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Le manque de logements en France

mercredi 8 avril 2015

Plusieurs événements viennent, il y a peu, rappeler que le problème du logement est criant en France, au moins dans certaines régions et villes. Or, la faiblesse de la construction ces dernières années n’aide pas à résoudre ce problème …en plus de créer un vrai problème d’emploi dans le bâtiment.

La pénurie est grandissante dans les zones tendues, …malgré un budget public de 46 milliards d’euros d’aide au logement et à l’immobilier en 2014. L’effort de la collectivité publique représente 2 % du PIB (État : 1,11 %, Partenaires sociaux : 0,80 % et collectivités 0,08 % en 2014). La moitié va aux allocations logement, une prestation parmi les plus redistributives, faisant baisser de 3 points le taux de pauvreté en France (2 points seulement pour les minima sociaux), …mais aussi favorisant l’inflation des loyers comme le souligne un récent rapport de l’Igas.

Les chiffres du mal logement

Ils ont été publiés il y a peu par le 20ème rapport annuel (2015) de la Fondation Abbé Pierre. Il montre l’ampleur du problème et son impact sur la vie des personnes et des ménages.

3,5 millions de non ou mal logés, dont :

  • 140 000 SDF
  • 38 000 en chambres d’hôtels à l’année
  • 85 000 en camping ou mobil-home à l’année, cabanes…
  • 411 000 en hébergement « contraint » chez des parents ou des tiers
  • 2,1 M privés de confort dont 800 000 en surpeuplement « accentué »
  • 51 000 gens du voyage qui n’ont pas de place dans les aires spécifiques : seulement les 2/3 des aires rendues obligatoires par la loi du 5 juillet 2000 ont été réalisées.

5,1 millions dans une situation fragile par rapport au logement, dont :

  • 3,2 M en surpeuplement « au sens large »
  • 1,250 M locataires en situation d’impayés
  • 730 000 en copropriété en difficulté.

En tout, le problème du logement touche plus de 8 millions de personnes et :

  • 1,8 millions de personnes sont en attente d’un logement social
  • 15 000 à 20 000 personnes vivent dans 429 bidonvilles
  • 420 000 logements sont « indignes »
  • 458 000 personnes ont demandé à bénéficier du droit au logement opposable.

De plus, l’inégalité s’ajoute au manque de logements

Le « taux d’effort » (c’est-à-dire le poids de la dépense logement dans les dépenses des ménages) va de 23,6 % pour le quart le plus modeste des ménages à 11 % pour le quart le plus aisé, en passant par 21,3 % pour le 2ème quart et 18,9 % pour le 3ème [1]. Un effort anti-proportionnel ! C’est dû en grande partie à la concentration croissante du patrimoine, accentuée par le renchérissement de l’immobilier qui a doublé depuis l’an 2000 et par les années de crise.

Le manque de logements sociaux

La loi Gayssot en 2000 a créé l’obligation de 20 % de logements sociaux dans les communes de plus de 3.500 habitants (1.500 en Ile-de-France) comprises dans une agglomération de plus de 50.000 habitants.

15 ans après, un tiers des 1 022 communes auxquelles a été assigné cet objectif n’ont pas rejoint ce niveau, …dont 80 en Île de France, et un groupe de communes vraiment récalcitrantes telles Ormesson-sur-Marne (1,5 %) mais aussi Saint-Maur-des-Fossés (7 %), ou Charbonnières près de Lyon, Canet en Roussillon (9 %), etc.,…et 57,8 % des communes devant atteindre 20 % en Côte d’Azur. 215 communes vont devoir payer des pénalités.

De plus, les règles ont été renforcées par la loi du 18 janvier 2013 qui monte à 25 % de logements sociaux en 2025 pour les communes en tension, rend possible le quintuplement des pénalités. D’autre part, les communes isolées de plus de 15 000 habitants se voient maintenant tenues d’atteindre aussi en 2025 un taux de 20 % de logements sociaux, dès lors qu’elles ne sont pas en décroissance démographique.

Cependant, malgré les résistances de certaines communes, 117 000 logements sociaux ont été construits en 2013 - dont 46 000 dans les communes ayant l’obligation des 20 % - et environ 110 000 en 2014. Un progrès, mais qui est loin de combler le manque existant.

De plus, ces nouveaux logements sociaux sont chers à construire : foncier, normes… Aussi leurs loyers sont-ils plus chers, ce qui exclut de plus en plus de demandeurs et relègue une partie d’entre eux vers le parc ancien, voire vétuste. D’autant que certaines municipalités préfèrent construire des logements intermédiaires, inaccessibles aux plus modestes.

L’adaptation insuffisante des constructions aux besoins réels

Le panorama des familles françaises a beaucoup changé. Le nombre de personnes par ménages a beaucoup baissé : 65 % d’entre eux sont à 1 ou 2 personnes seulement. Aussi, les Français ont des logements plus grands qu’autrefois, avec un nombre de mètres carrés qui est maintenant monté à plus de 35 m2 par personne. Souvent, d’ailleurs, les personnes âgées, après le départ des enfants, restent dans leur logement familial, quand, avec l’élévation des prix des loyers, se reloger leur coûterait plus cher.

19752011
Nombre moyen d’occupants par résidence principale 2,90 2,26
Répartition des résidences principales selon le nombre d’occupants
1 22,1 34,1
2 27,6 32,9
3 19,1 14,5
4 15,3 12,2
5 8,2 4,6
6 ou plus 7,6 1,7
Ensemble 100,0 100,0

Champ : France, population des ménages. Source : Insee

Cependant, l’offre de logements est mal dimensionnée. La construction de petits logements est en nombre insuffisant. Sans être les seuls touchés, cela pose un problème particulièrement important pour les jeunes : d’après l’enquête de l’Observatoire de la jeunesse solidaire de l’association de la fondation étudiante pour la ville, Afev [2], 68 % des jeunes de 18 à 30 ans ont du mal à se loger, 29 % restent hébergés par leurs parents faute de solution, et 10 % se sont retrouvés sans logement ou en situation précaire d’habitat. C’est d’abord dû à leur manque de moyens financiers et au coût du logement, à la précarité professionnelle (pas de location sans des garanties de plus en plus exigeantes demandées par les loueurs) et au manque de petits logements sociaux pour une première location.

Or avoir un logement permet l’autonomie recherchée par les jeunes, et est aussi un élément indispensable à leur insertion professionnelle.

Même si les chiffres de la construction ont été revus pour ces dernières années - par suite d’une révision du mode de calcul - et remontés pour 2014 de 300 000 à 356 000 logements, on est loin de répondre aux besoins. La relance de la construction est plus que nécessaire, de même que la réforme de la politique du logement pour optimiser son efficacité, et renforcer son orientation vers les besoins sociaux.


Pour aller plus loin :


Notes :

[1(*) Insee - La part du logement dans le budget des ménages en 2010 :
http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1395#inter3

[2(**) Enquête de l’Observatoire de la jeunesse solidaire de l’Afev :
http://www.afev.fr/#_ftn1