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Révolution chez les pilotes d’Air France

mercredi 26 juillet 2017

Mais que se passe-t-il donc à Air France, en particulier chez les pilotes ? Coup sur coup, la création d’une section syndicale membre d’une confédération générale puis un référendum initié par le syndicat ultra majoritaire mais dont le résultat est le contraire de ce qu’il souhaitait. Les relations sociales bougent à Air France, avec un impact considérable pour l’avenir du groupe et de ses relations sociales.

Les faits

Le paysage syndical d’Air France se compose traditionnellement de 3 syndicats des seuls pilotes, dont 2 représentatifs, le SNPL y étant très majoritaire (65 % en 2015), 5 syndicats représentatifs des personnels navigants de cabine (PNC), et 6 syndicats représentatifs pour les personnels au sol.

C’est aussi une compagnie où les relations sociales sont depuis longtemps difficiles, avec périodiquement de longues grèves, des pilotes en particulier, un peu moins souvent des autres personnels. Or, le monde aérien a beaucoup changé dans le monde et en Europe, avec la place prise par les low cost. La compagnie a connu 7 ans de pertes (2007-2014) et veut faire évoluer son offre. Mais les blocages des relations sociales entre direction et pilotes ont entraîné de l’immobilisme et des retards.

Le dernier projet de la direction, négocié en priorité avec les pilotes, était la création d’une filiale de niveau intermédiaire entre une low cost et Air France actuel : le projet Boost. Les discussions ont duré longtemps, un premier référendum a apporté l’accord des pilotes en début 2017, mais le SNPL a voulu obtenir plus de la direction. Nouvelles séances, et nouveau référendum. C’est celui qui vient de se dérouler (82 % de votants) et a confirmé à plus de 78 % l’accord des pilotes, à l’opposé de la position du SNPL.

En fait, à l’intérieur du SNPL Air France, cette dernière négociation a développé un conflit interne et des démissions de responsables du bureau du syndicat SNPL (toutes compagnies) qui n’approuvait pas la position du SNPL Air France. Cela a mis en évidence le fossé entre les positions corporatistes des tenants du syndicat chez Air France et un groupe de pilotes en recherche de positions permettant de répondre aux défis de la compagnie, tout en développant le dialogue social et l’écoute des salariés. C’est ce groupe de pilotes qui a décidé de devenir une section CFDT des pilotes d’Air France dans un syndicat des pilotes de ligne déjà présent chez les pilotes d’autres compagnies existant sur le sol français.

Cette actualité attire notre attention sur plusieurs points

- Lancer un référendum n’est pas anodin pour un syndicat. À Air France il a eu le mérite de permettre de sortir du blocage. Mais il a montré aussi que le syndicat majoritaire qui l’avait lancé n’était pas suivi : un gros désaveu ! Même si le syndicat a fait contre mauvaise fortune…

- Air France a longtemps été marqué par le corporatisme de certains de ses personnels et de leurs organisations. Cet exemple en montre les insuffisances et les limites, la principale étant la non prise en compte des enjeux généraux pour l’entreprise, son avenir et celui de l’emploi …au profit des avantages catégoriels de certains.

- C’est un cas qui montre bien jusqu’où peut aller la responsabilité d’un syndicalisme quant à l’avenir d’une entreprise et de l’emploi. Les syndicats des PNC d’Air France, eux, avaient déjà signé un accord acceptant la création de Boost, qui leur demande plus d’efforts, avant le déroulement du référendum des pilotes.

- Et c’est le choix du mode de relations sociales qui est très présent derrière cette actualité : décisions unilatérales, cogestion conflictuelle avec le plus fort, ou co-construction des réformes avec l’expression des salariés et de leurs organisations pour trouver des compromis positifs.

Un tournant dans les relations sociales et les choix de politique syndicale dans l’entreprise.


Sources