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Un front syndical uni contre la réforme de l’assurance chômage

Publié le 17 septembre 2022 / Temps de lecture estimé : 5 mn

Les syndicats (CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, FSU, Solidaires et UNSA) et les organisations de jeunesse (Unef, Fidl, Mnl, Vl, Fage) réunis au siège de la CFDT le 9 septembre ont dénoncé le projet de réforme de l’assurance chômage prévu par le gouvernement. Ils estiment que la réforme envisagée diminuera les droits à l’indemnisation des chômeurs et qu’elle risque d’accentuer la précarité.

Un deuxième texte commun signé durant l’été

Les mêmes organisations (moins la FAGE) avaient déjà cosigné le 12 juillet un texte commun d’alerte au gouvernement pour défendre l’augmentation des salaires. C’est une démarche unitaire qui est à l’œuvre, ce qui n’est pas habituel dans notre pays. Il est vrai que la situation née de l’inflation et alors que certaines professions estiment que leurs efforts ne sont pas reconnus à leur juste valeur par les entreprises attisent une inquiétude et une sourde colère.

Le projet de l’exécutif

Le projet tel qu’il est esquissé dans la presse par les principaux ministres et le Président de la République montre que le gouvernement souhaite moduler les règles d’indemnisation, en les durcissant quand l’économie va bien et en les rendant plus protectrices lorsque l’activité va mal. C’est ce que l’on appelle une indemnisation contracyclique. Ce système est mis en œuvre dans certains pays comme le Canada. La déclaration commune vise à prendre date alors que la loi en vigueur oblige le gouvernement à saisir les partenaires sociaux avant tout projet de réforme sociale, a fortiori lorsqu’il s’agit de l’assurance chômage gérée par les partenaires sociaux.

Les arguments des syndicats

Les syndicats et organisations de jeunesse réfutent le fait d’attribuer les problèmes de recrutement dans certaines professions à l’indemnisation chômage. Cette réforme selon eux risque d’accentuer la précarité et en particulier des jeunes.

Les problèmes de recrutement sont liés à l’insuffisance des qualifications et compétences mais aussi aux conditions de travail et de salaires, ce que des enquêtes récentes de la DARES et du commissariat au Plan viennent de confirmer. Ils rappellent que la réforme décidée l’an passé et qui a durci les conditions d’accès n’a pas encore été évaluée.

La convention qui arrive à échéance le 31 octobre sera prolongée par le gouvernement jusqu’au 31 décembre 2023 à l’occasion de la loi présentée au Parlement sur l’assurance-chômage en attendant la fin d’hypothétiques négociations rejetées par certains et que le gouvernement ne semble pas vouloir ouvrir.

Enfin ils estiment que l’urgence est, après l’été qui « a mis violemment en lumière les conséquences du changement climatique », à « la nécessité d’engager une transition écologique socialement juste ». Une autre manière de prendre date face aux chantiers prioritaires mis en avant par le gouvernement.

Les prochaines étapes

Le Ministre du Travail, Olivier Dussopt, et la ministre déléguée à la Formation professionnelle, Carole Grandjean, ont reçu le 12 septembre les partenaires sociaux pour présenter leur feuille de route.

Les syndicats et les organisations de jeunesse quant à eux prévoient une nouvelle réunion le 3 octobre au siège de l’UNSA.

Le communiqué commun


En cette rentrée sociale, le pouvoir d’achat et l’augmentation des salaires, des pensions, des retraites, minimas sociaux et bourses d’études demeurent un sujet majeur pour nombre de travailleuses, travailleurs et jeunes. Comme nous le déclarions le 12 juillet, la préservation du pouvoir d’achat nécessite toujours un meilleur partage de la richesse.

Si cette question est prioritaire la question de l’emploi et de la formation l’est tout autant.
À cette question, le gouvernement donne une réponse simpliste : une nouvelle réforme de l’assurance chômage durcissant les règles d’indemnisation des demandeurs d’emploi. Il sous-entend ainsi que le chômage est un choix.

Cibler les droits au chômage est totalement inefficace. Stigmatiser une nouvelle fois les demandeurs d’emploi en diminuant leurs droits à indemnisation est profondément injuste. Cela risque d’accentuer la précarité notamment de jeunes, alors que seul le taux de chômage de ces derniers a augmenté de 1.3 point ce trimestre.

Si, selon plusieurs études, les employeurs peinent aujourd’hui à recruter c’est d’abord parce qu’ils ne trouvent pas les qualifications et les compétences qu’ils recherchent. Nos organisations syndicales et de jeunesse rappellent que ce sont aussi les conditions de travail ou d’emploi proposées qui posent problème : salaires trop bas, horaires atypiques ou imprévisibles, mauvaises conditions de travail, contrats très courts, difficultés liées aux modes de transport…

Enfin, nous rappelons que plus de la moitié des demandeurs d’emploi ne sont pas indemnisés.
C’est tout l’enjeu du débat qu’il faut engager sur l’emploi et le travail, dont une réforme de l’assurance chômage n’est qu’un élément, alors que depuis quelques mois les difficultés de recrutement sont pointées dans de nombreux secteurs d’activité.

Les réponses à ces problèmes sont multiples et nos organisations syndicales et de jeunesse réaffirment leur opposition à la modification des règles d’indemnisation des demandeurs d’emploi en fonction de la conjoncture (notamment la contracyclicité).

En termes d’emploi, plutôt que de se focaliser sur le durcissement des règles d’indemnisation, la question de meilleures conditions de travail et de l’accompagnement de la transformation des métiers pour répondre aux enjeux environnementaux est aussi posée.

Alors que cet été a mis violemment en lumière les conséquences du changement climatique, nos organisations réaffirment aujourd’hui la nécessité d’engager une transition écologique socialement juste.

Chacune et chacun d’entre nous est concerné, et l’ensemble des organisations représentant des travailleuses et travailleurs d’aujourd’hui comme de demain doit y prendre toute sa place. Les impacts de cette transition écologique sont multiples et concerneront à la fois les activités, les métiers, les emplois, les qualifications et les compétences. Répondre à ce défi majeur, c’est anticiper ses impacts et construire des réponses aux besoins des travailleuses et travailleurs concernés dans le cadre de la formation initiale et continue, investir dans la jeunesse et la formation initiale.

Cela nécessite donc des investissements à la hauteur des enjeux, notamment dans l’enseignement supérieur et l’enseignement professionnel. Tous ces sujets doivent relever du dialogue social dans les entreprises, les branches professionnelles et au niveau interprofessionnel.

Nos organisations attendent des réponses à la hauteur.

Nos organisations conviennent de se réunir à nouveau début octobre afin de poursuivre leurs échanges.


Sources

Retrouvez dans Clés du social

La contracyclicité, ce nouveau concept de modulation des droits au chômage selon la concture