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Salaires : une nouvelle étude confirme la discrimination à l’encontre des femmes

samedi 5 mars 2016

Depuis de nombreuses années, il ne fait plus de doutes que les salaires des femmes sont inférieurs à ceux des hommes pour des postes équivalents. À l’occasion de la journée du 8 mars 2016, il nous a semblé intéressant de mettre en avant une étude récente de la DARES. Elle interroge en effet sur les caractéristiques des écarts salariaux hommes femmes et donc sur la place faite aux femmes dans le monde du travail.

L’étude de la DARES publiée en décembre 2015 nous rappelle que l’écart salarial hommes femmes observé est exactement de 19,6% pour des emplois équivalent temps plein, en 2010. Mais l’étude complète cette approche par de nouvelles mesures plus détaillées de cet écart, notamment par profession et par zones géographiques.

Tout d’abord, les écarts sont plus élevées pour les femmes cadres (-21,9%) que pour les autres catégories socio-professionnelles (-8,4% pour les employées, -16,8% pour les ouvrières). Ensuite, il est plus élevé pour les femmes de plus de 50 ans (-27,3%) que pour les femmes de 30 à 50 ans (-18,5%) ou les moins de 30 ans (-8,3%), révélant la présence d’un plafond de verre : si l’écart s’accroît avec l’âge, c’est notamment du fait que les carrières des femmes ne leur permettent pas d’accéder à des postes identiques à ceux des hommes, notamment en matière d’encadrement. De plus, les femmes cadres sont les plus touchées par les écarts de salaire.

L’étude porte aussi sur une vision géographique des écarts. On note globalement que les écarts hommes femmes sont plus marqués à l’Est qu’à l’Ouest de la France, et qu’ils sont surtout marqués dans les aires urbaines. La moitié des salariés sont concentrés dans les zones où l’écart est le plus élevé. On y retrouve les grandes zones comme Paris et la première couronne, les aires urbaines de Lyon, Marseille, Lille, Toulouse, Nantes et Rennes. Ces zones urbaines concentrent les emplois de cadres, dans les grandes entreprises de services. Les salaires y sont globalement plus élevés que dans le reste du pays, du coup, les écarts hommes femmes y sont aussi plus marqués.

Les villes de taille moyenne sont moins touchées par ces écarts car la population y est davantage ouvrière ou employée, catégories où les écarts hommes femmes sont les plus faibles dans notre pays. De la même manière, les zones peu denses sont caractérisées par des écarts moins élevés, de même que les zones marquées par de nombreux CDD (zones touristiques du Sud Est et de la Corse, notamment).

Pour aller plus loin, il faut neutraliser les différences d’emplois entre hommes et femmes. Par exemple, 31% des femmes en emploi travaillent à temps partiel en 2013 et près de 10% sont en situation de sous-emploi, contre respectivement 7% et 4% des hommes. En corrigeant des différences de type de travail, les écarts de salaires se réduisent d’environ 50% notamment dans les grandes zones urbaines, mais il est moins réduit dans les zones à forte prédominance de CDD et de contrats atypiques comme les DOM ou les zones touristiques. Selon les zones d’emploi, ce différentiel de salaire à caractéristiques d’emploi données varie de 1,5% à 15,6% en faveur des hommes. Il reste un écart de salaire « inexpliqué » mais qui révèle une discrimination de l’ordre de 12 %. Cet écart ne varie pas depuis une dizaine d’années.

Les écarts sont donc encore importants dans notre pays, mais répartis inégalement sur le territoire et entre professions. Comme souvent, ce sont les femmes en CDD et en emploi atypique qui sont davantage touchées par un taux de salaire plus bas que celui des hommes (hors influence du temps de travail par exemple). Mais il est frappant de constater que les femmes cadres sont aussi touchées par cette inégalité si l’on intègre l’effet temps de travail. Cette conclusion est corroborée par une enquête auprès des femmes dans le monde du travail réalisée pour le compte du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle. Elle révèle par exemple que « 80% des femmes salariées considèrent que, dans le monde du travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou des décisions sexistes ».

Malgré la loi sur l’égalité salariale de 2006, il reste encore du chemin à parcourir… car jusqu’à présent la mobilisation des partenaires sociaux a été inexistante ou insuffisante dans nombre d’entreprises. C’est là que se situe l’enjeu pour l’avenir.


Références