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Congrès CFDT : une résolution et une clôture du congrès portées sur l’avenir

samedi 30 juin 2018

Face aux défis du réchauffement climatique, de la révolution numérique et de l’allongement de la durée de la vie, la CFDT se veut être dans une démarche positive qui font de ces évolutions autant d’opportunités « pour réduire les inégalités et faire de l’emploi une clé de réussite ». Indiscutablement, cette approche tranche avec le scepticisme ambiant et choisit d’offrir au syndicalisme, dont la CFDT se veut le fer de lance, des perspectives d’avenir. Comme le disent les rapporteurs de la résolution Marylise Léon et Yvan Ricordeau dans leur conclusion : « L’enjeu est de taille : nous permettre d’incarner pleinement le syndicalisme du XXIème siècle ! ».

Réinventer le travail de demain

La résolution fait le constat des profonds bouleversements qu’engendrent les mutations en cours sur l’économie, les emplois, la formation et le dialogue social. Dans ce contexte, le travail dans son ensemble doit être repensé : son contenu, les relations de travail, les hiérarchies, la relation au temps et à l’espace. Il faut donc transformer le travail, sécuriser les parcours et donner plus de pouvoir aux travailleurs.

C’est sur ces trois axes que la résolution égrène de nombreuses propositions. Ainsi, l’organisation du travail, les orientations en matière de formation ou encore la responsabilité sociale et environnementale des entreprises (RSE) doivent devenir des objets de négociation. S’agissant des rémunérations, la CFDT demande une plus grande transparence. Mais considérant que l’autorégulation ne suffit pas, la CFDT demande une loi qui fixe un écart maximal entre les plus basses et les plus hautes rémunérations d’une entreprise ou d’un groupe. Cette disposition a fait l’objet d’un débat et la proposition confédérale a été soutenue par 85 % des mandats.

Sans abandonner les 35 heures par semaine, la résolution propose de dépasser le cadre strict de la durée hebdomadaire pour relancer la réflexion sur la réduction du temps de travail tout au long de la vie. La banque des temps sera l’outil de sa mise en œuvre pour une meilleure conciliation entre vie professionnelle et personnelle.

S’il faut continuer à construire des droits individuels, ils doivent être garantis collectivement. Cela nécessite la création d’un véritable accompagnement avec notamment « le pack mobilité jeune » qui inclut des solutions logement, transport, informations et conseils. S’agissant des transformations écologiques, la CFDT se déclare prête à accompagner les travailleurs et à anticiper avec l’élaboration de « contrats de transition ».

Mais l’entreprise doit, elle-même, être repensée comme un lieu de création collective « où les forces entre capital et travail sont rééquilibrées. Pour cela les travailleurs doivent pouvoir mieux participer aux décisions qui les concernent. La CFDT propose d’inventer la « codétermination à la française » autour de trois axes : renforcer et généraliser l’expression des salariés ; généraliser la présence de représentants des salariés dans les instances dirigeantes de l’entreprise ; renforcer la qualité du dialogue social dans les instances représentatives.

Pour de nouvelles protections

Dans un monde qui connaît de tels changements, la CFDT veut une société « ouverte et protectrice ». Attachée à la protection sociale et aux droits qui vont avec, la CFDT n’en est pas moins consciente que considérer ces droits comme intangibles « conduirait à ce que des pans entiers de notre société ne soient plus couverts par les règles de protection collective ». La CFDT revendique « un socle de droits universels » tout en refusant l’idée d’un revenu universel rejeté par 66 % des mandats après un débat sur cette question.

S’agissant des retraites, la CFDT est favorable à un régime unifié, par répartition, plus simple, plus juste. Un débat a eu lieu sur le système par points ou compte notionnel avec un amendement qui refusait cette option compte-tenu des risques de non prise en compte des difficultés de la vie (chômage, pénibilité, etc.). Cet amendement a été rejeté par 64 % des mandats.

Une CFDT ouverte sur le monde, l’Europe et la société

Pour la CFDT, face à la montée des populismes où les pays se recroquevillent sur eux-mêmes, le syndicalisme indépendant et démocratique doit jouer son rôle au niveau international. Il doit chercher à obtenir des régulations fortes contre la pauvreté, les inégalités, définir de nouvelles normes de protection des travailleurs ou encore mettre en place des actions pour réguler internationalement les questions d’immigration.

« Le monde a besoin de l’Europe » affirme la CFDT qui est favorable à la mise en place du socle européen des droits sociaux actuellement en discussion. Et il y a urgence, notamment en réformant la zone euro. « Tout statu quo est un pas de plus fait en direction du délitement de la construction européenne ! » a déclaré le rapporteur en rappelant combien le populisme a prospéré ces dernières années dans de nombreux pays y compris la France et l’Allemagne.

Notre pays connait lui-même une crise de la représentation et de confiance dans les institutions. Pour la Cfdt, penser en termes de verticalité sans prendre en compte l’épaisseur de la société française n’est certainement pas la solution. Il faut mieux articuler démocratie sociale et politique et donc renforcer la légitimité des organisations syndicales et la place du dialogue social.

Il en est de même pour l’action publique et cela ne peut se faire sans « ses agents qui sont sa principale richesse ». À ce titre, le territoire est « un lieu pertinent pour anticiper, accompagner et réguler les changements économiques et environnementaux » et la résolution propose d’en faire « un laboratoire » sur toutes les questions économiques et sociales.

