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Audience syndicale cycle 2017-2021 : des évolutions sensibles sans bouleversement

Publié le 7 juillet 2021 / Temps de lecture estimé : 7 mn

Les résultats de la mesure de l’audience syndicale ont été annoncés le 26 mai dernier. Ils permettent de déterminer la représentativité des organisations syndicales au niveau national interprofessionnel. Rappelons que les organisations syndicales qui dépassent 8 % de l’audience sont déclarées représentatives au niveau national interprofessionnel, à condition qu’elles remplissent d’autres critères tels que le respect des règles républicaines ou encore la certification de leurs comptes.

Ces résultats de 2021 confirment les tendances déjà observées lors du cycle précédent : les cinq organisations syndicales CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC restent représentatives au niveau national interprofessionnel. La CFDT conforte sa première place et creuse l’écart avec la CGT. La CFE-CGC continue sa progression. L’UNSA progresse mais reste encore loin des 8 %. FO et CFTC restent stables. Toutefois, la participation est en baisse sensible. Détails…

La baisse de la participation interroge

Alors que le nombre d’inscrits a augmenté de près d’un million d’électeurs, le nombre de votants a diminué de plus de 265 000 ramenant la participation globale de ces élections à 38,24 % (-4,84 points par rapport au cycle précédent).

Pour comprendre ce qui s’est passé lors de ce cycle, mieux vaut enlever les résultats des élections TPE qui, nous l’avions écrit, ne pouvaient intéresser les salariés concernés compte tenu du mode de scrutin (voir Clés du social du 21 avril 2021 [1]). Sans les élections TPE, la participation aux élections aux CSE dans les entreprises est nettement meilleure : 54,96 %. Elle est toutefois en baisse de 6 points par rapport au cycle précédent. Certains commentateurs, notamment chez les éditorialistes libéraux, n’ont pas manqué de souligner cette baisse pour en conclure un peu hâtivement qu’elle démontrait la perte de confiance des salariés envers les syndicats. Et si les explications venaient d’ailleurs avec des causes essentiellement liées aux évolutions des instances de représentation du personnel mais aussi aux modalités de vote ?

Ainsi, la substitution des CSE aux CE et DP a eu des conséquences redoutables sur le vote des salariés. Plusieurs hypothèses peuvent être évoquées.

La première hypothèse pourrait être la suppression des délégués du personnel qui étaient pour les salariés souvent leurs premiers interlocuteurs, ceux à qui ils pouvaient faire part de leurs problèmes et qui constituaient « des capteurs » pour les syndicats mais aussi les directions d’entreprises. Et ce ne sont pas les représentants de proximité sans moyens ni possibilité de s’exprimer devant des interlocuteurs patronaux locaux qui ont pu pallier ce manque. Résultat : moins de maillage syndical de terrain, moins d’appétence des salariés pour participer à l’élection.

La deuxième hypothèse, complémentaire de la première, pourrait être l’éloignement des institutions de représentation du personnel des électeurs eux-mêmes. Le redécoupage des établissements a éloigné de fait les salariés de leurs représentants, notamment ceux des petites structures internes à une grande entreprise.

La troisième hypothèse pourrait être liée au fonctionnement même des CSE où les élus sont moins nombreux, surchargés de travail avec souvent moins de temps pour rencontrer les salariés, être clairement identifiés et donc reconnus.

Soulignons aussi l’évolution du mode de scrutin particulièrement dans les grandes entreprises où le vote électronique s’est généralisé notamment sur la dernière année avec le développement du télétravail. Le vote était vécu dans beaucoup d’entreprises comme une sorte de rituel, un moment particulier de la vie de l’entreprise. En se dématérialisant, il est devenu un acte individuel et moins mobilisateur.

Autant d’hypothèses que les chercheurs devront analyser mais qui constituent une nouvelle donne dont il faudra apprécier les évolutions pour le cycle 2021-2024. Toutefois, il ne s’agit pas, pour les organisations syndicales, de sous-estimer ou relativiser une certaine désaffection vis-à-vis des syndicats, celle-ci existe probablement mais les nouvelles institutions et les nouveaux modes de scrutin ont pu largement amplifier un phénomène qui reste assez contenu dans les entreprises où existe une présence syndicale de proximité.

Pas de changement dans l’ordre des organisations syndicales ni pour accéder à la représentativité

Pour la CFDT, son maintien à la première place est une satisfaction d’autant plus qu’elle progresse en pourcentage avec 26,77 % (+0,40 point). Toutefois, elle perd près de 40 000 voix par rapport au cycle précédent. Elle creuse l’écart avec la CGT : 191 000 voix d’écart en 2021 contre 79 000 en 2017. Hors TPE, la CFDT réalise un score de 27,33 %. En poids relatif dans les syndicats représentatifs, comme lors de la période précédente elle peut être seule signataire d’un accord national interprofessionnel (voir tableau ci-dessous).

Ce résultat est d’abord dû au travail de terrain effectué par ses militants et donc apprécié par les salariés. C’est une satisfaction pour la confédération CFDT qui a depuis des années donné sa priorité à l’aide aux militants d’entreprise.

