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Comment vit-on son homosexualité dans le monde professionnel ?

samedi 10 juin 2017

Un jeune LGBT sur trois craint de révéler sa sexualité au travail, c’est ce que révèle l’enquête auprès des étudiants et jeunes professionnels LGBT européens mené par le Boston Consulting Group (BCG). Le BCG est un cabinet international de conseil en management et le leader mondial du conseil en stratégie d’entreprise. Malgré tout « Sortir du placard » est perçu de moins en moins comme un risque. C’est l’une des évolutions majeures par rapport à la dernière étude : en 2017 en France, affirmer son homosexualité semble moins risqué qu’en 2016. Mais malgré cette amélioration, la France reste devancée par l’Allemagne et le Royaume-Uni en la matière.

Une troisième enquête dans cinq pays européens

Pour la troisième année consécutive, le réseau LGBT de BCG a conduit une enquête sur les attentes et les perceptions des LGBT vis à vis du monde professionnel dans cinq pays européens. Il s’agit de la France, du Royaume-Uni, de l’Irlande, de l’Allemagne et de l’Autriche.
1 636 personnes ont été interrogées entre mars et avril 2017. Elles sont étudiantes ou jeunes diplômées. Les répondants avaient à leur disposition un questionnaire auto-administré et disponible sur Internet. Son envoi a été exécuté avec le soutien de responsables des associations d’étudiants LGBT des principales écoles et universités, de la presse LGBT (par ex. : Têtu en France) et des réseaux sociaux du BCG (Facebook, LinkedIn, Twitter)

Les principaux résultats

  • Un LGBT sur cinq n’a pas fait son coming out au travail Tandis que 5 % des LGBT demeurent « dans le placard » vis-à-vis de leurs amis, ce qui montre une certaine forme d’acceptation du réseau amical, la situation est tout autre dans le monde professionnel. 1 LGBT sur 5 n’a pas fait son coming out au travail (la même proportion que vis-à-vis de leur famille) et cette proportion reste stable dans tous les pays de l’enquête. Il y a malgré tout des évolutions positives. Ainsi il y a deux ans 50 % des LGBT français pensaient que faire son coming out au travail pouvait être un désavantage contre 30 % aujourd’hui.
  • 50 % des répondants en France ne seraient pas à l’aise à une question de leur manager sur leur relation De manière générale, les répondants pensent que vivre pleinement leur homosexualité au travail peut être problématique. Seuls 50 % des répondants en France et en Allemagne répondraient tranquillement à une question de leur manager sur leur relation (jusqu’à 63 % au Royaume-Uni).
  • Accepter ou pas une mission à l’étranger est problématique Même si la situation s’améliore, plus d’un quart des répondants français seraient mal à l’aise de refuser une mission dans un pays où l’homosexualité est criminalisée car cela supposerait d’évoquer son orientation.
  • Les entreprises françaises à la traine Seuls 25 % des répondants français pensent que les entreprises de notre pays sont à l’aise sur les sujets LGBT, contre 40 % en Allemagne et 70 % au Royaume-Uni.
  • Des appréciations diversifiées suivant les secteurs Les répondants vivent leur homosexualité différemment selon le secteur d’activité. La finance est le secteur le moins gay friendly tous pays confondus, suivi de près par l’industrie. C’est l’inverse pour le secteur public, les médias, le luxe et la grande consommation. Les répondants gays et lesbiennes choisissent leur entreprise davantage selon sa culture de respect des LGBT que selon son prestige (existence d’une charte LGBT, engagements RSE sur la non-discrimination, mentoring auprès des autres salariés...).


On constate une évolution timide dans les entreprises françaises mais encore un retard significatif par rapport à nos voisins européens. Et comme l’indique Annie Kahn dans un éditorial du Monde du 13 mai 2017, « Les entreprises qui ne comprennent pas cette situation s’exposent à de gros risques. Celui de voir leur réputation mise à mal sur les réseaux sociaux, celui de perdre des marchés dans le cas d’appels d’offres où les agences de notation sociales ont leur mot à dire… ».


Sources

  • Le Monde 13 mai 2017, Annie KAHN