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Les stéréotypes de sexe légitiment les inégalités professionnelles entre femmes et hommes

mercredi 17 juin 2015

Nous connaissons tous les chiffres chocs qui marquent l’inégalité professionnelle entre hommes et femmes : rémunération et retraite inférieures, recours fréquent au temps partiel, place dans les postes de responsabilité et les conseils d’administratif*.

Mais, derrière les chiffres, il est utile de s’intéresser aux processus jouant en défaveur des femmes et reposant en grande partie sur les stéréotypes de sexe, qui parfois interviennent bien en amont de la vie professionnelle.

La question des représentations est au cœur de l’égalité professionnelle

Nous avons tous une façon qui est propre de nous représenter ce qu’est ou doit être un homme ou une femme. Tout cela est normal. Mais, apprendre à décrypter parmi nos représentations celles qui s’ancrent dans des stéréotypes, est essentiel. Car les stéréotypes peuvent conduire aux préjugés et les préjugés à la discrimination.

Les stéréotypes restent vivaces dans le monde professionnel

Grandes écoles au Féminin a réalisé un sondage sur ce sujet auprès de 4 035 répondants.

Voici, en pourcentage, les stéréotypes concernant les femmes les plus courants en entreprise :

  • 54% des répondants estiment que les femmes privilégient leur vie familiale, 50% qu’elles ne sont pas disponibles, 34% qu’elles manquent de confiance en elles et 30% qu’elles montrent leurs émotions.

Quant aux hommes, voici les stéréotypes les plus fréquents qui leur sont attribués :

  • 51% pensent que les hommes sont disponibles, 42% qu’ils veulent privilégier leur carrière professionnelle, 39% qu’ils sont attirés par le pouvoir et 28% qu’ils sont sûrs d’eux.

Ce sondage est corroboré par les résultats du Baromètre d’opinion de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, qui dépend du ministère du Travail) et de l’enquête de conjoncture auprès des ménages de l’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques, dépendant du ministère de l’Economie), réalisés à la fin 2014. Petite satisfaction, l’enquête révèle que si les stéréotypes sur la place respective des femmes et des hommes restent tenaces en France, ils sont non majoritaires.

Du stéréotype à la discrimination : question de définition

Un stéréotype est une croyance qu’on se fait d’un groupe social, une simplification des traits de caractère réels ou supposés de ce groupe. Les espagnols sont bruns et exubérants, les blondes sont idiotes, les Belges sont lourds et les Anglais sont snobs, les femmes privilégient leur vie familiale et les hommes leurs carrières… Le stéréotype a un caractère réducteur et, disons-le, souvent péjoratif.

Un stéréotype de sexe caractérise la représentation que nous avons des hommes et des femmes. Ils influencent nos perceptions, nos jugements, nos attentes et nos comportements. Certains sont autant réducteurs pour les femmes comme pour les hommes mais jouent en défaveur des femmes dans le monde professionnel.

Un préjugé se fonde toujours sur un stéréotype. Un stéréotype consiste à reconnaître une caractéristique commune à un groupe. Un préjugé consiste à reconnaître par avance, à tous les membres d’un groupe, un stéréotype attaché à un groupe. Une discrimination naît de l’action consécutive à un préjugé.

Par exemple : « Les femmes privilégient leur vie de famille à leur vie professionnelle » est un stéréotype. « En tant que femme, cette femme avec qui je dialogue privilégiera certainement sa vie de famille à sa vie professionnelle » est un préjugé. « En conséquence, parce qu’elle est une femme, je ne la nommerai pas à ce poste qui demande une certaine disponibilité » est une discrimination.

Les connaitre et les combattre

Pour Virginie Bonnot, sociologue à l’Université Paris Descartes, certains stéréotypes ont des conséquences dramatiques pour les membres des groupes qui en sont victimes. Ils ont un pouvoir particulièrement important, car ils nous sont transmis depuis le plus jeune âge par l’école, les parents, puis les médias et les organisations que l’on fréquente plus tard. On intègre les normes, les valeurs de ces milieux. Les stéréotypes peuvent en faire partie. À l’inverse, si le milieu dans lequel on évolue les rejette, cela va atténuer les idées reçues, que nous en soyons les auteurs ou les victimes.

L’action institutionnelle

Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) a remis un rapport sur les stéréotypes : « Contre les stéréotypes de sexe, conditionner les financements publics » à Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes et à Pascale Boistard, secrétaire d’Etat aux Droits des femmes le 20 octobre 2014.

Ce rapport montre que les représentations stéréotypées des femmes et des hommes subsistent dans les médias, les manuels scolaires et la communication institutionnelle. Ces stéréotypes se manifestent par un fort déséquilibre quantitatif entre le nombre de femmes et d’hommes représentés mais aussi par un enfermement des femmes dans certains rôles et situations dévalorisants.

Pour le Haut conseil, les stéréotypes de sexe sont un obstacle à l’égalité réelle : ils légitiment les discriminations et les inégalités. Pour lutter contre eux, le HCEfh recommande de concentrer l’action sur les financements publics : l’argent public ne doit pas servir à conserver ou renforcer les stéréotypes de sexe. Il constitue un levier pour agir contre ces derniers. Il formule 34 recommandations dans une démarche progressive en 2 étapes :

  • Rendre visible les stéréotypes de sexe, grâce à des outils tels qu’une grille d’indicateurs à destination des acteurs et actrices des médias, de la communication institutionnelle et des manuels scolaires.
  • Généraliser le mécanisme d’éga-conditionnalité des financements publics. Le versement de financements publics sera ainsi subordonné au respect de l’égalité femmes-hommes et à la lutte contre les stéréotypes de sexe.

Sources

  • Observatoire des inégalités
  • 6 février 2015 - Entretien avec Virginie Bonnot, enseignante-chercheuse en psychologie sociale à l’Institut de Psychologie de l’Université Paris Descartes.

Pour consulter le rapport complet relatif à la lutte contre les stéréotypes :

Pour les chiffres clés :

Note
cf le document « Chiffres clés de l’égalité entre les hommes et les femmes » qui en présente une situation actualisée.