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Les travailleurs Invisibles majoritaires ?

Publié le 15 juin 2024 / Temps de lecture estimé : 4 mn

Une étude de la fondation Travailler autrement présente une étude sur les travailleurs « Invisibles » ou travailleurs du back-office de la société des services (réalisée par Occurrence auprès de 15 000 répondants).

L’étude identifie 3 types d’actifs français

  • Les Préservés composent 26 % de l’échantillon représentatif. Ils ont les revenus les plus élevés et ils n’ont pas ou peu été affectés par la crise sanitaire.
  • Les Combattants constituent 30 % de la population active. Ils ont su transformer la pandémie en opportunité pour adapter leur manière de travailler, voire générer des revenus supplémentaires.
  • Les Invisibles représentent 44 % de la population active, soit plus de 13 millions de travailleurs. Les femmes sont surreprésentées puisqu’elles constituent 54 % des invisibles.

« Les Invisibles » sont liés par le caractère contraint de chaque aspect de leur vie (professionnelle, personnelle, financière) et leur manque de perspectives sur leur avenir. Ils sont livreurs, aides à domicile, agents d’entretien, transporteurs, aides-soignants, caristes, caissières, vigiles, serveurs ou encore aides agricoles. Ce sont les métiers du lien, du soin, de la continuité économique et sociale, de la vie quotidienne…

« Dans l’ombre de chaque Français qui parvient à exister socialement et économiquement se tient un « un invisible » qui rend cette existence possible, plus fluide, plus profitable, voire plus digitale ».

Les Invisibles ont des vies personnelles et professionnelles contraintes

  • Leur vie familiale est souvent source de difficultés notamment pour les familles monoparentales et les femmes isolées.
  • Le logement est un besoin primaire difficile à satisfaire.
  • Les transports et la mobilité géographique imposent un rythme de vie tendu.
  • Les contraintes et la pénibilité de leur travail les usent quotidiennement.
  • Le pouvoir d’achat faible n’apporte aucune respiration dans la vie de tous les jours.

Plusieurs types d’Invisibles

  • Les nouveaux ouvriers : chauffeurs, livreurs, caristes, serveurs caissiers, 53 % sont des hommes avec un revenu mensuel brut de 2 520 euros par foyer, 62 % ont un niveau inférieur ou égal au Bac. Ils ont tous connu une période de chômage partiel pendant la pandémie. Ils sont les plus touchés par les horaires atypiques et la pénibilité au travail. Leur activité est peu valorisante pour eux et ils ont peu de perspectives professionnelles.
  • Les femmes isolées et fragilisées : 65 % ont moins de 49 ans, 69 % ont un niveau inférieur ou égal au bac, elles ont un revenu mensuel brut par foyer de 1 560 euros, elles sont sur-représentées dans le secteur du détail, de l’agriculture, des services aux ménages, des arts et des spectacles. En majorité célibataires ou divorcées, leur situation financière est précaire et elles rencontrent des difficultés à satisfaire leurs besoins primaires. Aucune d’entre elles n’a perçu des allocations chômage dans les 24 derniers mois, car elles connaissent moins bien les aides disponibles et elles ont davantage tendance à y renoncer.
  • Les séniors oubliés, âgés de 52 ans en moyenne, 50 % dont des femmes, 80 % travaillent pendant les jours fériés et les week-end, ils ont un revenu mensuel brut par foyer de 2 090 euros. Ils sont nombreux à être inactifs, majoritairement ce sont d’anciens employés du secteur tertiaire, dans le transport, la logistique ou le commerce. Ils sont caractérisés par une forte pénibilité au travail qui a précédé leur inactivité. La quasi-totalité d’entre eux n’a pas perçu d’aides au cours des 24 derniers mois du fait d’une mauvaise connaissance de celles-ci et d’une certaine résignation.
  • Les femmes-soutiens et soutenues par leur famille, souvent jeunes, 70 % ont moins de 49 ans, un quart travaille à temps partiel, elles ont un revenu mensuel brut par foyer de 2 570 euros, elles sont infirmières, aides à domicile, agricultrices, vendeuses ou agents immobiliers. Elles se sentent utiles dans leur travail mais une partie importante considère qu’elles n’ont aucune perspective professionnelle possible. Aucune n’a perçu d’allocations chômage au cours des 24 derniers mois du fait d’une mauvaise connaissance de ces aides et d’une renonciation plus importante à leur recours.

Un point commun, une vie contrainte : la moitié des Invisibles vit avec moins de 1 500 euros brut par mois, ce qui implique que 44 % estiment ne pas parvenir à combler leurs besoins primaires et que 13 % sont surendettés. Dans le même temps, 37 % des foyers des Invisibles déclarent ne pas percevoir d’aides de l’État (RSA, allocations familiales, APL…).

  • Plus de 7 « invisibles » sur 10 travaillent dans le secteur privé et majoritairement dans des PME et micro-entreprises. Ils sont sous-représentés dans les grandes entreprises et les ETI. Dans la fonction publique, 43 % des invisibles travaillent dans la fonction publique territoriale.
  • Un « Invisible » sur cinq est en contrat précaire et 23 % ont un contrat à temps partiel. Leurs managers ont un rôle « disciplinaire » : contrôle de l’emploi du temps, du respect des cadences… Ainsi 40 % de ces travailleurs ne voient pas ou peu de sens à leur activité, contre 26 % pour les autres actifs et 61 % estiment n’avoir aucune perspective de progression professionnelle.
  • Ils vivent majoritairement hors des métropoles.

Comment la société se mobilise-t-elle pour reconnaître le travail des « Invisibles » ? C’est d’abord une responsabilité des entreprises et des branches professionnelles de mettre en place des mécanismes de rémunération et d’accompagnement innovants (management, accompagnement, actionnariat salarié, avantages, primes, meilleure conciliation vie professionnelle-vie personnelle…).

L’État doit recréer du lien entre les citoyens en garantissant un accompagnement dans tous les moments de vie et en simplifiant l’accès à des services de proximité sur l’ensemble des territoires : métropoles, villes moyennes, communes rurales…

Il est capital pour notre démocratie de pouvoir redonner aux « Invisibles » de l’espoir et une meilleure reconnaissance sociale, d’améliorer leur pouvoir d’achat, d’alléger leurs contraintes, de recréer de la proximité et du lien social, mais également de garantir un accès simple et lisible aux droits auxquels les « Invisibles » devraient avoir accès.


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