Les moins de 25 ans étaient exclus du dispositif, y compris ceux qui travaillaient depuis plusieurs années. C’était la conséquence depuis les années 1980 de la suppression de toute allocation chômage pour des jeunes n’ayant jamais travaillé, alors qu’elle existe dans onze pays de l’OCDE, dont le Royaume-Uni, l’Allemagne et la Suède. On invoque la crainte de développer des comportements d’assistés, chez les jeunes découragés de rechercher un emploi.
Cet effet de seuil va être en partie corrigé, ce qui est cohérent avec la nouvelle convention Unedic qui a décidé d’indemniser les durées de travail de quatre mois : les moins de 25 ans qui ont travaillé au moins 2 ans (soit l’équivalent de 3600 heures) au cours des trois dernières années depuis plusieurs années auront droit au RSA dans des conditions de droit commun. Concrètement, cela signifie qu’ils bénéficieront, lorsqu’ils occupent un emploi, du complément de revenu d’activité - et s’ils perdent leur emploi, ils auront accès, après épuisement de leurs droits à l’assurance chômage, au RSA servi aux personnes dépourvues de ressources (450 euros par mois).
Dans les deux cas, ils toucheront la même prestation, calculée selon les mêmes modalités, que leurs aînés âgés de plus de 25 ans. Les apprentis sont également concernés et les périodes passées en apprentissage seront prises en compte. Reste en dehors cependant ceux qui seraient en deçà des 3600 heures de travail en deux ans, nouvel effet de seuil. On estime les bénéficiaires à environ 160 000 jeunes, dont 120 000 en emploi, avec un coût au budget 2010 de 250 millions d’euros.
C’est la principale mesure du Plan jeunes (650 millions d’euros) qui reprend par ailleurs la traditionnelle formule de la gauche des trente dernières années : proposer un emploi ou une formation aux jeunes de 16 à 18 ans ayant quitté le système scolaire : seulement 6000 jeunes de cette tranche d’âge bénéficieront d’une aide maximale de 2500 euros s’ils reprennent une formation ! Quant aux 18-25 ans, 8000 d’entre eux bénéficieront d’un revenu garanti d’environ 250 euros par mois s’ils signent un accord de formation ou acceptent un emploi, et 8000 autres désireux de s’autonomiser, se verront attribuer 3000 euros pendant deux ans pour réaliser un projet, leurs parents renonçant aux allocations familiales ! Concrètement, on en reste à des expérimentations.
Enfin, le contrat d’insertion dans la vie sociale (Civis), géré par les missions locales et les PAIO, devrait concerner 90 000 jeunes sans diplôme, menacés d’exclusion, avec une aide de 900 euros par an. Autrement dit, les arbitrages financiers ont été sévères pour Martin Hirsch et ses propositions. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Car il faut se rappeler que la crise, avec la chute des emplois en CDD et en intérim a frappé les jeunes d’abord, et qu’il y a 540 000 jeunes de 15-24 ans au chômage, dont environ le quart seulement a un soutien de l’assurance-chômage. De plus, parmi les moins de 26 ans au travail (2,8 millions, 37 % des 15-24 ans), le quart d’entre eux sont dans les mesures d’aides à l’emploi (dont 615 000 étaient en décembre 2008 en emplois en alternance,419 000 en apprentissage, 195 000 en contrat de professionnalisation). Or en 2009, ces contrats d’alternance sont eux-mêmes en recul : on s’attend à des totaux de 390 000 contrats d’apprentissage et 150 000 contrats de professionnalisation seulement. L’insertion des jeunes dans l’emploi demeure plus que rude dans des conditions où l’accès à l’autonomie financière reste très difficile pour beaucoup d’entre eux. Le chemin qui mène à l’autonomie est devenu long : près d’un pauvre sur deux a moins de trente ans. Les situations d’exclusion de nombre de jeunes, en rupture familiale, constituent une faille majeure de notre système de protection sociale. Il suffit de regarder autour de soi dans la rue pour le constater.
Espoir ? Le 1er janvier, le dispositif des emplois aidés va être simplifié et assoupli avec la création d’un contrat unique d’insertion, qui remplacera les contrats d’accompagnement dans l’emploi et le contrat initiative emploi. 360 000 de ces contrats ont été budgétés pour 2010, avec un taux de subvention de 90%.