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article mis en ligne le 07/06/2009
Menace de grève des seigneurs du ciel
Les pilotes de ligne ne fréquentent pas la plèbe

Le syndicat des pilotes de ligne d’Air France menace de grève 4 week-ends de vacances d’été. Excusez du peu. Bloquer les départs en vacances de milliers de vacanciers ne peut se justifier que pour une cause noble, d’intérêt vital pour le pays !Et bien le motif est le suivant :

le SNPL exige un collège électoral propre pour pouvoir s’assurer de sa propre représentativité dans les règles nouvelles de la loi du 20 août 2008. Ainsi cette menace de grève démontre preuve à l’appui que le syndicat catégoriel se moque de l’intérêt général.

La loi impose maintenant aux syndicats une représentativité de 10 % dans les entreprises pour être considérés comme représentatifs et pouvoir participer à une négociation. L’article L2122-2 organise une possibilité d’une représentativité par collège quand ils sont légalement constitués, avec des candidatures possibles pour « les organisations syndicales catégorielles affiliées à une confédération syndicale catégorielle interprofessionnelle nationale ». Avec déjà une entorse pour les journalistes : les parlementaires, si sensibles à l’action des medias, ont adoptécette dérogation en catimini, dérogation contradictoire avec les principes de la loi et de l’accord des partenaires sociaux. Il va être fort intéressant de suivre les commentaires des journalistes sur cette affaire.

Qu’en est-il pour les pilotes de ligne ?

L’article L342-4 du Code de l’aviation civile permet que, « par dérogation aux dispositions des articles L. 433-2 et L. 435-4 du code du travail, les personnels navigants professionnels constituent un collège spécial pour l'élection des représentants du personnel au sein des comités d'établissement de la société Air France et disposent d'une représentation spécifique au comité central d'entreprise ». Il y a donc un collège des personnels navigants, mais …tous navigants. L’exigence du SNPL est donc que les 4 000 pilotes soient mis à part des 14 000 hôtesses et stewards, qui ont leur propre syndicat professionnel mais aussi beaucoup d’adhérents aux confédérations.

Il y a à Air France une quinzaine de syndicats, dont beaucoup de syndicats autonomes représentant le plus souvent une corporation et toutes les grandes confédérations. Quelle facilité pour négocier des accords ! La position commune du 9 avril 2008, reprise par la loi du 20 août, a pour objectif de développer le dialogue social par le renforcement des organisations syndicales, pour les rendre plus aptes à avoir une pratique d’engagement au nom de ceux qu’elles représentent. Le seuil de 10 % des salariés de l’entreprise est dans cet objectif.

Le SNPL a choisi un combat corporatiste. Il avait pourtant 2 autres solutions :

l’adhésion de son syndicat à la CFE-CGC, ce qu’a demandé une partie de ses troupes et lui permettait de jouer la représentativité de collège ;

ou, comme vient de le faire la FGAAC, d’adhérer à une confédération intercatégorielle , ce qui n’implique pas forcément de perdre sa spécificité.

S’il ne veut pas que les autres salariés de l’aviation civile se mêlent de ce qu’il pense être ses affaires, en revanche il voudrait pouvoir s’occuper de celle des autres. Il a en effet soufflé aux sénateurs du RDSE (rassemblement démocratique et social européen) de déposer un amendement - mais repoussé une première fois – demandant que les syndicats des PNT (personnels navigants techniques) représentatifs dans leur collège puissent participer aux négociations d’accords intercatégoriels dès le seuil de 4 % du total des voix dans leur entreprise. 4 % et non pas la règle de 10 %, pourquoi se gêner ! Aussi, les PNC (personnels navigants commerciaux) réclament à leur tour un collège. Et les syndicats membres des confédérations crient leur désaccord.

Le gouvernement doit se mordre les doigts d’avoir entrouvert la boîte de Pandore du corporatisme de métier avec les journalistes.

 
notes