Par contre, pour la CGT avec un peu moins de 23 % des voix (-1,88 point) c’est une douche froide, d’autant qu’elle a perdu plus de 150 000 voix par rapport au cycle précédent. Sans les élections TPE, son score est encore moins bon et s’établit à 22,78 %. La confédération constate sa moindre implantation dans les entreprises et évoque sa difficulté à se mettre à l’écoute des salariés. Même si dans les entreprises elle signe de nombreux accords, sa stratégie nationale d’organisation privilégiant le conflit à la recherche de compromis pèse dans ce résultat. Mais même en perte de vitesse, la CGT continue de séduire de nombreux salariés. Elle est deuxième organisation, loin devant la troisième et reste une organisation avec laquelle il faut compter.

Pour FO, son résultat de 15,24% (-0,36 point) est plutôt un soulagement après les années difficiles vécues par la confédération à la suite du départ de Jean-Claude Mailly et du passage éphémère de Pascal Pavageau. FO perd tout de même plus de 53 000 voix par rapport à 2017. Hors TPE, elle obtient 15,31 % (-0,51 point par rapport à 2017). Cette organisation, toujours partagée en son sein entre contestation et réformisme, devra préciser sa stratégie si elle veut conserver sa place particulière dans le paysage syndical français.

La CFE-CGC continue sa progression avec un score juste en dessous de 12 % (+1,25 point) et plus de 38 000 électeurs en plus par rapport au cycle précédent. Dans une situation économique et sociale mouvante et incertaine, cette organisation semble séduire un électorat attaché au rôle traditionnel de l’encadrement et son registre catégoriel. Elle a su renforcer son implantation sur le terrain et obtient de bons résultats dans de grandes entreprises ou des branches où l’encadrement est important. Alors même qu’elle reste très en retrait par rapport à la CFDT dans l’encadrement, elle est dans l’esprit de beaucoup de cadres « le syndicat de l’encadrement ». Son discours parfois tranchant a pu aussi séduire d’anciens électeurs de l’UGICT-CGT déçus par le discours trop contestataire de la confédération CGT. Elle est aujourd’hui deuxième organisation chez les cadres avec 22 % de voix loin derrière la CFDT mais devant la CGT qu’elle a dépassée à cette occasion.

La CFTC peut s’enorgueillir d’un résultat honorable pour cette troisième édition de la mesure d’audience avec 9,5 % des voix (quasi-stabilité par rapport à 2017). Même si elle perd une vingtaine de milliers de voix, la perte de sa représentativité dans de nombreuses branches lors du dernier cycle aurait pu se traduire par une perte de voix plus importante. La CFTC conserve donc sa représentativité au niveau national interprofessionnel et reste dans le club de cinq organisations habilitées à négocier des accords à ce niveau.

L’UNSA qui aspire à intégrer ce cercle des grandes organisations peut être un peu déçue par son résultat même si, avec 5,99 % des voix elle enregistre une progression de 0,64 point et de près de 20 000 voix par rapport au cycle précédent. La marche est encore haute pour atteindre la barre de 8 % dans le privé. Cela ne l’empêche pas de prétendre « bousculer la hiérarchie » syndicale puisque, en additionnant public et privé, avec 7,68 % elle devance la CFTC.

Quant à Solidaires, avec 3,68 % elle progresse en pourcentage de 0,22 point et de 3 000 voix. Cette organisation constituée de syndicats très autonomes reste toutefois très loin de la barre des 8 % et ne peut prétendre jouer un rôle prépondérant dans le paysage syndical français.

Quels sont les enseignements que l’on peut tirer de cette mesure de l’audience sur le cycle 2017-2020 ?

  • Une baisse de la participation qui doit interroger les organisations syndicales sans dramatiser la situation. Cette baisse est largement liée à la mise en place des CSE et notamment la disparition des délégués du personnel. Au demeurant, le taux de participation de près de 55 % aux élections aux CSE là où les organisations syndicales sont réellement présentes peut faire rêver quelques responsables politiques. Ce taux élevé, même s’il est en baisse, démontre toute la légitimité des organisations syndicales représentatives au niveau national.
  • La hiérarchie syndicale établie lors de l’avant dernière mesure de l’audience est confirmée.
  • L’objectif recherché par les initiateurs de la loi de 2008 vers la diminution du nombre d’organisations syndicales n’est pas atteint et les résultats des « petites » organisations ne permet pas d’espérer qu’il le soit dans un avenir proche. On peut le regretter.
  • La mesure de l’audience régulière (tous les 4 ans) est maintenant institutionnalisée et ne devrait plus être remise en cause.
Résultats mesure de l’audience cycle 2017-2020
2021 2021 % Ecart 21/17 % sans TPE Poids relatif
Inscrits 14 228 287
Votants 5 398 796 37,94% -4,82% 54,96%
Exprimés 5 016 355
CFDT 1 343 056 26,77% 0,40% 27,33% 30,99%
CGT 1 151 897 22,96% -1,88% 22,78% 26,58%
FO 764 330 15,24% -0,36% 15,31% 17,64%
CFE-CGC 597 778 11,92% 1,25% 12,35% 13,79%
CFTC 476 565 9,50% 0,01% 9,69% 11,00%
UNSA 300 391 5,99% 0,64% 5,45%
Solidaires 184 513 3,68% 0,22% 3,65%
Tableau établi à partir des résultats annoncés par le ministère du Travail en 2021 et 2017

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