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article mis en ligne le 16/08/2009
Mécénat et parrainage d'entreprise
Image ou culture ?
Une pratique existant dans certaines entreprises, des grandes mais aussi certaines PME, est le parrainage et le mécénat culturels. Il faut distinguer les deux, car l’objectif est différent et par conséquence leur réglementation fiscale En effet, il s’agit de parrainage quand le soutien financier d’activités ou de manifestations culturelles et artistiques est dans l’intérêt direct de l’entreprise et constitue ainsi pour elle une forme de promotion. Le mécénat, lui, doit être désintéressé - au moins au niveau direct – et concourir à la mise en valeur du patrimoine, à la diffusion de la culture, des arts et de notre langue. 

Le développement du mécénat et du parrainage est en France bien moins important que dans d’autres pays, USA notamment. Cependant, quand le mécénat culturel existe, que cherchent les entreprises dans le subventionnement d’activités, l’achat d’œuvres ou de spectacles, les actions de soutien à la langue française ?

Souci d’image ou intérêt personnel des dirigeants

Le souci d’image est toujours présent. Le mécénat comme le parrainage créent une image valorisante de l’entreprise ; ils veulent démontrer que l’entreprise n’a pas l’œil fixé exclusivement sur les profits mais qu’elle se préoccupe aussi d’intérêt général, de dimension citoyenne, de participation au développement des arts, à l’élévation du niveau culturel, au soutien et à la promotion de jeunes artistes, et souvent à la qualité de leur territoire.

Même si l’intérêt n’est pas direct, l’entreprise en retire des bénéfices d’image. 

Assez fréquemment, l’intérêt artistique et culturel des dirigeants est une origine de leur implication. On a en tête quelques exemples connus de grands patrons qui créent pour eux-mêmes une collection de tableaux et finalement en font don pour constituer un musée, une fondation : Guggenheim, Bemberg, Pinault… 

Finalement quelles qu’en soient les raisons de départ, la participation des entreprises au développement culturel est loin d’être négligeable et apporte une part de budget indispensable aux artistes et aux structures culturelles de notre pays :

  • 2,5 milliards d’euros sont consacrés au mécénat (social, environnemental et culturel) chaque année ;
  • 23 % des entreprises de plus de 20 salariés, soit près de 30 000, y participent ;
  • 73 % des entreprises mécènes sont des PME de 20 à 99 salariés ;
  • 39 % des budgets mécénat vont à la culture, soit 1 milliard d’euros, avec 36 % des entreprises mécènes. Rappelons que le budget du ministère de la culture est de 3 milliards d’euros.
  • mais le mécénat culturel ne représente que 0,02 % du PIB français, contre 2,1 % aux USA.
Le mécénat culturel, les salariés, les publics et le territoire

Toutes les grandes entreprises ont leur mécénat. Elles achètent des œuvres, subventionnent des groupes musicaux ou théâtraux, des associations, leur mettent parfois des salariés à disposition (mécénat de compétences) ou des moyens techniques (mécénat en nature), elles financent des bourses ou des prix pour de jeunes artistes… Leur action va souvent jusqu’au niveau international.  

Ces entreprises participent aussi à la restauration du patrimoine, que ce soit au château de Versailles (la galerie des glaces par Vinci), le Louvre (la galerie Apollon par Total, … un peu après le naufrage de l’Erika)… 

Elles affirment mettre en cohérence leurs actions de mécénat avec leurs valeurs, leurs caractéristiques et leur histoire. Que peut-on trouver dans ces affirmations ? Ces actions sont-elles reliées à la vie de l’entreprise, de ses salariés et de son territoire ? Pas toujours ! Pourtant, il serait utile de les orienter davantage dans ces directions.

Par exemple :

Associer les salariés

C’est recherché par certaines entreprises afin que leur mécénat ne reste pas un appendice extérieur : quand cette attitude existe, elle a pour but, en plus des ouvertures culturelles apportées, de renforcer la cohésion du personnel, en les informant et en les rassemblant autour d’une action valorisante. On peut citer comme exemple la Société générale qui régulièrement présente ses nouvelles acquisitions d’art contemporain à ses salariés, parfois expliquées par des conférenciers. France 3 fait régulièrement la même chose. Ces œuvres font ainsi partie du cadre de vie au travail. 

