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Le CPF, une montée en charge encore bien lente !

mercredi 13 mai 2020

En vigueur depuis le 1er janvier 2015, le compte personnel de formation (CPF) a commencé à être utilisé par les salariés, mais de façon encore limitée : en 2018, seuls 1,7 % des salariés du secteur privé l’ont utilisé, avec 383 000 formations. Les chiffres montrent pourtant une hausse progressive depuis sa création.

Les chiffres du CPF des salariés du secteur privé

Droit individuel à la formation tout au long de la vie active, pour des formations qualifiantes ou certifiantes, à la maîtrise de chaque salarié du privé et demandeur d’emploi au départ, il a depuis été étendu aux agents des services publics et travailleurs indépendants.

Nombre de CPF (salariés privés)
Année Nombre
2015 53 000
2016 190 000
2017 272 000
2018 383 000
TOTAL (4 ans) 898 000


Ces chiffres montrent bien la découverte et l’usage très progressifs du dispositif par les salariés du secteur privé (près de 20 millions).

Qui utilise son CPF ?

Le taux d’utilisation, 1,7 % en 2018 pour les salariés du privé (1,4 % en 2017), est très variable selon les CSP, le sexe, l’âge :

Hommes 1,6 %
Femmes 1,8 %
Statut
Cadres 2,7 %
Employés 2,3 %
Professions intermédiaires 1,1 %
Ouvriers 1,0 %
Tranche d’âges
Moins de 25 ans 0,8 %
25-44 ans 2,2 %
45 ans et + 1,4 %


Ainsi, les femmes utilisent un peu plus leur CPF que les hommes. Ce sont les cadres, suivis des employés, qui mobilisent le plus leur CPF, contre bien peu les professions intermédiaires et les ouvriers. Et c’est après quelques années d’exercice, entre 25 et 44 ans, que les salariés du privé réalisent le plus de formations grâce à leur CPF. Et tous ces taux sont en progression d’une année sur l’autre.

Les utilisateurs du CPF dans ces premières années sont en majorité des diplômés du supérieur (57,5 % en 2018) alors qu’ils ne représentent que 40 % des salariés du privé. Une exception concerne les formations longues suivies en CPF : dans ce cas, 6 sur 10 sont de niveau bac ou CAP-BEP, afin d’acquérir une nouvelle certification.

De leur côté, 2,1 % des demandeurs d’emploi mobilisent leur CPF, 149 000 sont ainsi rentrés en formation en 2018. Plus souvent hommes et ¼ âgés de plus de 45 ans, ils suivent des formations plus longues que les salariés (143 heures en moyenne), à 70 % complétées par un ou plusieurs abondements.

Quelles sont les formations suivies par les salariés ?

Plus des ¾ des formations sont courtes (78,5 %) avec 88 heures en moyenne. Et 87 % ne sont pas certifiantes. Parmi les 12 500 formations possibles, 10 certifications accaparent 55 % des salariés utilisateurs. La majorité des formations réalisées concernent 3 domaines de formation :

  • 38 % : les langues, essentiellement pour préparer les tests Bulats ou Toeic (85 %), avec une cinquantaine ou soixantaine d’heures, ce qui est le cas de nombreux cadres, voire de professions intermédiaires ;
  • 12,2 % : des formations informatiques, les 2/3 pour préparer le Tosa bureautique (32 heures en moyenne), et c’est le cas de nombreux employés ;
  • 11,7 % : le secteur des transports, en particulier pour obtenir le Caces (certificat d’aptitude à la conduite en sécurité, 24 heures) pour ¼, ou le permis B (presqu’1/4, avec 37 heures en moyenne), demandés surtout par des ouvriers.
  • Il faut aussi ajouter les bilans de compétences, pour lesquels 24 heures sont financées.

À peine 10 % des formations atteignent ou dépassent 200 heures, dont 14 000 réalisées dans le cadre d’un CIF (congé individuel de formation). Cela explique qu’il n’y ait que 13 % des formations qui soient certifiantes.

Leur coût moyen est de 2 400 €, mais elles s’échelonnent de 235 € (sauveteur-secouriste au travail) à plusieurs milliers d’€ (5 500 formations aux ressources humaines, de 244 heures et 7 000€ en moyenne). Si près des 2/3 (63 %) sont financées exclusivement par le compte CPF du salarié, 37 % ont eu besoin de financements complémentaires : en majorité par l’Opca (20 % des CPF), moins souvent par l’employeur (10,5 %, chiffre en hausse), et dans 5 % des CPF c’est le salarié qui a complété lui-même.

Moncompteformation : un décollage les 3 premiers mois

Lancée le 21 novembre 2019, l’application en 3 mois (jusqu’au 13-2-2020, premiers chiffres, fournis par la ministre du Travail) a été « visitée » par 5 millions de visiteurs uniques. Elle a permis l’achat de 136 000 formations par le CPF, soit un nombre quasi double pour un trimestre.

Ce qui est encourageant aussi c’est que ce sont aux 2/3 des ouvriers et employés qui ont fait une demande de formation avec leur CPF. Les formations demandées changent aussi par rapport aux 4 années analysées : c’est en premier le permis de conduire, puis le bilan de compétences et en 3ème position l’accompagnement à la création ou reprise d’entreprise.

Il sera intéressant de voir, après l’interruption due à la pandémie et la réouverture des centres de formation, si ces premières informations se confirment et si l’application permet de toucher un public plus nombreux et permet enfin l’accès à la formation de ceux qui en ont le plus besoin.

Cependant, si de nombreux salariés connaissent bien, ou un peu, l’existence du CPF, il reste à beaucoup la tâche de s’inscrire sur l’application, de prendre connaissance du montant de leur compte (seuls ¼ le connaissent), de finir de transférer leurs heures de DIF. Il faut aussi se débrouiller face à une offre très nombreuse (12 500 certifications). Pour cela, conseil et accompagnement seront nécessaires à beaucoup. Si les services de formation peuvent apporter de l’information sur cette offre, les élus du personnel, en particulier les salariés spécialistes des commissions formation, quand elles existent, et les militants sont des interlocuteurs indispensables pour aider tous ceux, nombreux, qui en auront besoin.


Source

Dares résultats n° 009 février 2020. Le compte personnel de formation en 2018 :
https://dares.travail-emploi.gouv.fr/dares-etudes-et-statistiques/etudes-et-syntheses/dares-analyses-dares-indicateurs-dares-resultats/article/le-compte-personnel-de-formation-en-2018