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Au départ, c’est l’euphorie, dix ans de croissance à tout va, les investissements des multinationales, on arrive de toute l’Europe pour trouver un emploi en or. Et tout s’emballe, les banques prêtent à tout va, l’immobilier flambe, les loyers explosent. L’euphorie. Jusqu’à ce que la récession liée à la crise financière née aux Etats-Unis, montre que tout cela reposait sur une montagne de dettes privées, à commencer par les banques. La chute de l’activité, comme la marée qui en se retirant, met en évidence l’emballement irraisonnable, mais irrésistible de la bulle. Il reste les dettes que personne ne peut payer. Et sauf à imaginer une faillite bancaire généralisée dont les effets se propageraient à toute l’Europe (et là on comprendrait alors ce que c’est qu’une crise …), il ne reste plus à l’Etat qu’à sauver les banques (en leur fournissant les fonds nécessaires pour faire face à leurs engagements) mais au prix de son propre déficit, en s’endettant à son tour sur les marchés financiers dans des proportions insoutenables. L’Etat irlandais se trouve forcé de s’endetter pour payer les dettes de ses banques privées !
On passe alors de l’euphorie à la panique. Les investisseurs, fonds de pension, compagnies d’assurances, fonds souverains étrangers et autres (mais on est bien content qu’ils soient là pour souscrire les bons du Trésor), ne pensent plus qu’à une chose : revendre au plus vite la dette irlandaise qui leur paraît douteuse ; et en s’en débarrassant, ils font chuter les cours et monter les taux d’intérêt. Le phénomène se généralise aux autres pays dont la dette ne parait guère meilleure, quelles qu’en soient les raisons. Pour ne pas arranger les choses, l’Union, la BCE et les autres européens finissent par voler au secours hier de la Grèce, aujourd’hui de l’Irlande, ce qu’il fallait faire, mais en même temps ils exigent des réductions drastiques des déficits qui ne peuvent que freiner la reprise (dans le meilleur des cas). Et tout le monde de se dire que les plans sont intenables et qu’un Etat va finir par demander une restructuration de sa dette. Vite, il faut vendre. Et les cours continuent de descendre.
Comment tout ça va finir ? il n’y a que les imbéciles pour souhaiter un scénario catastrophe (fin de l’euro, faillites bancaires, défaut d’un Etat, etc.), ça voudrait dire de telles conséquences (l’effondrement de l’activité, un chômage à 25, voire 30%, des pensions qui ne sont plus versées, des impayés, des faillites, des salaires pas payés, etc.), on saurait alors ce que c’est que la vraie crise.
Dans l’immédiat calmer le jeu, non pas par des propos lénifiants qui ne rassurent personne, mais en montrant la détermination des Etats de l’Union à intervenir de façon à que ceux qui spéculent à la baisse y laissent des plumes.
Ce que cette crise montre, ce n’est pas la nocivité de l’euro, sans lui, ça aurait été pire. Mais la nécessité d’aller plus loin dans la gouvernance de l’Union et dans la réforme des marchés financiers européens pour que cela ne se reproduise plus.
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