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" Intéressons-nous à deux événements qui se sont produits alors que j’étais à la tête d’ERDF en 2009. En janvier, une tempête exceptionnelle met à mal le réseau d’électricité de plusieurs départements du Sud-Ouest de la France, privant 1,7 million de clients d’électricité. Parce qu’un événement similaire était intervenu dix ans auparavant, j’ai pu alors mesurer l’ampleur des changements intervenus dans les relations entre l’entreprise et la société. Ainsi, ce qui était perçu comme exceptionnel en 1999 ne l’était plus tout à fait en 2009. Le regard de la société vis-à-vis de l’entreprise avait changé. Septembre 2010
Malgré une mobilisation de grande ampleur tant en moyens humains que matériels, l’événement a suscité d’autres comportements que ceux que nous avions connus dix ans plus tôt. Les réactions des politiques, des élus, des clients, etc. ont traduit de vraies ruptures. Le rapport au temps par exemple n’est plus le même : on ne veut plus attendre, tout doit aller vite, très vite dans l’intervention, la réparation. Et même si, en l’espèce, le temps de rétablissement a été considérablement réduit, la perception qui l’emporte dans un monde d’immédiateté n’est pas celle-là. Le rapport à l’espace est lui aussi bousculé : la tempête est rapidement « nationalisée », les réseaux sociaux, de plus en plus actifs, contribuent à la « déterritorialisation de l’événement ». Le degré d’exigence enfin augmente sensiblement avec notamment une virulence accrue des interpellations1. Par-delà la tempête elle-même et ses effets, ERDF a connu là une épreuve du feu en matière d’interpellation et de débat publics.
2009 fut aussi le théâtre d’un conflit social sur des problèmes d’emploi et de rémunération, tenant en partie à la résonance interne de la mobilisation réussie face à la tempête. Les salariés y ont puisé non seulement une fierté, mais aussi une exigence sociale accrue. Prenant sa source dans le refus de l’externalisation locale d’activités, ce conflit, s’étendant à des revendications de salaire, a duré plusieurs mois et a vu le retour de formes d’actions telles que les coupures d’électricité à grande échelle et la détérioration de l’outil de travail. Porteur de fortes demandes de reconnaissance, il a marqué une étape dans la vie de l’entreprise en matière de radicalité, voire de violence. Le fait de voir resurgir les coupures d’électricité chez les clients – pratique qui avait quasiment disparu depuis 1987 – de façon importante est le signe que certaines « lignes jaunes » qui étaient jusque-là respectées pouvaient être transgressées, et que cette transgression bénéficiait d’une certaine compréhension, voire d’un certain soutien de l’opinion publique. Bien entendu, un tel conflit ne vient pas sans raison, et les transformations que nous avons menées, parfois au pas de charge, dans le secteur de l’énergie depuis dix ans n’y sont pas étrangères. Mais je reste convaincu que ce qui s’est passé dans l’entreprise ERDF ne tient pas qu’à son histoire propre ou à son management mais relève, pour une large part, de tensions et de violences qui sont le fait de la société dans laquelle elle est immergée. En dix ans, le rapport au temps et à l’espace a été profondément bousculé."
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