Les clés du social Un regard sur le social

Accueil > Dialogue social > Syndicats > Résolution générale du congrès de la CGT FO d’avril 2018 : c’était mieux avant (...)

Résolution générale du congrès de la CGT FO d’avril 2018 : c’était mieux avant !

samedi 9 juin 2018

Le moins que l’on puisse dire c’est que FO n’y va pas avec le dos de la cuillère pour fustiger toutes les dérives du capitalisme d’aujourd’hui, demander le retour à un passé plus magnifié que ce qu’il était réellement et « défendre les acquis » au nom de la défense des valeurs républicaines. De la même manière, FO marque son indépendance syndicale issue de la charte d’Amiens de la CGT dont elle estime être la vraie prolongation. Pour mieux comprendre la doctrine de FO, il est utile de classer ses positionnements par grands thèmes.

Libéralisme et mondialisation

Résolument anti-libérale, FO critique les tenants du libéralisme qui pensent que privilégier les plus riches participerait à terme au bien-être de la société toute entière. Les politiques libérales menées par tous les gouvernements depuis des années se sont traduites par un renoncement à la souveraineté des États au profit du libéralisme mondial et d’une financiarisation incontrôlée des économies. Ainsi, les États se sont soumis aux organismes internationaux (OMC, FMI, Banque mondiale, Institutions européennes) et aux accords internationaux. De plus, la résolution dénonce « la dictature de la dette » inventée de toute pièce et imposée par le pacte de stabilité et exige le retour à la souveraineté fiscale, tout en appelant à la lutte contre l’optimisation et la fraude fiscale en y mettant fin par une régulation mondiale.

FO se doit de combattre ces politiques économiques mortifères et porter ses revendications sur un changement de modèle. Il faut remettre la finance à sa place et considérer que la variable d’ajustement de l’économie n’est pas la masse salariale mais la rémunération des capitaux.

Service public et fonction publique

Le désengagement de l’État se traduit par des transferts de missions publiques au secteur privé ou associatif, ou des agences et divers GIP que FO condamne. Sont dénoncées aussi les politiques de simplification administrative, de dématérialisation généralisée. FO réclame, par ailleurs, la remise en place d’un service public des télécommunications. Elle est opposée à la fusion des Régions et des communes qui éloigne la puissance publique des citoyens. Elle met en parallèle la réforme territoriale et la réforme du droit du travail qui amènent les mêmes effets de remise en cause des normes nationales. Il s’agit d’une « attaque d’une ampleur inégalée et potentiellement destructrice de la République ».

Europe

Dans la continuité de sa critique du libéralisme, FO refuse l’Europe des marchés et exige celle de l’industrie et de l’emploi. Elle condamne les privatisations, la politique budgétaire déléguée à la BCE et réclame la remise à plat du projet européen. FO veut des politiques publiques volontaristes qui « défendent l’emploi d’aujourd’hui et celui de demain » avec des grands projets publics européens ou de coopération internationale. Le congrès demande la mise en œuvre au niveau international et européen d’un cadre contraignant et normatif sur les relations entre donneurs d’ordre et sous-traitants. Dénonçant le recours aux travailleurs détachés, FO demande l’égalité de traitement entre les travailleurs.

Entreprises

Le capitalisme financiarisé et la mondialisation dérégulée qui « ont fait du moins disant social un des facteurs clé de l’avantage comparatif entre les économies » ont transformé le travail et l’entreprise. Déréglementation du travail, précarité, sous-traitance, nouvelles organisations du travail ont été les principaux instruments d’un dumping social généralisé destructeur des emplois, des conquêtes sociales et porteur d’une grande violence sociale. Très réservée sur la RSE, FO s’y oppose quand elle vise à des opérations de communication et d’autorégulation au détriment des lois et de la négociation collective. Enfin, FO est contre une définition de l’entreprise qui la considérerait comme une communauté d’intérêt entre l’employeur et les salariés.

Enfin dans le domaine économique, FO s’insurge contre les « montants colossaux » d’aides publiques aux entreprises (137 milliards en 2017).

Mutations technologiques

Les évolutions technologiques et notamment la transition numérique modifient les conditions d’emploi et de travail sans que soit pris en compte le facteur humain. Ainsi, les délais de production se raccourcissent, les rythmes de travail s’accélèrent, les changements d’organisation du travail sont permanents. Tout cela provoque de la souffrance au travail et des risques psychosociaux. FO dénonce le partage de plus en plus ténu entre le travail et la vie personnelle, et la généralisation du travail du dimanche.

Protection sociale et retraite

Rappelant les grands principes de la sécurité sociale issus du Conseil national de la résistance, FO remet en cause toutes les attaques contre la sécu depuis 30 ans. Le remplacement des cotisations salariales par la CSG va encore aggraver la situation. C’est un véritable hold-up où le budget de la Sécu devient la variable d’ajustement de celui de l’État. Pour FO nous basculons en fait vers un système assurantiel individualisé et privé. Quant aux retraites, FO conteste toutes les réformes depuis 20 ans et considère que seule l’augmentation des cotisations est efficace pour garantir à terme les retraites. FO demande l’arrêt du gel des retraites et le retour à leur indexation sur les salaires. Elle condamne l’augmentation de la CSG de 1,7 %. Enfin, s’agissant de la future réforme, FO annonce qu’elle s’opposera à la mise en place d’un régime unique (maintien de tous les régimes existants) et refusera la retraite par points ou par compte notionnel.