Soutenir les projets des salariés

Cela existe dans un certain nombre d’entreprises. France Télécom finance des bourses pour des enfants de salariés pour partir en mission, un mois de musique en Pologne par exemple. Les fondations de plusieurs entreprises ne soutiennent que des projets de salariés (Schneider, BNP Paribas, SNCF, fondation Vinci pour la cité…). Autre initiative, la Caisse des dépôts met à disposition un petit nombre de salariés volontaires pour des associations culturelles, en raison de leurs talents ou de leurs compétences d’organisateurs, de gestionnaires, de communication... 

La culture mise à disposition de publics éloignés

Là aussi, on peut retrouver certaines initiatives, variées.

La fondation Crédit coopératif est coproductrice du Festival Théâtre et Handicap. La fondation Orange soutient la galerie tactile du Domaine de Chantilly, qui permet aux déficients visuels et auditifs d’accéder à la culture. Safran a organisé avec l’Orchestre de la Prée trois concerts à la salle Gaveau en décembre dernier dont la totalité des recettes sert à l’ouverture d’une maison d’enfants à caractère social. La Caisse des Dépôts soutient l’Orchestre de Paris, notamment quand il organise un atelier d’éveil ou un concert pour les détenus de la prison de Fleury Mérogis. 

>L’engagement territorial

De nombreuses PME s’y impliquent, parfois de façon solitaire, souvent en participant à des clubs d’entreprises pour le mécénat ; de même que les établissements décentralisés des grands groupes, quand ils ont un peu d’autonomie dans ce type d’actions et de financements.

Ces entreprises y recherchent un renforcement de l’attractivité, la leur et celle de leur territoire, veulent participer à sa valorisation, à l’aménagement de ce territoire, y démontrer une intégration et une attitude citoyenne. 

Parmi ces initiatives collectives, on peut citer :

  • Le club d’entrepreneurs Produit en Bretagne organise un grand prix du disque et du livre pour les artistes et écrivains bretons.
  • Le centre culturel de rencontre du Limousin a pu être développé grâce à l’achat de son lieu par un club de 50 entreprises.
  • La chambre de commerce et d’industrie de la Haute-Garonne avec la direction régionale des affaires culturelles a créé un prix annuel du mécénat culturel d’entreprise. L’originalité est de distribuer trois prix, en fonction de la taille des entreprises candidates (0 à 9 salariés, 10 à 99, 100 et plus). On peut rencontrer ainsi de très petites entreprises mécènes, dont la dernière primée organise un festival et des actions d’animation de hip-hop pour les quartiers défavorisés et les enfants hospitalisés. 

Ce n’est cependant pas encore suffisant : la plupart de musées hors de l’Île-de-France ne parviennent que peu à intéresser des mécènes, par exemple. Bien d’autres structures culturelles aussi se trouvent en grande difficulté dès que l’État baisse ou stoppe ses subventions. Elles-mêmes n’ont pas toutes fait leur apprentissage de la recherche de mécènes ou de parrains : s’adresser à la bonne porte : qui peut être intéressé par tel projet ou telle activité ; intéresser par la présentation d’arguments gagnants ; savoir présenter son projet…

Il y a encore beaucoup à faire. Les deux mondes, entreprises et culture, ne font que débuter leur rencontre ! Or, la culture est un élément essentiel d’une société, un indicateur de son état, de sa capacité d’évolution. Par le mécénat, les entreprises participent à cette société, à son enrichissement, à son progrès. Leur intérêt bien compris est alors d’y associer les salariés, de les faire bénéficier de cette richesse, de cette ouverture d’esprit. Après tout l’argent du mécénat vient du travail des salariés !

La gestion des activités culturelles est réglementée par l’ACOSS, pour bien les distinguer (chèques-culture) d’un complément de revenus et exonérer de cotisations sociales. 


Annexe :

notes