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« L’intérêt pour les conditions de travail a diminué face à l’apparition d’un niveau de chômage relativement élevé. L’attention s’est déplacée sur l’emploi »
Qu’est-ce qui explique ce désintérêt pour les conditions de travail ?
A partir du milieu des années 1970, cet intérêt a diminué face à l’apparition d’un niveau de chômage relativement élevé. L’attention s’est déplacée sur l’emploi. Le discours consistant à dire « à partir du moment où on a un travail, c’est déjà bien » s’est banalisé. Cela s’explique également par l’évolution des rapports de force internes au mouvement syndical et à la gauche. C’est-à-dire que le thème des conditions de travail était principalement porté par la CFDT et la deuxième gauche. Pour la CFDT, c’était un moyen de se situer par rapport à la CGT, tandis que cela permettait au PSU et à une fraction du PS de se différencier par rapport au PC.
Les conditions de travail étaient perçues comme un thème porteur d’émancipation sociale. Il ne se réduisait pas à de simples problèmes de mal de dos, mais concernait la dignité de l’homme au travail, la liberté… Là encore, c’était une manière de se distinguer du projet plus classique du PC, centré sur l’appropriation des moyens de production. Mais quand le projet communiste s’est érodé, la stimulation de la concurrence a disparu avec lui. Contenir une montée trop importante du chômage est devenu la priorité, et la lutte s’est focalisée sur les fermetures d’entreprises, contre les licenciements, etc.
C’est un peu comme s’il y avait un jeu de balancier entre la problématique du travail et celle de l’emploi, l’une chassant l’autre quand elle arrive sur le devant de la scène. Mais ce qui semble particulier dans la période actuelle, c’est que malgré la forte hausse du chômage, le débat sur les conditions de travail est toujours aussi présent…
C’est peut-être lié à une sorte de défaitisme vis-à-vis de l’emploi : l’espoir de faire diminuer le chômage ayant baissé, on reste préoccupé par les conditions de travail. D’autant que l’on peut avoir l’impression d’avoir plus de prise sur cette problématique que sur celle de l’emploi.
Par ailleurs, de plus en plus de gens se rendent compte que, scientifiquement, l’opposition entre préoccupation pour l’emploi et préoccupation pour les conditions de travail n’a aucun sens. Au minimum, améliorer les conditions de travail ne va pas créer de chômage. Et l’on peut sérieusement se demander, à l’inverse, si la mauvaise qualité des conditions de travail n’est pas un élément de détérioration de la performance économique et de l’emploi. Usés, les gens deviennent moins employables, tandis que les postes de travail particulièrement pénibles ne trouvent pas preneur.
Ceci dit, si on est confronté à une récession profonde qui dure, il se peut que l’intérêt pour les risques psychosociaux que l’on observe actuellement faiblisse. J’espère qu’il n’en sera rien, car ce serait dommageable pour les travailleurs et aussi pour les entreprises, et même pour l’emploi.
Propos recueillis par Laurent Jeanneau
Notes de travail de http://www.idies.org/
Institut pour le développement de l’information économique et sociale
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