Les travailleurs ont besoin de la CFDT

Confirmant son orientation réformiste, parce que « les travailleurs ont besoin d’un syndicalisme proche, attractif et efficace, la CFDT doit être plus forte ». Plus forte en adhérents, le congrès s’est prononcé pour un objectif de 10 % de progression en quatre ans (la confédération proposait +20 %). Et plus forte sur le plan électoral pour conforter sa première place dans le privé et devenir la première tous secteurs confondus.

Pour cela, elle propose de mieux accompagner les militants et les équipes syndicales au travers d’un dispositif « ARC » (Accompagnement, Ressources, Conseil) pour outiller, conseiller, former les militants qui « sont le visage de la CFDT » sur le terrain.

Un débat démocratique et approfondi

Cette résolution, votée à 87,89 % des mandats, a été préparée depuis des mois par la confédération d’abord, mais ensuite par l’ouverture d’une plateforme numérique, les propositions d’amendements des syndicats et la rédaction définitive du texte proposé au congrès par le Bureau national sortant, l’instance de direction de la CFDT. 15 amendements ont été proposés au débat durant le congrès portant sur des sujets aussi divers qu’une proposition de taxe robot, la fin de vie, la capacité financière de la zone euro, les statistiques ethniques et des sujets plus internes sur la stratégie de développement, les moyens des syndicats ou l’accompagnement des militants. Le Bureau national a été suivi dans toutes ses recommandations qui pouvaient être de rejeter l’amendement ou de le soutenir (voir encadré sur les votes).

Une conclusion du congrès par Laurent Berger : « Nous avons une ligne claire et offensive ! »

Regrettant la faiblesse des interlocuteurs que la CFDT a en face d’elle, Laurent Berger a rappelé les fondements du syndicalisme CFDT : le réformisme qui s’appuie sur des valeurs solides. À la suite de ce congrès, la CFDT va interpeller le patronat pour fixer un agenda de négociations sur le travail, ses transformations et la conciliation des temps. Mais elle va aussi interpeller le gouvernement pour obtenir un rendez-vous social « pour qu’il nous dise ce qu’il attend de nous ». La CFDT attend un signal clair et nouveau de sa part sur les questions sociales.

Le secrétaire général de la CFDT a aussi revendiqué pour son organisation la place de leader du pôle réformiste pour un syndicalisme nouveau, indépendant et responsable. « Nous devons réunir autour de nous, c’est à nous de prendre des initiatives » annonce-t-il.

Laurent Berger est revenu dans sa conclusion sur la question des moyens syndicaux. Il a affirmé qu’il n’y a rien à attendre de l’État dans ce domaine et que la meilleure réponse « ce sont les cotisations ». Pour arriver à l’objectif fixé par le congrès, les militants ont droit à de l’accompagnement. Pour cela il faut travailler ensemble et en coopération. Il est enfin revenu sur l’importance des élections de décembre dans la fonction publique. « Gagnons les 20 000 voix qui nous manquent pour transformer l’essai ! » s’est-il écrié.


Ainsi se concluait ce 49ème congrès de la CFDT. Un congrès réussi pour une large majorité des militants qui l’ont vécu, les milliers d’internautes qui l’ont suivi et pour la presse. Laurent Berger a une nouvelle équipe autour de lui avec les départs de trois secrétaires nationaux auxquels il a rendu un hommage appuyé notamment en direction de Véronique Descacq qui a été durant 6 ans son adjointe. Les trois nouveaux entrants issus de la Métallurgie, Chimie-Energie et Air France devraient pouvoir s’intégrer facilement.

En tous cas, le nouveau Bureau national largement renouvelé (et quasiment paritaire) lors de ce congrès a une feuille de route claire qui engage l’équipe dirigeante et qui se traduira par un plan de travail pour organiser l’activité de la confédération pendant quatre ans. Mais compte tenu des défis auxquels la CFDT devra faire face, ce nouveau mandat ne sera pas forcément un fleuve tranquille ! Ce congrès a eu pour but de lui donner les moyens d’y faire face.

Les votes du congrès

  • Rapport d’activité voté à 83 %.
  • Amendements
    Pour une taxe robot 49,19 % (rejeté) ; contre la médiation 15,1 % (rejeté) ; contre la loi sur les écarts de rémunération 14,81 % (rejeté) ; pour la conditionnalité des aides 94,91 % (adopté) ; pour un revenu universel 32,47 % (rejeté) ; fin de vie : 93,79 % (adopté) ; retraites : contre les comptes à notionnels ou à points 36,27 % (rejeté) ; contre capacité financière zone euro 13,43 % (rejeté) ; contre les statistiques ethniques 32,57 % (rejeté) ; moyens des syndicats 86,29 % (adopté) ; développement +10 % au lieu de 20 % 62,82 % (adopté) ; syndicalisation et représentation des free-lance 91,89 % (adopté) ; contre politique des données des sympathisants 27,65 % (rejeté) ; pas de priorité de syndicalisation des cadres 37,78 % (rejeté) ; accompagnement des militants uniquement par les syndicats 21,76 % (rejeté).
  • Résolution adoptée par 87,89 % des mandats.
  • Vote des candidats au Bureau national (en dehors de 2 non-élus dans le collège des régions) :
    Fédérations entre 90 et 99 % ; Régions entre 78 % et 98 % ; Commission exécutive entre 93 et 99 % (Laurent Berger 94.2 %) ; Union confédérale des cadres (94 %) ; Retraités 90 %.




Liens-Référence
https://www.cfdt.fr/portail/congres-2018/resolution-generale/projet-de-resolution-du-49e-congres-cfdt-srv2_601750