1. Accueil
  2. > Conditions d’emploi
  3. > Rémunération
  4. > Les inégalités de salaires dans le secteur privé en 2020

Les inégalités de salaires dans le secteur privé en 2020

Publié le 25 juin 2022 / Temps de lecture estimé : 4 mn

En 2020, le salaire équivalent temps plein (EQTP) dans le secteur privé est en moyenne de 3 300 euros bruts par mois, soit 2 518 euros nets de cotisations et de contributions sociales. En tenant compte de l’inflation (0,5 % en 2020) le salaire moyen en EQTP a augmenté de 3,0 % en brut et de 3,2 % en net sur un an en euros constants. Ce dynamisme est trompeur, plus que de progressions salariales individuelles il résulte des modifications substantielles (chômage partiel indemnisé, modification des emplois) imputables à la crise sanitaire plutôt que des progressions salariales individuelles.

Des salaires et des évolutions atypiques pendant le Covid en 2020 : pendant la crise sanitaire, des emplois ont été momentanément détruits (emplois moins qualifiés, moins rémunérateurs que les autres, comme les contrats courts). D’autre part, les périodes de chômage partiel, exclues du calcul du salaire moyen car ne correspondant pas à des périodes d’activité, ont davantage concerné les ouvriers et les employés, moins rémunérés que les cadres qui ont exercé plus souvent des fonctions de télétravail. Ils ont de ce fait été temporairement sous-représentés par rapport aux cadres en 2020 :

  • Ces différents effets de structure ont contribué mécaniquement pour +1,7 point à l’évolution du salaire net moyen en EQTP (équivalent temps plein).
  • Ainsi, à catégorie socioprofessionnelle, secteur d’activité et condition d’emploi constants, celui-ci a progressé de 1,5 % en euros.
  • Le chômage partiel (ou le dispositif d’activité partielle financé par l’État et l’Unédic) a procuré un revenu de remplacement aux salariés soumis à ce dispositif dont le salaire a de fait été diminué.
  • Lorsqu’ils ne sont pas mesurés en équivalent temps plein mais rapportés à la durée contractuelle des emplois, les salaires perçus par les salariés, au titre de leur activité, c’est-à-dire hors indemnité de chômage partiel, ont chuté de 4,0 % en 2020.
  • Cette baisse de salaire a été compensée par les indemnités versées dans le cadre du recours au chômage partiel, si bien que les revenus professionnels des salariés ont globalement augmenté en 2020 de 0,8%.

Le salaire net moyen en EQTP a progressé moins favorablement pour les ouvriers et les professions intermédiaires. Il a progressé différemment selon les catégories socioprofessionnelles :

  • + 2 % pour les cadres après -0,7 % en 2019,
  • + 1,9 % pour les employés après + 1,9 %,
  • + 1,4 % pour les entreprises intermédiaires après +1,3 %,
  • + 0,7 % pour les ouvriers après 2 %.
  • Les femmes gagnent 15,2 % de moins que les hommes en EQTP. Cet écart s’est réduit de 0,9 point par rapport à 2019 et de 5,7 points depuis 2008.

Les employés ont davantage bénéficié de la prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (Pepa), reconduite en 2020 et, dans les établissements privés de santé, de la prime « Covid », ces primes ont contribué au total pour 1 point à la hausse de leur salaire net moyen, davantage que pour les professions intermédiaires (+ 0,5 point) et les ouvriers (+ 0,4 point).

Le salaire net mensuel moyen en EQTP diffère aussi selon les secteurs d’activité : en 2020, il est de 2 773 euros dans l’industrie, 2 275 euros dans la construction et 2 485 euros dans le tertiaire. Il est plus élevé dans les secteurs où les cadres, mieux rémunérés que les autres salariés, sont surreprésentés, comme les services financiers (3 700 euros) ou l’information communication (3 583 euros). En revanche, il est plus faible dans le secteur des activités scientifiques et techniques (1 681 euros) qui concentre une forte proportion d’ouvriers :

En 2020, le salaire net moyen a augmenté de 2,3 % en euros constants dans l’industrie, de 2,2 % dans la construction et de 3,5 % dans le tertiaire. Comme dans l’ensemble du secteur privé, ces hausses sont en partie dues à la modification de la structure des emplois.

Le salaire horaire net moyen s’établit à 16,3 euros pour l’ensemble des salariés du secteur privé en 2020. Celui des cadres à 28,3 euros nets, 2,5 fois plus élevé que celui des employés (11,6 euros) et des ouvriers (12 euros).

Le salaire horaire moyen a augmenté de 3,6 % en euros, dont +1,9 point lié aux modifications de structure des emplois. Cette hausse concerne toutes les catégories socioprofessionnelles : de +1,2 % pour les ouvriers à 2,4 % pour les employés.

  • En 2020, un salarié sur deux perçoit un salaire net en EQTP inférieur à 2 005 euros.
  • La moitié des salariés du secteur privé perçoit moins de 2 005 euros nets par mois.
  • Ce salaire net médian est inférieur de 20 % au salaire moyen, ce qui traduit une plus forte concentration des salaires en bas de la distribution.
  • Environ 80 % des salariés ont un salaire net mensuel compris entre le Smic (1 219 euros) et 3 400 euros.
  • Aux extrémités de la distribution, un salarié sur 10 gagne moins de 1 343 euros nets par mois, tandis qu’un sur 10 perçoit plus de 4 033 euros. Un salarié sur cent gagne plus de 9 638 euros nets soit environ 8 fois le SMIC.
  • Tous les niveaux de l’échelle salariale ont augmenté en euros constants en 2020, en particulier dans le haut de la distribution : +1,1 % pour le 1er décile, +2,7 % pour le salaire médian, et +4,3 % pour le 9ème décile.

En 2020 les disparités salariales ont donc augmenté. Comme pour l’évolution du salaire moyen, cette hausse des disparités de salaire est en trompe l’œil : elle provient pour partie du fait que le recul de l’activité a davantage affecté les emplois moins rémunérés. L’ensemble de la distribution a été mécaniquement rehaussé, de façon atténuée pour les plus hauts salaires. Sur longue période, entre 1996 et 2020, le 1er décile a presque autant augmenté que le 9ème (+18,5 % contre 19,1 %).

En 2020, le salaire moyen par tête a chuté dans le privé et a progressé dans le public. Dans le privé, le recours massif au chômage partiel s’est en grande partie substitué aux salaires. Les emplois les plus précaires et les moins qualifiés ont davantage pâti de la crise que les autres avec une baisse structurelle de la qualité de l’emploi. L’indice du coût du travail horaire a cependant fortement accéléré. Les salaires se sont moins contractés que les heures, renchérissant ainsi le salaire horaire et de ce fait le coût horaire du travail.


Références