Droit syndical, représentativité

Même si la résolution admet que le positionnement de FO a permis de sauver la négociation de branche, le congrès condamne en bloc les ordonnances Travail et plus particulièrement la fusion des instances, la disparition des CHSCT, le référendum d’entreprise ou la possibilité de mettre en place le conseil d’entreprise. Cette loi remet en cause la légitimité du mandat syndical, limite la liberté de désignation des délégués syndicaux. Elle montre une nouvelle défiance vis-à-vis des syndicats, permet leur contournement et en cela va à l’encontre de la loi de 1884. Même opposition au projet de transformation des CAP dans la fonction publique « une véritable menace pour le statut général et les statuts particuliers et l’avenir des syndicats nationaux ».

FO réaffirme son opposition à la loi sur la représentativité et demande toujours son abrogation. « La loi sur la représentativité a constitué un tournant majeur dans l’histoire du syndicalisme français et a modifié en profondeur l’équilibre des forces dans l’entreprise, notamment en mettant fin à la présomption irréfragable de représentativité érigée en 1948 et en faisant de l’entreprise le centre névralgique du nouveau système ».

Elle constate les attaques contre le paritarisme alors qu’il devrait être maintenu et renforcé dans tous les domaines (sécurité sociale, chômage, formation professionnelle, logement, retraite).

Enfin, les partenaires sociaux doivent pouvoir négocier librement sans intrusion ou injonction du gouvernement. Nul besoin du gouvernement ou de grandes messes incluant d’autres acteurs pour définir leur agenda social.

En fait, FO rejette tous les textes qui, ces dernières années, ont tenté d’organiser le dialogue social. « L’objet prioritaire de ces lois était bel et bien de restreindre la liberté syndicale et rechercher des interlocuteurs privilégiés et de valoriser le syndicalisme d’accompagnement ».

FO, une organisation qui défend les valeurs de la République : Liberté, égalité, fraternité, laïcité

Attachée aux valeurs républicaines, FO défend la liberté syndicale, réprouve la répression antisyndicale et demande le retrait de la loi sur la sécurité des affaires. Elle proteste aussi contre les restrictions des libertés « sous prétexte d’attentats », revendique une politique volontariste de lutte contre les atteintes au droit syndical et la valorisation des parcours syndicaux. Par ailleurs FO défend le droit de grève auquel elle « ne renonce nullement quand la discussion a échoué ». Au passage, FO précise sa doctrine en matière d’action commune avec les autres organisations syndicales : Ce n’est « pas une fin en soi mais un moyen d’accroitre le rapport de force quand les conditions sont réunies sur des bases claires ».

FO se considère avant tout comme une organisation garante des intérêts matériels et moraux des travailleurs, chômeurs et retraités et non de l’intérêt général qui demeure du ressort des gouvernements et des parlementaires. L’indépendance syndicale lui interdit toute consigne de vote aux élections politiques. Elle ne veut pas être un rouage institutionnel de cogestion et de co-législation.

Au nom de l’indépendance à tous les niveaux, FO défend son maillage territorial avec la primauté des UD et leurs UL sur les coordinations régionales. Sans craindre la contradiction, elle revendique la mise à disposition gratuite des locaux syndicaux et des bourses du travail.

Au-delà de la défense des libertés syndicales, FO se veut être au service de l’égalité et défend une notion très stricte de la laïcité. Par exemple, dans l’éducation, pas de financement public pour l’enseignement privé. Les politiques d’austérité font le lit des communautarismes, des extrémismes politiques, idéologiques et religieux. Enfin, la laïcité s’inscrit dans un cadre légal qui ne peut être organisé ou contrôlé au niveau de l’entreprise. FO se veut aussi une organisation internationaliste luttant contre les discriminations, le racisme et la xénophobie. Elle considère l’immigration choisie comme le pillage des pays en voie de développement.

Se former, se développer

Dans sa partie finale consacrée à l’interne, le Congrès met l’accent sur l’importance de la formation syndicale, appelle à faire du développement une priorité notamment en direction des femmes et des jeunes. Il propose de faire de nouvelles implantations, de se mobiliser pour les prochaines élections professionnelles afin d’améliorer sa représentativité.

Après avoir apporté son soutien aux luttes actuelles, la résolution appelle à une mobilisation interprofessionnelle pouvant aller jusqu’à la grève compte-tenu de la gravité de la situation. Le texte se termine par trois mots en forme de slogan : « Résister, revendiquer, reconquérir ! »

La résolution est complétée par une résolution sociale et une autre sur la protection sociale qui reprennent les revendications de FO.

Le sentiment général qui ressort à la lecture de ces textes c’est une sorte de nostalgie de la période d’après-guerre du genre « c’était mieux avant ». Les revendications affichées qui demandent souvent l’abrogation de lois parfois anciennes ou le retour à des réglementations aujourd’hui disparues font peu de cas de la réalité et paraissent pour le moins « hors sol ». Elles sont tellement inatteignables que, d’une certaine façon, le texte voté à une large majorité laisse le champ libre à la direction de la confédération pour diriger l’organisation à sa guise.


Source