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Congrès CFDT de Rennes : un débat sur l’activité animé mais un vote sans ambiguïté !

mercredi 27 juin 2018

En accord avec les valeurs de la CFDT et le syndicalisme réformiste, de nombreux délégués des syndicats ont exprimé, lors du débat d’actualité, des incompréhensions pour certains, voire des désaccords pour d’autres, concernant la démarche CFDT mise en place pour répondre aux difficultés qu’elle a dû affronter pour faire entendre sa voix avec un gouvernement qui semble mépriser les corps intermédiaires. Cela ne les a pas empêchés de largement approuver le rapport d’activité.

Une présentation offensive !

Présentant le rapport d’activité, Laurent Berger a considéré les quatre années passées depuis le congrès de Marseille comme riches et éprouvantes. D’entrée, il met en valeur la première place obtenue par la CFDT en demandant aux militants de « ne pas avoir la victoire modeste ». C’est « un bouleversement majeur dont certains n’ont pas encore pris conscience ». S’adressant au gouvernement accusé d’organiser avec le patronat la confrontation bloc contre bloc, il déclare que « la CFDT est une force avec laquelle il faut compter ! ».

Rappelant que la CFDT est restée fidèle à ses valeurs de démocratie, solidarité, indépendance et autonomie, il admet qu’elle a été secouée mais a tenu le cap dans une période où les lois sur le dialogue social se sont succédées. Il est bien sûr revenu sur les ordonnances et sur le droit du travail pour souligner comment il a fallu batailler tout l’été pour « limiter la casse ». En même temps, « fallait-il se ranger derrière une CGT qui n’a obtenu rien d’autre que de faire la démonstration de sa faiblesse ? ».

Il a ensuite rappelé tous les nouveaux droits obtenus pour les travailleurs durant la période : le CPF (compte personnel de formation), le droit à l’accompagnement, les droits rechargeables pour les demandeurs d’emploi, le CPA, (compte personnel d’activité), la garantie jeunes, etc. Il a aussi évoqué l’enquête travail remplie par 200 000 personnes qui ont exprimé leur volonté d’avoir une place plus importante pour participer aux décisions de l’entreprise et mieux partager le pouvoir.

En conclusion, le secrétaire général a affirmé que la CFDT dans son ensemble peut être fière de ce qu’elle a accompli. Comme par le passé, elle a su faire face à l’adversité. « Forts de notre place dans le paysage social, il n’y a pas de raison de désespérer ! » a-t-il déclaré.

Des interventions plus mitigées !

À quelques rares exceptions près, la ligne réformiste de la CFDT n’a pas été contestée dans les interventions des délégués des syndicats sur le rapport d’activité. Mais ils ont été nombreux à émettre des réserves, des inquiétudes et des interrogations.

Les réserves ont principalement porté sur la réaction de la confédération au moment de l’annonce des ordonnances, jugée « pas assez forte ». Mais peu d’intervenants ont regretté de ne pas avoir participé aux manifestations. Les expressions ont surtout porté sur la politique du gouvernement. Ont été particulièrement visées la politique fiscale et les ordonnances travail, notamment la mise en place des CSE (comité social et économique) et particulièrement, les temps de délégation ou la limitation du nombre de mandats dans le temps. « La pilule est difficile à avaler ! » s’écrié un délégué.

Ce sont surtout les interrogations et inquiétudes des militants qu’il faut retenir. Interrogations sur la capacité de la CFDT à peser sur un gouvernement qui tente de marginaliser les corps intermédiaires et avec un patronat qui privilégie le lobbying au dialogue social. Inquiétudes aussi devant les bouleversements que constituent l’évolution des instances représentatives du personnel et le transfert des négociations vers l’entreprise. Et cela dans un contexte de réduction des droits syndicaux. Sans compter les inquiétudes des militants de la fonction publique sur leurs difficultés au quotidien, conséquence de la réduction des moyens et de la désorganisation des services, mais aussi sur l’avenir du statut de fonctionnaire. Face à ces difficultés, les militants ont souvent réclamé plus de soutien et d’accompagnement, plus de proximité de la part de leur organisation et pour certains plus de moyens accordés aux syndicats.

Au-delà de ces expressions, d’autres interventions émanant de structures intermédiaires (Unions régionales ou fédérations) mais aussi de syndicats ont largement soutenu la confédération dans la gestion de cette période en maintenant le cap d’un syndicalisme indépendant, responsable et combatif. Un syndicalisme qui se veut utile aux salariés comme l’a démontré un délégué de Pôle emploi, en retraçant l’histoire d’un salarié (Claude) qui perd son emploi mais qui dans son parcours pour retrouver un emploi bénéficie à la fois des avancées obtenues grâce à la CFDT en matière de sécurisation des parcours professionnels ou de droits rechargeables.

