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9 mai 1950 – La déclaration Schuman pour l’Europe

samedi 9 mai 2020

L’insuffisance de solidarité européenne est souvent critiquée, surtout depuis la crise du Covid-19. Que dit la fondation Schuman ? « La lutte contre le coronavirus invite plus que jamais à analyser les fondements et les limites de la solidarité exercée entre les États membres de l’Union européenne, au même titre que le 70ème anniversaire de la déclaration Schuman, souvent citée pour son invocation des « réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». La solidarité européenne se manifeste par des actions plus fonctionnelles qu’émotionnelles. Cette solidarité européenne est le sous-produit d’une construction politique progressive, qui a permis la mise en place de multiples outils qu’il serait utile de valoriser plutôt que d’en déplorer systématiquement l’insuffisance.

Paul Collowand, à 92 ans, est l’un des derniers témoins encore actifs et acteur de ce moment historique où une génération d’Européens assista entre 1939 et 1945 au suicide matériel et spirituel de l’Europe avant de faire le choix de vivre et de reconstruire. Suivons l’interview de Jean-Pierre Bobichon dans « Sauvons l’Europe », l’institut de Jacques Delors.

Quelle est votre mémoire du 9 mai 1950 ? Elle me renvoie à ma première rencontre avec Robert Schuman, en 1949, où je lui relate mes rencontres en tant que journaliste sur la complexité de la jeune génération allemande. La constitution allemande existe depuis mai 1949, les élections n’ont pas encore eu lieu. Une question se pose : « Allons-nous recommencer le traité de Versailles ? Comment trouver une solution européenne ? »

Avec le recul, à quel point le 9 mai 1950 a-t-il infléchi la vie des Français ? Il y a un avant et un après le 9 mai 1950 pour la France, pour l’Allemagne et pour l’organisation politique du continent européen. Jean Monnet, commissaire au plan, fournit les sept feuilles qui allaient devenir la « déclaration Schuman ». C’est un avenir possible à présenter à ses collègues américains et anglais, après un vote de soutien du texte en Conseil des ministres français. Aujourd’hui encore, même après la chute du bloc soviétique, l’Europe s’organise toujours dans le sillage de ce « big-bang du 9 mai 1950 ».

Quel regret dans la gestion française de l’héritage du 9 mai 1950 ? Je pourrais rappeler les épisodes de 1954 (échec de la Communauté européenne de défense), puis de 1965 (la politique de la « chaise vide » du général de Gaulle) ou encore une sorte d’effacement français durant la décennie 2000, pour tenter une liste des « ralentissements successifs » du train lancé le 9 mai 1950. Mais plus modestement, je constate l’investissement de beaucoup de nos voisins européens, notamment en Allemagne, de députés qui s’investissent pour plusieurs mandats. Cette réalité n’est jamais vraiment perçue en France, sans doute à cause du caractère « particulier » du mode de scrutin électoral des européennes. La France a perdu l’habitude d’envoyer à Strasbourg des personnalités hors du commun comme ce fut le cas pour Louise Weiss ou Simone Weil. Il y a dans la marche quotidienne de l’Europe un enjeu concret lié à la qualité des personnalités qui sont la voix de la France en Europe.

Que souhaitez-vous retenir d’essentiel au sujet de la « révolution » du 9 mai 1950 ? Dans le contexte de son temps, Robert Schuman répondait à cette question fondamentale qui continue à courir : « Quel est encore le poids des nations européennes ? ». En politique, il faut à la fois de l’imagination, de l’audace, et du pragmatisme. Cela donne au final les petits pas très concrets de la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier) et en même temps la vision à terme d’une « fédération européenne ».
Dans le texte du 9 mai se trouve une innovation institutionnelle fondamentale du dispositif CECA. Je veux parler de la Haute Autorité, qui sera présidée par Jean Monnet à ses débuts. C’est dans cette composante « supranationale » que se niche toute « Souveraineté européenne », mais aussi le principe de l’égalité de droits entre partenaires quelle que soit leur puissance et performance du moment. Cette égalité fonde la paix.

À l‘heure du coronavirus, quels enjeux pour le projet européen, qui nous dévoile le côté sombre de la mondialisation ? Je vous renvoie aux premières lignes de la déclaration Schuman : « La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menace. La contribution qu’une Europe organisée et vivante peut apporter …est indispensable ».

Ce rapprochement d’un texte de mai 1950 et des réalités d’aujourd’hui peut-il être perçu par l’opinion publique ? Je le crois ; certes pour ma génération, nous étions en sortie de guerre, avec ses dégâts collatéraux, mais avec la conviction que l’on construirait la paix grâce à une réconciliation basée sur la solidarité.

Justement, après notamment un appel à la solidarité européenne de Jacques Delors, il semble qu’un réveil soit en train de se produire en Europe. Qu’en pensez-vous ? Les Européens ont fini par s’entendre sur un plan d’aide hors norme de 540 milliards que chacun appréciera selon sa propre vision du projet européen…il faut maintenir la pression pour aller plus loin et plus vite. Et notamment bien se mettre d’accord sur ce que les uns et les autres mettent derrière le mot « solidarité européenne ». Le débat est ouvert. Les réseaux sociaux et les média devraient y apporter leur compétence et leur sang-froid. Reste qu’aujourd’hui et demain, en sortie de crise, cette solidarité reste un impératif, pour nos responsables politiques et pour le citoyen.

À ce jour, l’acte du 9 mai 1950 reste un bel exemple de « sortie par le haut » d’une crise meurtrière, d’une guerre, par la confiance et la solidarité !

Interview - mai 2020 : le big-bang du 9 mai.
 
" L’esprit européen " ne souffle pas spontanément, ni au niveau des dirigeants nationaux, ni au niveau des peuples ; les élans de solidarité s’expriment davantage dans un cadre national que sur le plan communautaire. Si la construction européenne a été lancée, et si l’Union dispose de politiques et d’outils substantiels, y compris sur le registre de la solidarité, c’est d’abord au regard d’un contexte géopolitique ayant poussé les pays européens à s’unir, pour consolider la paix et parce que « l’union fait la force ».
Le 9 mai 1950, jour de la déclaration Schuman, est considéré comme l’acte fondateur de l’Union Européenne. Le 9 mai est devenu un symbole fort depuis que le Conseil européen de Milan en 1985, l’a déclaré comme journée de l’Europe, célébré dans tous les États de l’Union européenne.


Références