La CGT a-t-elle changé ? Non.
Et pour une raison qui est celle du temps nécessaire au changement d’une organisation. Il aura fallu une quinzaine d’années à la CFDT pour que la majorité de ses militants déclinent de façon autonome la nouvelle vision et la nouvelle pratique de leur syndicat. Et la conduite d’un Edmond Maire était moins précautionneuse que la politique des petits pas d’un Bernard Thibault.
Car le changement attendu est celui-ci : une stratégie et une mise en œuvre portée par une majorité de militants et pas seulement une majorité de votants du congrès. Le changement d’une organisation n’est pas l’adoption d’un nouveau produit, le choix d’un nouveau site de production. C’est le mélange complexe d’une représentation de soi et de la société, portées par des équipes militantes sur les lieux de travail. Il ne suffit pas de se dire réformiste, encore faut-il l’être au quotidien dans la pratique.
La CGT a-t-elle commencé à changer ? Oui.
On en veut pour preuve l’ampleur et la vivacité des débats entre les délégués de son congrès et l’affirmation d’une opposition, rassemblant un peu moins du quart des mandats. Se sont opposés ceux qui maintiennent un discours idéologique version lutte de classes et ceux qui puisent dans leur expérience une conception plus ouverte où la mobilisation et la négociation se tiennent par la main. Cependant – et c’est l’ambiguïté de la majorité - la réflexion sur les objectifs revendicatifs et leur capacité de réalisation demeure sommaire (songeons à l’approche sur les retraites). Or elle est essentielle à la démarche de négociation.
La CGT va-t-elle réussir à changer ? Sans doute.
Mais …À avoir attendu bien davantage que ses collègues espagnols et italiens, elle ne s’est pas simplifiée la tâche. La CGT possède des bastions, essentiellement dans le secteur public et chez les retraités. Les anciens fleurons y compris dans les grands bastions industriels, utiles dans la lutte sociale, sont devenus aujourd’hui des cimetières corporatistes et probablement les pôles principaux de la résistance au changement.
La CGT doit-elle changer ? Bien sûr.
Un adversaire caricatural offre au patronat conservateur un commode prétexte pour multiplier les refus de négocier et de reconnaître le syndicalisme. Réformer ce pays sans la CGT est tâche trop ardue. L’évolution de la CGT vers un syndicalisme constructif permettrait de lever bien des veto qui bloquent les réformes dans notre pays, engoncé qu’il est dans de fausses représentations de lui-même. |