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Le classement PISA en Espagne : des résultats du système éducatif différents selon les communautés

mercredi 18 janvier 2017

Les résultats du rapport Pisa, le grand examen international des systèmes éducatifs, montre une légère amélioration de l’Espagne qui s’est rapprochée des pays avancés. Le pays est en dessous du classement moyen de l’OCDE sauf pour la compréhension de la lecture. Mais cette avancée va de pair avec une fracture territoriale intérieure très forte. Dimension territoriale et nationale de l’éducation : comment agir et quels enseignements pour le système français ?

Un pays quasi fédéral

L’intérêt de l’enquête pour les Français repose sur l’éclairage apporté par les résultats des différentes communautés. En effet, l’éducation en Espagne, pays quasi fédéral, est une compétence régionale et les résultats sont disponibles pour chacun des territoires du royaume. À travers eux se confirme une fracture territoriale visible dans d’autres domaines (l’emploi, la croissance…). Ces résultats permettent aussi une évaluation des différentes lois et politiques mises en œuvre qui, recoupées avec les enseignements internationaux, dessinent des axes d’intervention.

Une fracture territoriale entre le nord et le sud

37 000 élèves de 980 centres espagnols ont participé à l’enquête et pour la première fois toutes les communautés autonomes. La fracture apparait entre le nord et le sud et entre les régions riches et pauvres. Voici par exemple les différences dans les résultats en sciences, les élèves de Castille et Léon obtiennent 519 points et 473 pour ceux d’Andalousie. Au total, 12 communautés se situent au-dessus de la moyenne nationale et 5 en dessous. Il s’agit de l’Estrémadure, de l’Andalousie, de Castilla la Manche, de Murcie et des Canaries. En mathématiques, la séparation entre les extrêmes est de 66 points. Pour l’OCDE 30 points équivalent à la valeur d’une année de classe. Ainsi, les enfants navarrais dépassent les enfants canariens d’une année et demie en mathématiques. Castille et Léon est à égalité de résultats avec la Finlande, un des champions européens du classement. Globalement les experts estiment qu’entre les meilleures communautés en termes de résultats et les moins bonnes, il y a quasiment 2 classes d’écart.

Les explications des mauvais résultats

La fracture a une composante géographique et sociale forte que l’on retrouve dans bien des domaines, près de 40 ans après la transition démocratique et l’entrée de l’Espagne dans l’UE. Le revenu de ces régions est en dessous de 75 % des revenus moyens des citoyens européens. Certains évoquent les problèmes d’alphabétisation des générations antérieures et la question des redoublements très nombreux en Espagne. D’autres signalent que les 3 grandes lois qui concernent l’éducation en Espagne depuis la mise en place de l’enquête n’ont pas eu de résultats probants en la matière et qu’il y a donc un défaut de prise en charge de cette inégalité au niveau de la politique nationale. Enfin il convient de mentionner la sévère crise économique qu’a connue l’Espagne et qui a entrainé des baisses importantes au niveau des budgets nationaux et régionaux.

Les explications des bons résultats

Les experts préviennent qu’il est difficile d’établir les raisons concrètes de l’amélioration d’un système mais ils s’accordent sur certains points. Le niveau d’éducation des parents et les pratiques de révision sont mis en avant. Mais au-delà de ces explications sociologiques les résultats des meilleures régions espagnoles s’expliquent par des mesures transversales et de large portée concernant les élèves et les enseignants. Ce qui explique le très bon résultat de Castille et Léon, c’est par exemple l’homogénéité des élèves. Il y a peu d’élèves en grande difficulté et en dessous des niveaux requis pour l’acquisition des compétences de base. Les résultats des filles et des garçons sont semblables et il n’y a pas de différence pour les enfants d’immigrés. De même, aucune différence entre les établissements publics et les établissements privés. Il s’agit d’un système homogène.

Autre enseignement intéressant, les communautés à enseignement bilingue comme la Catalogne et le Pays Basque sont au-dessus de la moyenne espagnole. Autre point que l’on retrouve dans d’autres pays, la qualité de la formation des maîtres est différente entre les communautés et influe fortement sur les résultats.

Un petit paradoxe

L’analyse de l’enquête révèle que la qualité des élèves n’est pas totalement corrélée avec l’argent et les budgets dédiés aux systèmes scolaires. Ainsi Castille et Léon obtient de meilleurs résultats que le Pays Basque avec un budget moindre. Il s’agit davantage de la manière d’investir cet argent et d’organiser le système. L’exemple portugais est dans toutes les têtes en Espagne car le pays voisin avec un PIB et un budget inférieur à celui de l’Espagne a progressé de 30 points, l’équivalent d’une classe, en 6 évaluations.

Un axe futur d’évolution

S’inspirant de l’exemple portugais, de nombreux responsables régionaux et le ministre de l’éducation Inigo Mendez de Vigo plaident pour des évaluations, y compris des élèves, extérieures au système. Le ministre souhaite que ce point fasse l’objet d’un accord.


Sources :

  • journal El Pais du 7 décembre 2016