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Les migrants ne sont pas un coût pour les économies, au contraire !

samedi 25 août 2018

À rebours des discours politiques alarmants, une étude réalisée par trois économistes français vient démentir certaines idées reçues sur le « coût » supposé des flux migratoires en Europe. Au contraire l’afflux de demandeurs d’asile aurait un impact positif sur l’économie, dans toutes ses dimensions.

Une étude européenne

Les trois chercheurs du CNRS, de l’université de Clermont-Auvergne et de Paris-Nanterre se sont appuyés sur les données statistiques de quinze pays de l’Europe de l’Ouest, dont la France. Leur étude a été publiée dans le magazine Sciences advances mercredi 20 juin. Les chercheurs ont distingué les migrants permanents des demandeurs d’asile, en situation légale le temps de l’instruction de leur demande et considérés comme résidents une fois leur demande acceptée.

3 décennies d’augmentation des migrants

La période étudiée s’étend de 1985 à 2015. Durant ce temps l’Europe de l’Ouest a connu une augmentation importante des flux de demandeurs d’asile à la suite des guerres dans les Balkans et, à partir de 2011, en lien avec les Printemps arabes et le conflit syrien. Mais il ne faut pas oublier que les flux de migrants intracommunautaires ont augmenté en Europe après l’élargissement de l’Union européenne vers l’Est en 2004.

Quels sont les impacts distingués ?

L’étude démontre qu’une augmentation du flux de migrants permanents à une date donnée produit des effets positifs jusqu’à quatre ans après.

Ainsi le PIB par habitant augmente de 0,17 % l’année du choc. Le taux de chômage diminue (de 0,12 point de pourcentage en moyenne pour les 15 pays d’Europe de l’Ouest l’année du choc) et les dépenses publiques supplémentaires sont plus que compensées par l’augmentation des recettes fiscales. Dans le cas des demandeurs d’asile, il n’y a pas d’effet négatif. Ils auraient un impact neutre les premières années, et positif lorsqu’ils deviennent des migrants permanents au bout de trois à cinq ans.

Pour Hippolyte d’Albis, directeur de recherche au CNRS et co-auteur de l’étude sur l’impact des demandeurs d’asile sur l’économie :

« il n’y a pas eu d’effets négatifs. Evidemment il y a un coût, ces personnes vont être logées, parfois recevoir une allocation, mais cet argent va être redistribué dans l’économie. Il ne faut pas voir qu’un côté, nous on a vu le côté des impôts et on a vu que ça se compensait. L’entrée sur le marché du travail, donc la contribution à l’économie va prendre du temps et n’est pas efficace ».

Il préconise donc de mieux investir pour que ces personnes puissent rapidement intégrer le marché du travail.

Quelques explications

Ekrame Boubtane une des autres auteures de l’étude indique : « Une des explications que nous pouvons avancer, c’est que les migrants sont en moyenne plus jeunes que les résidents, ils contribuent donc aux financements des dépenses sociales, notamment les retraites ». Elle rajoute qu’un autre facteur serait la migration familiale. « Lorsque les migrants s’installent en famille dans un pays, ils sont susceptibles d’avoir plus de dépenses de consommation que les résidents ».

En outre, les dépenses publiques supplémentaires entraînées par cette augmentation du flux de migrants permanents s’avèrent finalement bénéfiques, d’après Ekrame Boubtane : « Ces dépenses augmentent mais elles sont plus que compensées par l’augmentation des recettes fiscales : l’année du choc, on est sur une amélioration du solde budgétaire de 0,11 point de pourcentage du PIB ».

Dans l’actualité

Dans l’actualité, on relève qu’en pleine saison touristique, les professionnels de l’hôtellerie et de la restauration tirent la sonnette d’alarme sur les 150 000 postes qui seraient à pourvoir dans leur secteur. Leurs représentants du GNI-Synhorcat et de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) « souhaitent que nos professionnels puissent accueillir de nouvelles populations de salariés comme les migrants ». Des discussions seraient en cours avec le gouvernement alors même que la loi pour une « immigration maîtrisée, droit d’asile effectif et intégration réussie » a été votée le 1er août et qu’elle doit passer devant le Conseil constitutionnel. Elle préconise que les demandeurs d’asile puissent travailler six mois après l’enregistrement de leur demande.

En conclusion
Loin des discours alarmistes et des calculs hasardeux de certains politiques, les migrants sont une chance pour l’économie comme vient le démontrer cette étude qui repose sur une réalité mathématique et chiffrée. Et les auteurs de conclure : « Dans son ensemble, l’Europe a les moyens financiers de gérer cette crise migratoire. L’enjeu est essentiellement politique. C’est même une question de souveraineté ».


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