du pouvoir d’achat. N’aurait-on pas donné aux actionnaires une part de ce qui pouvait, devait être mis dans les investissements ?

 
Deux réflexions : la première est que ces chiffres sont des moyennes qui masquent les différences selon la nature des secteurs, des entreprises et des métiers.

La seconde est de s’interroger sur la responsabilité de la négociation salariale dans cette situation. Contrairement à d’autres pays, la mobilisation salariale, à l’exception de certains secteurs ou entreprises semble avoir été modeste. Cette modestie dans l’exercice des rapports de force naturels pour le partage des profits interroge le syndicalisme. D’autant, que la progression du Smic, acte étatique et non contractuel, n’a pas que des conséquences positives, notamment par l’écrasement des débuts des grilles de salaires et la perturbation des négociations de salaires..

notes