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La Cryptomonnaie, c’est quoi ?

mercredi 24 janvier 2018

La monnaie, c’est compliqué. "Lorsqu’un économiste affirme qu’il a enfin compris ce que c’est, c’est probablement parce qu’il n’a pas assez réfléchi", a observé un jour Herman Daly, lui-même économiste venu à la monnaie par le biais de l’écologie. Les historiens et anthropologues nous enseignent que la monnaie est beaucoup plus ancienne et universelle que le capitalisme, ou même le marché. La fonction de la politique monétaire est d’agir sur les conditions de financement de l’économie qui devraient permettre son développement, la création d’emplois ou leur maintien et éviter dans la mesure du possible des mesures d’austérité. Nous ne traiterons pas ici de la création de monnaies locales complémentaires (MLC), fruit d’initiatives citoyennes, de plus en plus nombreuses, visant à revivifier des territoires et innovant par la « base » le domaine monétaire, placé au cœur d’un projet social.

La monnaie aujourd’hui doit être redéfinie et répondre aux défis de notre époque ; conserver ou retrouver la prospérité conduit à une transformation de la société dans laquelle de multiples initiatives s’appuient sur une réappropriation de la monnaie, rendue au service des territoires et de la transition écologique dans un cadre plus démocratique. Les dérives du système monétaire et financier sont criantes et la monnaie engendre aujourd’hui trop de finance. La régulation publique peine à limiter le poids de la finance.

La cryptomonnaie, notamment son fleuron, le bitcoin, suscite ces derniers temps un grand intérêt aussi bien de la part des connaisseurs que d’un public curieux de découvrir le fondement des monnaies « virtuelles ». S’en suivent maints commentaires ou prises de position souvent contradictoires et amplement médiatisés, à commencer par une déclaration remarquée, fin septembre, de la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, déclarant lors d’une conférence à la Banque d’Angleterre « Il n’est pas avisé d’ignorer les monnaies virtuelles » ; elle pense par ailleurs que les cryptomonnaies pourraient par exemple être adoptées dans des pays où la monnaie est instable et les institutions sont faibles, ce qu’elle appelle la « dollarization 2.0 ».

C’est donc au plus haut niveau de la finance mondiale que les cryptomonnaies sont considérées, avec précaution, comme une monnaie complémentaire susceptible de suppléer une monnaie nationale ne remplissant plus une de ses multiples fonctions et les banques centrales sont invitées à prendre en compte leur émergence. Le système monétaire actuel ne peut continuer ainsi et le FMI s’interroge sur l’avènement d’un système nouveau. « Les seuls problèmes importants liés aux cryptomonnaies existantes peuvent être résolus au fil du temps », selon une affirmation de la même Christine Lagarde, déclarant également qu’elles ont autant d’avenir qu’Internet. S’agirait-il d’un nouveau contre-pouvoir face aux difficultés de régulation de la gouvernance publique ?

Comment se crée une monnaie virtuelle comme le bitcoin ? Il s’agit d’une monnaie numérique et un algorithme produit des séries de cryptomonnaie (« block »). S’appuyant sur la Blockchain, « Cloud » de la monnaie, les utilisateurs garantissent les échanges par le temps et la puissance de calcul des ordinateurs. Chaque transaction est vérifiée par un groupe, et non par un utilisateur, et c’est ce cadre de puissant calcul déployé collectivement qui sécurise les cryptomonnaies. Concrètement, un anonyme achète des bitcoins et propose une transaction, en dehors de tout système bancaire, authentifiée par un volontaire utilisateur (appelé « mineur ») ; l’identifiant unique généré par l’algorithme permet d’enregistrer la transaction dans le registre (« blockchain ») qui devient un répertoire public et permanent de toutes les transactions en bitcoins.

En simplifiant, on peut dire que le bitcoin est un système d’échange entre deux parties qui permet de gérer un paiement. La même technologie de « blockchain » permet la gestion de contrats et en assurer le paiement, comme « l’Ethereum ». Cette technologie va révolutionner de nombreux domaines comme les assurances, les cadastres… Dans la chaîne de blocs, une transaction est cryptée et validée à chaque processus de transaction et un nouveau bloc s’ajoute, sécurisé (pas « hackable », piratable) ; le mathématicien Jean-Paul Delahaye résume ce processus en imaginant un très grand cahier, indestructible et impossible à effacer, que tout le monde peut lire librement et gratuitement, ou sur lequel écrire !

Une cryptomonnaie comme le bitcoin, monnaie virtuelle, ne répond pas aux critères classiques d’une monnaie et les États doivent sans délai s’adapter à ces nouvelles technologies. De plus en plus d’entreprises acceptent (et accepteront) les cryptomonnaies comme le bitcoin ; et, à titre d’exemple, citons la firme Kodak qui vient d’annoncer le lancement du KodakCoin, sa propre devise numérique adossée à un plate-forme sécurisée, destinée aux photographes afin de leur donner un contrôle accru sur leurs ventes de travaux ; le cours en bourse de l’entreprise a triplé le 9 janvier, jour de l’annonce de ce lancement.



