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mis en ligne au 11/04/2010
Négociations : une France différente

 Slovénie, 14 janvier. Accord salarial dans la métallurgie et l’électronique. 5% pour les salaires de base ; les entreprises en difficultés pouvant décider d’une autre augmentation.

Espagne, 8 février. Accord interprofessionnel qui fixe un cadre pour les négociations salariales sectorielles.

Espagne, 23 février. Accord salarial dans la chimie qui reporte les augmentations à l’an prochain compte tenu de l’avance prise par les augmentations de 2009 sur le taux d’inflation.

Autriche, 14 janvier. Accord salarial secteur bancaire. 1,36% d’augmentation.

Autriche, 28 janvier. Accord salarial dans l’énergie et le pétrole : entre 1,45 et 1,7 % d’augmentation.

Allemagne, 18 février. Accord dans la métallurgie : 320 euros la première année, 2,7 en avril 2011 et maintien des mesures de chômage partiel.

Allemagne, 27 février. Accord salarial pour les employés de l’Etat et des communes. Augmentation de 2,3% en trois étapes.

Italie, 24 mars. Accord unitaire dans l’énergie et le pétrole

Danemark, Accords salariaux pour le bâtiment, les transports et l’industrie

Suède, accord général de coopération pour le secteur des services.

Pays-Bas, 25 janvier accord dans l’industrie lourde augmentation de 1,65% départs anticipés à la retraite ramenés à 62 ans.

Etc…

Tels sont quelques uns des exemples des négociations collectives qui se déroulent dans la plupart des pays européens. Ce n’est qu’après la conclusion de ces accords que des négociations s’ouvriront dans les entreprises, si elles ont été prévues. Les salariés de chaque secteur ont pu suivre les négociations les concernant. Ils savent ce qui va leur être appliqué. Ils connaissent les protagonistes des négociations. Les entreprises connaissent l’évolution de leur masse salariale. Elles savent qu’il n’y aura pas de grève sur la question salariale durant la période couverte par l’accord.

Si l’on se reporte maintenant à la situation française, que peut-on découvrir ? Qu’une cinquantaine d’entreprises ont connu des conflits salariaux, ces entreprises appartenant à divers secteurs. Que des négociations salariales se sont conclues sans conflits dans d’autres entreprises. Que des augmentations unilatérales ont été décidées à l’EDF et à un niveau que sans doute aucune entreprise ne retiendra. Que seulement quelques branches ont conclu un accord salarial….

Le caractère de ces actions apparaît alors particulièrement décousu quand il est mis en face de la régulation sociale des autres pays. Les défauts de cette pratique française, chacun peut négocier quand ça lui chante ou non, engendrent une illisibilité des négociations et de leurs résultats, des inégalités entre salariés bénéficiant d’un accord et ceux qui n’en n’ont pas, etc. Ce n’est pas un système régulé, mais un système dispersé où ceux qui ont un rapport de force (ou un pouvoir technique de nuisance) obtiennent davantage. Dans la plupart des pays européens, l’essentiel est dans la hiérarchie des niveaux et des calendriers de la négociation. Ce n’est pas le cas français où le corporatisme, les grands groupes, les catégories protégées et l’irruption spontanée sont les piliers du système. Mais constatons qu’on est loin de la montée de la contestation salariale aperçue par certains.

  

Par contre, on est tout de même fondé à remarquer que la France est le seul pays à s’être lancé dans un programme de réformes aussi dense. L’addition des réformes retenues par l’exécutif et de celles qui alimentent les négociations nationales interprofessionnelles dresse un programme impressionnant : chômeurs en fin de droits, dialogue social dans les TPE, réforme des élections prud’hommes, retraites, pénibilité, harcèlement au travail, égalité professionnelle, institutions représentatives des salariés dans l’entreprise, gouvernance de l’entreprise, partage de la valeur ajoutée, gestion des conséquences sociales de la crise…

La France ici s’est lancée dans une démarche réformatrice que les acteurs des autres pays ignorent en ce jour. Il restera à connaître le contenu de ces réformes et leur degré d’acceptation sociale.

Deux explications peuvent être proposées pour expliquer cette originalité. La première est que nous prenons de l’avance dans la reformulation des relations professionnelles et des garanties sociales. L’autre est que nous sommes très en retard sur les autres pays qui ont mené à bien ces réformes bien avant.

 

notes