La réponse de Laurent Berger aux intervenants

Dans sa réponse, le secrétaire général de la CFDT s’est montré à la fois offensif et sans concessions.

Offensif pour dire combien c’est « la situation des travailleurs qui nous préoccupent tous » et que finalement le travail, la qualité de vie au travail sont des identifiants de la CFDT. Et combien, forte de ses valeurs, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles est au cœur de l’action de la CFDT. Il s’est écrié « Nous sommes une organisation féministe, soyons sans concessions ».

Offensif pour rappeler qu’il n’y a pas d’action syndicale sans écoute des salariés. Les transformations actuelles ne sont pas sans risques mais constituent aussi une opportunité : « le travail de demain sera celui auquel nous aurons contribué » a-t-il déclaré comme pour mieux appeler les militants à agir au plus près des réalités pour mieux accompagner les salariés. S’agissant de la fonction publique, s’il a souligné l’importance du statut, il considère qu’il faut le faire évoluer pour mieux l’appliquer dans l’intérêt des agents. Il a notamment demandé que la contribution des contractuels à la fonction publique soit reconnue.

Offensif sur la question des retraites pour que se construise un nouveau système plus équitable et qui corrige les inégalités. Il a exhorté les militants à ne pas entrer dans le débat à reculons. Ainsi, la CFDT va amener sa contribution avec l’enquête « Parlons retraite ».

Mais sans concessions vis-à-vis de la politique gouvernementale. Tout d’abord, en marquant sans ambiguïté « le profond désaccord » de la CFDT sur les ordonnances. À ce titre, s’il a admis que le terme « déçu » qu’il a employé à la sortie de Matignon n’était pas assez fort, il a aussi rappelé que l’expression du mécontentement par la manifestation n’était utile que si elle était soutenue par les salariés et si elle permettait d’obtenir des résultats concrets.

Sur la forme, le gouvernement ne pourra continuer longtemps sur le mode « vous discutez, je tranche ». Il ne peut pas y avoir de transformation en profondeur de la société sans la participation des acteurs et sans négociation avec les partenaires sociaux.

Sur le fond, Laurent Berger a revendiqué un changement profond de la politique gouvernementale avec plus de justice sociale. Sans quoi le populisme est à nos portes. Il a particulièrement réagi face à la menace qui pèse sur les aides sociales. Il a exhorté le gouvernement à mettre la pression sur le patronat pour qu’il sorte d’une vision étriquée du dialogue social. Sur la loi PACTE, il a demandé au gouvernement de favoriser une vision plus équilibrée de l’entreprise en suivant les recommandations du rapport Notat-Senart.

Laurent Berger a ensuite interpellé le patronat pour lui demander de compter plus sur la négociation sociale que sur le gouvernement pour définir de nouvelles règles sociales. Ainsi, il proposera au nouveau président du Medef de définir un agenda de dialogue social autonome de celui de l’État.

Sans concession enfin sur le type de syndicalisme en disant que la société a besoin de collectif, de débat et d’un syndicalisme fort. Mais il a aussi déclaré que « le syndicalisme est mortel quand il se contente de dénoncer, quand il fait de la politique, quand il montre son impuissance, quand il est incapable d’avoir une parole sans ambiguïté face à la menace du Front National ». Le syndicalisme CFDT n’est pas celui-là et ne mourra pas « si nous savons rester nous-mêmes, au plus près des travailleurs ! ».

Et de conclure que la CFDT n’a pas d’autre choix que d’être courageuse et de se renforcer elle-même par la syndicalisation d’abord et ensuite de progresser aux élections fonction publique pour être la première organisation syndicale française tout court (secteurs privé et public inclus).

Cette conclusion du débat sur l’activité de la confédération a permis de montrer l’ascendant qu’a pris Laurent Berger sur son organisation. Les militants ont été rassérénés par le discours du secrétaire général. Le rapport d’activité a été largement adopté à 83,36 % et permet de relativiser les expressions critiques de certains syndicats. Maintenant, le principal défi que la CFDT doit relever est redoutable : face à des vents contraires (montée du populisme, mépris des corps intermédiaires, patronat lobbyiste, réformes à venir telle celle des retraites) comment démontrer aux salariés l’utilité concrète du syndicalisme réformiste ? Sa place de première organisation dans les entreprises et, peut-être à la fin de l’année, dans tous les secteurs constitue un atout certain. Les orientations discutées et votées à la suite de ce congrès en constituent un autre.


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