Quels sont les risques d’une cryptomonnaie ? De nombreux et récents articles ou commentaires mettent en avant l’intense spéculation mondiale sur le bitcoin, notamment au sud-est asiatique. En 2010, le bitcoin a été créé sur un principe de parité simple : 1 bitcoin égale 1 dollar ; aujourd’hui, sa valeur peut atteindre 10.000 € et les fluctuations des cours sont à la fois très rapides mais aussi brutales. Les cryptomonnaies n’existent que sur le net et ne sont soumises à aucune autorité centrale ou État. Aussi, cette situation suscite de l’inquiétude et de l’incompréhension, le bitcoin actuel ne semblant être qu’un outil spéculatif, faisant dire par exemple au « gendarme de la bourse » que cette fièvre spéculative est une « illusion dangereuse » ; beaucoup soupçonnent par ailleurs que le crime organisé (narco-trafiquants…) pollue la finance internationale en misant sur ce « nouvel or numérique » créant une énorme bulle spéculative. De nombreux spécialistes de la monnaie et des finances pronostiquent d’ailleurs la première crise du bitcoin qui ne saurait tarder.

En fait, deux prédictions s’affrontent : celle annonçant l’effondrement du système et la ruine d’épargnants, une autre accordant un brillant avenir aux cryptomonnaies. Nous pouvons approcher ce débat en considérant l’explosion de la bulle internet dans les années 2000 ; en effet, l’avènement des GAFA en fût une des conséquences et ces firmes se sont imposées depuis, au niveau mondial, engendrant un nouvel ordre économique, de type collaboratif, échappant quasiment à tout véritable contrôle politique. En réalité, la rupture technologique à laquelle nous assistons doit être maîtrisée et une régulation, tant au niveau des États européens que des autres États du monde, doit être mise en œuvre afin que soit assuré un nouvel ordre monétaire prenant en compte l’avènement des cryptomonnaies.

Quelles actions des banques centrales et qu’en est-il de la régulation des États ? Les banques centrales dans le monde disposent d’une quantité importante de cryptomonnaies, comme le bitcoin, et sans opérer sur le marché, doivent décider de leurs politiques en matière de devises numériques. Des experts pensent qu’elles feront figurer les bitcoins sur leurs bilans dès 2018. L’idée d’émettre des devises numériques est étudiée par des banques centrales mais, ayant l’obligation d’assurer la stabilité d’une devise dans le cadre de leur mandat, cette forme de devise nouvelle bénéficierait d’une valeur fixe, contrairement au bitcoin.

Comme à ce jour les investisseurs sur les cryptomonnaies, les banques centrales restent en attente de réglementations claires mises en œuvre par les institutions financières, au niveau mondial. Selon une déclaration récente d’un des gouverneurs de la BCE, l’application de la règle de base encadrant toute transaction financière, à savoir que chaque participant divulgue son identité, ferait cesser la spéculation sur le bitcoin. La Chine a interdit en septembre les levées de fonds en cryptomonnaies (ICO), provoquant ainsi une chute de 40 % du cours du bitcoin (80 % de la création mondiale de cette devise !). La Corée du Sud est en train d’élaborer une loi pour encadrer les cryptomonnaies et cette régulation inclut notamment l’interdiction d’ouvrir des comptes anonymes ; la perspective de cette loi a produit une baisse mesurée, d’environ 10 % du cours volatile du bitcoin mais il est à noter que 20 % des échanges mondiaux de cette monnaie ont lieu dans ce pays …alors que le poids de la Corée du Sud n’est que de 2 % dans l’économie mondiale. De même, la Russie est en pleine rédaction d’un projet de loi visant à autoriser les échanges de monnaies numériques dans le pays, qui ne concernera que quelques plateformes d’échange. Quant aux différentes autorités monétaires américaines et décideurs politiques, ils mettent en garde contre les risques de volatilité des cryptomonnaies tout en se déclarant incapables de protéger les investisseurs d’une spéculation incontrôlée.

Il en est de même en Europe où la mise en place d’un cadre réglementaire est d’urgence souhaitée, les ministres français et allemands réfléchissant par ailleurs à une régulation au niveau des pays du G20. Enfin en France, Bruno Le Maire vient d’annoncer la création d’une mission sur les cryptomonnaies, confiée à Jean-Pierre Landau, ancien sous-gouverneur de la Banque de France. Cette mission sera chargée de proposer des orientations sur l’évolution de la réglementation, avec deux objectifs : « mieux en maîtriser le développement et empêcher leur utilisation à des fins d’évasion fiscale, de blanchiment ou de financement d’activités criminelles ou de terrorisme ».

Données des principales cryptomonnaies en fonction de leur valorisation :

Bitcoin - Lancement : 2009
- Capitalisation boursière au 10 avril 2017 : 19,4 milliards de dollars
- Fonctionnement du Bitcoin : transfert d’argent entre personnes sur internet.

Ethereum - Lancement : 2015
- Capitalisation boursière en avril 2017 : 3,9 milliards de dollars
- Fonctionnement : l’Ethereum est le protocole d’échange décentralisé, l’Ether est son unité de compte et moyen de paiement.