Dans un contexte de maigre reprise économique, le marché du travail continue de se dégrader en Europe : le taux de chômage est à 10 % dans la zone euro, à 9,65 % dans l’Union européenne. Les USA sont en situation comparable à 9,7 %.
La France est à 9,9 % en mai 2010, le niveau le plus élevé depuis dix ans : rappelons qu’elle était à 7,6 % au début 2008. Conséquence : en deux ans, le nombre des inscrits (2,69 millions en juin 2010) en catégorie A a progressé de 700 000 (en moyenne près de 30 000 par mois), les inscrits en catégories B et C (chercheurs d’emploi avec activités réduites, 1,26 million en juin 2010) de 200 000 (en moyenne autour de 8 000 par mois). 4,2 millions de situations individuelles percutées durablement, des millions de ménages appauvris et dans l’incertitude du lendemain, tel est la réalité de ces chiffres. N’oublions cependant pas qu’il s’agit d’une photographie à un moment donné qui recouvrent des changements de situations : il y a eu, en juin, 515 000 sorties d’inscrits à Pôle emploi pour divers motifs dont la reprise d’emploi, pour 484 000 nouvelles inscriptions.
Premier signe d’éclaircie : l’emploi salarié semble après sept trimestres consécutifs se remettre à augmenter, du moins sous la forme de CDD et de l’intérim. La suite dépendra de l’intensité de la reprise d’activité. Après une année 2009 des plus sombres, l'économie française recrée des emplois depuis le 1er janvier. Au deuxième trimestre, 35.000 postes salariés ont été recensés dans le secteur marchand. Qui s'ajoutent aux 23.900 créés au premier trimestre. Mais cela reste insuffisant pour permettre de réduire le niveau du chômage.
Il n’empêche cette pression d’un chômage accru se traduit dans tous les indicateurs : accroissement de la durée moyenne d’inscription (220 jours), des chômeurs inscrits depuis plus d’un an (1,4 million, + 310 000), dont 600 000 depuis deux ans et plus. 460 000 jeunes de moins de 25 ans sont demandeurs d’emploi en juin 2010, à la veille des sorties du système scolaire de l’été.
Que dire, dans ces conditions, des 187 millions d’euros économisés par l’Etat en 2009 sur la dotation de 1,36 milliard qu’il aurait du verser à Pôle emploi parallèlement aux 2,9 milliards venant de l’UNEDIC ? Les difficultés dues à la fusion ANPE-UNEDIC, à l’explosion des inscriptions au chômage, l’utilisation de 1 000 CDD pour l’accueil ont entrainé une sous consommation des budgets d’intervention. L’Etat, au lieu de mettre en provision cette somme pour 2010 pour améliorer le service rendu, se l’est appropriée pour réduire son déficit global. Pire, le directeur général de Pôle emploi, Christian Charpy vient de déclarer : « Il est normal que Pôle emploi participe à la réduction des déficits publics », annonçant que les synergies liées à la fusion justifient la non-reconduction des CDD en 2011, tout en reconnaissant que le nombre de demandeurs d’emploi suivi par agent peut atteindre 120, soit le double de ce qui était prévu. Quand on sait que le financement des contrats aidés va aussi diminuer, on se demande comment Pôle emploi pourra faire face non seulement à une rentrée compliquée de septembre, mais surtout à l’accompagnement individualisé que suppose l’aide aux demandeurs d’emploi de longue durée, dans un contexte où il recueille seulement 270 000 offres d’emploi en mai 2010 (dont 117 000 de plus de six mois).
La situation de l’Allemagne est bien différente. Le taux de chômage en mars dernier était inférieur à celui de décembre 2007, 7,5% contre 8%. Gilbert Cette, membre du CAE, propose un début d’explication : la baisse conventionnelle et provisoire des salaires et de la durée du travail. Il décrit les accords intervenus dans de nombreuses entreprises allemandes ainsi que dans certaines villes : coupler baisse des salaires et de la durée du travail contre l’absence de licenciement. Ces accords peuvent être décidés dans les entreprises parce qu’ils ont été encadrés par des accords de branches. Il s’agit d’accord collectifs de baisse temporaire de la durée du travail et des salaires que les directions d’entreprise doivent pouvoir justifier économiquement devant les représentants des salariés.
Ainsi l’Allemagne peut-elle éviter un certain nombre de licenciements. Pour cela, il ne suffit pas d’avoir une telle solution. Encore faut-il que les interlocuteurs sociaux aient été capables d’en négocier les termes et de les faire ensuite appliquer grâce à la confiance qui existe entre eux.
La qualité des acteurs et de la négociation sont, en Allemagne des instruments de lutte contre le chômage. En plus ils ne grèvent pas le budget de l’Etat …
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