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10 ans après la catastrophe du Rana Plaza, où en est l’industrie textile internationale ?

Publié le 20 mai 2023 / Temps de lecture estimé : 3 mn

Il y a 10 ans, le 24 avril 2013, un immeuble abritant des ateliers de textile au Bangladesh s’effondrait faisant 1 135 morts et plus de 2 000 blessés. Près de la moitié des survivants ne sont toujours pas retournés au travail. Comment les grandes marques internationales sous-traitantes (Mango, Benetton, Primark, Auchan…) ont-elles tiré les leçons de cette tragédie ? Et quelle a été l’action des autorités publiques ?

Le Rana Plaza s’effondre

C’est une des pires catastrophes industrielles du monde avec plus de 1 100 morts et près de 2 000 blessés. Mais il fut précédé par d’autres drames comme des usines en feu. Cette dangerosité au Bangladesh comme ailleurs avait conduit à la mise en place d’un réseau international Clean Clothes Campaign dont fait partie le Collectif Éthique sur l’étiquette [1] qui, dès 1989, s’était engagé dans la défense des droits des ouvriers du textile.

La grande majorité des victimes sont des ouvrières travaillant pour des sous-traitants de grandes marques internationales en échange de salaires très bas. Le Bangladesh est le deuxième plus grand exportateur mondial de vêtements et le secteur de l’habillement est le pilier de son économie. Ce fut un choc planétaire à cause du nombre très élevé de victimes et de la mise à nu des pratiques de grandes marques de textile occidentales. Ce choc a entrainé une prise de conscience politique et citoyenne.

Les principales conséquences de cette mobilisation

Les organisations humanitaires et les syndicats ont réclamé immédiatement un fonds d’indemnisation. Il a été mis en place sous l’égide de l’OIT (Organisation internationale du Travail). Il est financé par les contributions des enseignes qui s’approvisionnent au Bangladesh et est entré en vigueur en janvier 2014. Les victimes ont obtenu une indemnisation pour les pertes de revenus mais pas pour les préjudices moraux et physiques.

La reconnaissance des responsabilités des grandes marques dans leurs liens commerciaux avec les sous-traitants du Rana a été établie. Certaines marques comme le groupe Benetton ou Auchan ont dans un premier temps nié tout lien avec le Rana Plaza alors que leur présence était attestée dans les décombres en termes d’étiquettes et de commandes écrites que les journalistes locaux ont immédiatement documentées.

La signature d’un accord sur la sécurité des bâtiments au Bangladesh, en mai 2013, par les multinationales de l’habillement avec les organisations syndicales du Bangladesh et internationales, sous l’égide là aussi de l’Organisation internationale du travail (OIT). Il couvre 1 500 usines et 2 millions de travailleurs, dont 80 % sont des femmes et contraint les 200 multinationales signataires à financer un système indépendant d’inspection des usines de leurs fournisseurs. Il prévoit aussi la mise en place des réparations nécessaires, tout en garantissant l’emploi et les salaires des ouvriers en cas de fermeture d’usine.

Les actions des pouvoirs publics

Les ONG et les syndicats ont agi pour que ce drame pose les jalons d’une régulation internationale. Un sujet ô combien d’actualité qui pourrait s’appliquer à d’autres secteurs. Nayla Ajaltouni, déléguée générale de l’ONG collectif Ethique sur l’étiquette a déclaré dans Elle : « Nous avons décidé de tout faire pour que la tragédie du Rana Plaza ne soit pas circonscrite à un drame de l’histoire industrielle mais qu’elle pose les jalons d’une régulation internationale qui vienne ébrécher l’impunité des multinationales ».

Ainsi l’ONU a adopté en 2011 un texte non contraignant sur le devoir de vigilance des multinationales du secteur textile. Ce texte a été transcrit en droit français après 5 ans de combat. La loi sur le devoir de vigilance des multinationales a été adoptée en première lecture le 21 mars 2017 par l’Assemblée nationale. Désormais, les grands groupes devront identifier et prévenir les violations des droits humains et de l’environnement que pourrait causer leur activité, en France et à l’étranger. Le cas échéant, un juge pourra être saisi, et imposer une sanction. Depuis, ce texte a été promulgué en Norvège et en Allemagne. L’actualité du moment ce sont les discussions à Bruxelles pour sa transcription dans le droit européen.

La situation des salariés aujourd’hui

D’après le rapport de l’ONG Action Aid Bangladesh citée dans The Guardian, 54,5 % des survivants sont toujours sans emploi et seul un tiers d’entre eux (36,3 %) est retourné travailler dans des usines textiles. La raison principale est liée à des problèmes de santé physiques ou mentaux à la suite des blessures ou des traumatismes subis. Le rapport indique aussi que seules 20 % des entreprises du secteur textile au Bangladesh sont équipées contre le feu.

Laissons la parole à Nayla Ajaltouni pour conclure :

« Certes, il faut arrêter de surconsommer, mais le meilleur levier, c’est une prise de conscience qui se transforme en action politique, en interpellation, en pression ».


[1Membres actifs du collectif Ethique sur l’étiquette : Artisans du Monde, Ccfd-terre solidaire, CFDT, FSGT, FSU, France Volontaires, CGT, Peuples solidaires, Ritino, Terre des Hommes, UFOLEP
Sources
Elle du 20 avril 2023. Interview de Nayla Ajaltouni ; déléguée générale de l’ONG Collectif Ethique sur l’étiquette.
The Guardian Thaslima Begum. 28 avril 2023