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article mis en ligne le 06/10/2010
Syndicats et offres de services

 

Le Centre d’analyse stratégique se préoccupe de conseiller les syndicats français qui, à la différence d’autres pays, ne parviennent qu’à un taux de 8% de salariés syndiqués (en activité ou en retraite) contre jusqu’à plus de 60 % dans d’autres pays. D’où une note sur « le syndicalisme de services » - qui ne semble pas avoir été élaborée avec les organisations syndicales - : elle dresse une analyse comparative des dispositifs qui en dehors de la France articulent services aux salariés et adhésion syndicale. C’est ainsi qu’il rappelle le rôle du syndicalisme belge ou suédois comme intermédiaires dans l’accès à l’assurance-chômage, avec le risque, comme on l’a vu en Norvège ou aux Pays-Bas, de voir fondre des effectifs syndicaux en cas de dissociation. Par contre, aucune approche n’est faite des dispositifs de conventions collectives ne s’appliquant qu’aux adhérents des syndicats signataires.

Dans le cas de la France où les résultats positifs obtenus par le syndicalisme s’appliquent à tous les salariés, qu’ils soient syndiqués ou non, soit par les conventions collectives, soit dans le cadre des comités d’entreprises, la note – qui considère qu’on ne pourra pas revenir sur cette situation et qu’il faut s’affranchir de la référence au modèle « nordique » - conseille aux organisations syndicales françaises de développer leur offre de services. Le contexte de concurrence accrue imposé par les nouvelles règles de représentativité y invite.

A cet effet, le CAS dresse un inventaire à la Prévert du panorama des services individuels qui pourraient être liés à l’adhésion syndicale, notant d’ailleurs les efforts déjà faits par les organisations syndicales françaises dans ces directions, à côté de leurs fonctions traditionnelles de revendication et de négociation. Citons : conseil et l’appui juridique en cas de conflit individuel ; caisse de solidarité en cas de grève ; formation des adhérents ; aide à la gestion de la carrière professionnelle, à la formation ; régimes d’assurances à prix réduits ; forfaits vacances à prix réduits ; offre d’accès à des produits culturels ; aide à l’établissement de déclarations fiscales, voir de testaments ; aide des migrants en matière de permis de travail, de regroupement familial ou de protection sociale ; information et accompagnement des travailleurs précaires dans la gestion des contrats de travail atypiques ; information et accompagnement des travailleurs à temps partiel ; services spécifiques aux salariés des TPE et PME sans CE, défavorisés par rapport aux autres entreprises ;  services de conseil en ligne ; aide au règlement des difficultés rencontrées par le salarié consommateur ; réductions sur l’achat de certains produits ; primes de naissance, de mariage ou de départ à la retraite, etc…

Cette diversification de l’offre syndicale, que la note appelle « un syndicalisme à bases multiples », devrait, selon le rédacteur, s’inspirer de trois principes directeurs pour développer la syndicalisation et valoriser l’action des syndicats :

- investir de nouveaux domaines d’action en offrant un encadrement de la vie sociale dépassant (mais sans l’oublier) la seule dimension professionnelle à travers la défense juridique, la défense du consommateur, la défense des salariés précaires dans un maillage de proximité par bassin d’emplois ;

- créer des services spécifiques nouveaux communs au syndicalisme, hors du cadre du paritarisme, où les organisations syndicales mutualiseraient leurs moyens, le cas échéant avec d’autres acteurs, notamment associatifs, hors de toute concurrence entre eux ;

- articuler l’action des organismes paritaires où les organisations syndicales sont présentes avec les services individuels qu’elles auraient mis en place, par exemple dans l’accompagnement de la sécurisation des parcours professionnels.

Qu’en penser ?  Développer les services individuels rendus par le syndicat est, dès l’origine du syndicalisme, une manière d’enraciner l’adhésion, construite d’abord par le réflexe de solidarité face à ce qui est vécu comme injustice et fait de domination. Les Bourses du travail et les premières caisses ouvrières en témoignent. 

Mais adhérer, payer une cotisation, traduit toujours d’une façon ou d’une autre la conscience qu’on est un salarié, solidaire d’autres salariés, se regroupant pour s’organiser et construire un rapport de force face à l’employeur. C’est le B.A. BA de l’action et de l’organisation syndicale. La syndicalisation par l’usage de services si ne débouche sur une appartenance stable que si elle est associée à cette prise de conscience, ce qui n’est ni automatique, ni simple. C’est ce qui explique, par exemple, que les efforts de la CFDT en matière de services individuels (caisse de grève, services juridiques, etc..) associés à l’adhésion ne lui ont pas permis d’opérer une percée spectaculaire, mais au mieux de consolider la politique spécifique de développement et d’implantation conduite par ailleurs dans l’entreprise et les PME. Ajoutons que le développement de services demande non seulement des investissements financiers, mais aussi et surtout des militants en nombre, capables de faire passer les adhérents de la « consommation » à la participation consciente. On ne voit pas vraiment pas comment cela pourrait se faire dans le seul cadre d’un développement de services tous azimuts, surtout si en plus il est mutualisé entre les organisations existantes qui ont déjà bien du mal à définir des positions communes. Par contre, l’idée de l’articulation systématique entre un accompagnement syndical et l’usage des services rendus par les organismes paritaires mériterait d’être creusée, dans le cadre par exemple de conventions expérimentales.  Notre conviction est en effet que, tant qu’il n’y aura pas des mécanismes qui lient acquis collectifs de l’action syndicale, bénéfice individuel et adhésion syndicale, il est peu probable de voir se développer une syndicalisation de masse en France.

Un dernier mot : on peut s’étonner que le CAS se saisisse d’un pareil sujet, sans un travail élaboré conduit avec les Confédérations syndicales, voire avec les organisations patronales, qui ont probablement des idées et des réflexions sur le sujet.

 
notes