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Premières évaluations de la « garantie jeunes »

samedi 15 décembre 2018

La Garantie jeunes, qui vise à permettre l’insertion professionnelle et l’accès à l’autonomie des jeunes ni en emploi, ni en formation et en situation de grande précarité sociale, a été généralisée en janvier 2017 après une phase d’expérimentation ouverte fin 2013, suite à l’incitation du Conseil de l’Union européenne. À bien des égards, le dispositif, sa mise en œuvre et son évaluation peuvent être qualifiés d’innovants : la combinaison d’une garantie de ressources (proche du RSA) et d’un accompagnement fondé sur la multiplication des expériences en entreprise est relativement nouvelle pour le public des jeunes, même si des dispositifs précurseurs avaient déjà été expérimentés. (CTP–contrat de transition professionnelle, Trace–trajet d’accès à l’emploi...)

Le Conseil de l’Union européenne, en 2013, incite les États membres à « veiller à ce que tous les jeunes de moins de 25 ans se voient proposer une offre de qualité (un emploi de qualité, une formation continue, un apprentissage ou un stage) dans les 4 mois suivant la perte de leur emploi ou leur sortie de l’enseignement formel ». En France, 80 organisations (associations, syndicats, mouvement de jeunesse) soutiennent le dispositif.

L’évaluation de la « garantie jeunes » repose sur un comité ; il s’est donné pour objectifs de répondre à 3 questions quantitatives et qualitatives :

  • Dans quelle mesure la garantie jeunes a-t-elle atteint le public visé ?
  • Comment la « garantie jeunes » a-t-elle été mise en œuvre et quels effets a-t-elle eu sur le fonctionnement des missions locales ?
  • Quels ont été les effets de la « garantie jeunes » sur les bénéficiaires ?

La garantie jeunes propose une approche repensée du modèle d’intermédiation des missions locales. Elle s’inscrit dans un projet plus global de transformation des pratiques d’accompagnement et de pilotage des dispositifs confiés aux missions locales. La relation aux jeunes a été fortement transformée sous l’effet du dispositif, leur suivi collectif permettant de mieux les connaître.

C’est autour de l’accompagnement délivré aux jeunes que s’est construit un consensus sur le caractère particulièrement innovant de la garantie jeunes, plus précisément dans sa dimension collective, qui change assez profondément la relation au jeune bénéficiaire. Les missions locales ont mis en avant l’intensité de l’accompagnement, notamment au cours des premiers mois comme en atteste la progression du taux d’emploi (la part des jeunes qui déclarent avoir travaillé tout le mois triple entre les deux mois après l’entrée en garantie jeunes et la sortie du dispositif à 12 mois).

En revanche, la « médiation active », c’est-à-dire la priorité aux mises en situation professionnelle, autre innovation du dispositif, s’est révélée beaucoup plus difficile à opérationnaliser. La relation aux entreprises n’a pas été modifiée en profondeur, malgré le principe mis en avant d’une médiation active entre missions locales et employeurs.

La mobilisation des partenaires locaux a été à toutes les étapes (du repérage des jeunes éligibles à leur accompagnement pendant et après la sortie du dispositif), un enjeu important de l’évaluation.

La « garantie jeunes » a bien atteint sa cible auprès des « neets vulnérables », (jeunes sans expérience, sans travail, sans diplôme). En effet les jeunes bénéficiaires relèvent bien de situation de grande vulnérabilité financière et sociale. Cependant beaucoup de ces jeunes relèvent de parcours « hyper-institutionnalisés », ils sont très nombreux à avoir eu des expériences de travail et certains sont diplômés. Les conseillers ont mobilisé leurs expériences professionnelles antérieures pour les accompagner dans et vers l’emploi.

Comme toutes les évaluations effectuées sur des dispositifs précurseurs ou expérimentaux, les résultats ne valent que pour ce moment expérimental. De plus, le dispositif a été modifié fin 2016 suite à la remise du rapport intermédiaire du Comité scientifique de l’évaluation.

Le dispositif français s’inscrit dans une perspective européenne. Un soutien financier européen (via l’Initiative européenne pour la jeunesse, dotée initialement de 6,4 milliards d’euros) a été mis en place pour les régions où le taux de chômage avait dépassé 25 % en 2012. Les dispositifs mis en œuvre dans les pays peuvent varier, mais le principe commun est de mettre en avant la notion de garantie et donc de droits pour les jeunes, tout en offrant une gamme de mesures actives de politique de l’emploi.

Les évaluations existantes soulignent l’importance de six critères pour la réussite des programmes de la garantie jeunes :

  • la clarté des critères d’éligibilité ;
  • l’intervention précoce, dès les premiers mois de chômage ou d’entrée sur le marché du travail ;
  • la combinaison d’un ensemble d’interventions plutôt que des prestations isolées ;
  • la création d’un cadre institutionnel approprié au sein des services publics de l’emploi ;
  • la garantie de ressources suffisantes pour les jeunes ;
  • le suivi afin de vérifier le respect des obligations par les jeunes.

Suite à l’évaluation de ces 6 critères, le système français est en position favorable, que ce soit en termes de niveau de dépenses, de couverture des populations ciblées ou encore, d’un point de vue qualificatif, de mise en œuvre d’un suivi spécifique pour ces bénéficiaires.


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