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Une image bien morose des syndicats et du dialogue social

samedi 17 novembre 2018

Même si le désamour n’est pas aussi fort qu’envers les politiques ou les médias, les salariés, dans une large majorité, ne font pas confiance aux syndicats pour résoudre leurs problèmes, comme dans les enquêtes précédentes, notamment celle de 2014. De plus, alors qu’ils plébiscitent la négociation d’entreprise ou dans une moindre mesure de branche, ils pensent que le dialogue social existe bien dans leur entreprise mais est inefficace. Retour sur un sondage réalisé par IPSOS pour le CEVIPOF en mai 2018 qui doit interroger tous les acteurs sociaux et les responsables politiques.

Mauvaise image des syndicats

Plus d’un tiers des salariés (35 %) ont confiance dans les syndicats. Si c’est un peu plus que les médias (28 %) et surtout les partis politiques (10 %), c’est nettement moins que les petites entreprises (80 %), les collègues immédiats (79 %), certaines institutions comme la sécurité sociale (69 %), les prud’hommes (68 %) ou encore l’inspection du travail (65%). La hiérarchie ou encore la direction de l’entreprise ont aussi un bon capital de confiance (63 % et 53 %). Que l’on soit cadre ou non, salarié de petite, moyenne ou grande entreprise, les résultats ne sont pas très différents. Seuls les syndiqués se distinguent en faisant logiquement confiance aux syndicats (61 %) et en ayant une certaine défiance vis-à-vis de leur direction d’entreprise (33 % de confiance).

Pour régler les problèmes, les salariés préfèrent se coordonner avec leurs collègues (72 %) ou encore discuter individuellement avec la hiérarchie immédiate (62 %) plus que s’adresser aux représentants du personnel (49 %). Toutefois, dans les grandes entreprises c’est l’inverse, les syndicats priment sur la hiérarchie. Globalement, les salariés ne sont que 30 % à considérer que l’action syndicale est efficace. Même chez les syndiqués ce sentiment n’est partagé que par une petite moitié d’entre eux. Toutefois, quand il s’agit de savoir qui est le plus à l’écoute des salariés, les syndicats sont placés en premier à 49 % loin devant les employeurs (27 %) et surtout le ministère du Travail (20 %).

Quand on demande les raisons de la moindre syndicalisation, les salariés, qui devaient choisir deux réponses entre 7 items, invoquent en premier la politisation des syndicats (53 %) et ensuite leur éloignement des réalités économiques (28 %). La baisse de l’engagement collectif des salariés ou la peur des représailles sont aussi assez souvent évoquées (26 %).

Enfin, ce qu’on demande au syndicaliste, c’est une certaine façon d’être honnête, compétent et exemplaire, plus que d’être combatif ou qu’il tienne ses promesses.

Le dialogue social jugé inefficace !

Les salariés semblent ne pas avoir une image très positive du dialogue social. Pour 81 % des salariés, il ne fonctionne pas bien. S’il existe dans leur entreprise pour 70 % des sondés, il est jugé inefficace par la moitié des salariés. Paradoxalement, c’est dans les PME que le dialogue social existe et est jugé le plus efficace pour 27 % des salariés alors même que c’est là qu’il est le moins organisé. Là où il l’est le plus, dans les grandes entreprises, les salariés le jugent inefficace à 60 %. Peut-être est-il aussi plus éloigné du quotidien des salariés ?

Les salariés ont une vision assez classique du dialogue social qui doit d’abord traiter des rémunérations (58 %) et des conditions de travail (44 %) et ensuite de la protection sociale (31 %). S’occuper de la marche de l’entreprise, de formation professionnelle ou encore des politiques d’emploi de l’entreprise n’est cité que de façon marginale (entre 11 % et 18 %).

Le niveau de l’entreprise privilégié

En tous cas, les salariés préfèrent la négociation à la loi. Ainsi, ils ne sont que 16 % à considérer que l’État et le code du travail peuvent régler leur situation. C’est le niveau de négociation de l’entreprise qui est privilégié (52 %) et ensuite la branche (32 %). Ce sont les salariés des grandes entreprises et les syndiqués qui donnent le plus d’importance à la loi et au code du travail confirmant l’appréciation négative qu’ils accordent au dialogue social alors même que c’est eux qui en bénéficient le plus. En fait, leur perception montre que la qualité du dialogue social en France laisse largement à désirer.

Une enquête qui appelle à la responsabilité des acteurs du dialogue social

Ce baromètre social réalisé pour le CEVIPOF montre que les syndicats n’échappent pas à la tendance actuelle de défiance vis-à-vis des institutions quelles qu’elles soient. Les syndicats apparaissent éloignés de la réalité des salariés, plus à même de défendre leurs propres intérêts des travailleurs. Il aurait été toutefois intéressant de savoir s’il y avait des différences de perception suivant les syndicats.

Pour répondre aux problèmes qu’ils rencontrent, les salariés préfèrent les réponses de proximité soit en discutant en direct avec la hiérarchie ou l’employeur en lien avec leurs collègues immédiats. Seules actions collectives auxquelles ils sont prêts à participer, ce sont les manifestations, sans que l’on sache réellement s’ils croient en leur efficacité. En même temps, ils rejettent les réformes effectuées par le gouvernement et marquent un certain attachement aux avantages acquis qu’il ne faudrait pas remettre en cause. Ils comptent pour cela sur les prud’hommes ou l’inspecteur du travail.

Pourtant, le fait que les salariés préfèrent la négociation d’entreprise est peut-être la bonne nouvelle de ce sondage mais implique que les acteurs de la négociation prennent conscience des responsabilités qui leur incombent. Du côté syndical, plus de compétence, de savoir-être notamment dans la proximité et l’écoute des salariés, privilégier le dialogue à la confrontation sont certainement les conditions du retour de la confiance de salariés. Mais du côté employeur, l’erreur serait de considérer que la défiance actuelle vis-à-vis des syndicats leur donnerait plus de marge de manœuvre pour diriger leur entreprise. Sans interlocuteurs crédibles et représentatifs des salariés, ils pourraient être rapidement confrontés à de grosses déconvenues. Au contraire, ils doivent encourager la représentation syndicale, être à son écoute, pratiquer la transparence dans les institutions représentatives du personnel et donner aux syndicats les moyens d’agir.

Plus que jamais, un dialogue social approfondi, au niveau le plus proche des salariés et s’appuyant sur des acteurs puissants et reconnus est certainement une des réponses au malaise actuel. L’entreprise, l’économie, les salariés et la société dans son ensemble y ont tout intérêt.


Source

Baromètre du dialogue social, Sondage Ipsos réalisé du 21 au 25 mai 2018 auprès de 1 650 personnes de plus de 18 ans représentatifs de la population française salariée pour le CEVIPOF et Dialogues :
https://fr.slideshare.net/Sciences_Po/baromtre-dialogue-social-2018-cevipof/Sciences_Po/baromtre-dialogue-social-2018-cevipof