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COVID-19. L’OIT analyse l’impact de la crise sur l’emploi et les travailleurs

mercredi 6 mai 2020

L’Organisation Internationale du Travail, dans une note publiée début avril 2020, fait une analyse catastrophique de l’impact de la crise du COVID-19 sur l’emploi et les travailleurs au niveau mondial. 2,7 milliards de travailleurs confinés, réduction importante du nombre d’heures travaillées, les travailleurs informels particulièrement touchés par la crise, tels sont les éléments principaux mis en avant par l’OIT. L’organisme international formule à la suite des recommandations pour tenter de diminuer l’impact du choc de cette crise sans précédent. Au programme : soutien de grande envergure à l’emploi et l’économie, notamment en direction des pays les plus fragiles et promotion du dialogue social. Détails…

L’économie mondiale à l’arrêt

81 % de la main d‘œuvre mondiale est concernée par des mesures de confinement. Dans un certain nombre de secteurs économiques, les entreprises, notamment les petites entreprises, connaissent des difficultés qui menacent leur fonctionnement et leur solvabilité. Les travailleurs ont des pertes de revenu importantes et des licenciements, particulièrement là où les protections sont les plus faibles et l’économie informelle dominante.

L’OIT a calculé que le temps de travail au niveau mondial a diminué de 6,7 %, ce qui représente l’équivalent de 195 millions de travailleurs à temps plein (48h par semaine). La baisse du temps de travail est plus forte dans les pays arabes (8,1 %), en Europe (7,8 %), et sur la zone Asie-Pacifique (7,2 %). Début avril, l’Europe et l’Asie centrales (6,0 %), les Amériques (6,3 %) et l’Afrique (4,9 %) étaient moins touchées. Mais, compte-tenu de la progression de la pandémie à travers le monde, ces données peuvent évoluer dans le temps.

Les secteurs les plus touchés sont les commerces de gros et de détail, l’industrie, l’immobilier, les activités administratives d’affaires et le secteur de l’hôtellerie et restauration. Ces secteurs représentent plus d’un tiers de la main d’œuvre mondiale. Certains d’entre eux ont une main d’œuvre abondante aux situations précaires et avec des revenus modestes. L’OIT alerte aussi sur l’impact de la crise sur l’agriculture « le plus grand employeur des pays en développement » avec les risques d’insécurité alimentaire que font peser les mesures de confinement et notamment la fermeture des frontières.

Les travailleurs les plus en danger sont ceux de l’économie informelle qu’on rencontre particulièrement dans les pays arabes, l’Afrique et l’Asie-Pacifique. Ainsi, en Inde, 90 % des travailleurs exercent une activité informelle. Ils ont un accès limité aux services de santé et ne bénéficient pratiquement pas de protection sociale.

Les personnels de santé (138 millions de travailleurs dans le monde, 70 % de femmes) paient aussi un lourd tribut à la crise au niveau de leur santé mais aussi sur le plan économique.

Enfin, l’OIT s’inquiète des pays fragiles subissant un conflit prolongé qui devront affronter des difficultés supplémentaires. Ils sont moins équipés en équipements sanitaires et les conditions même du travail sont précaires avec des institutions faibles et le dialogue social quasi absent.

Les préconisations de l’OIT : une réponse d’ampleur qui ne doit pas oublier les plus fragiles

L’organisme international attend des réponses politiques à la crise qui doivent porter essentiellement sur deux objectifs : se concentrer sur les mesures de protection en matière de santé et soutenir sur le plan économique l’offre et la demande. Les mesures doivent être de grande envergure pour avoir de l’impact. L’OIT insiste, par ailleurs, sur la nécessité « de renforcer le climat de confiance » par la mise en avant du dialogue social pour « adapter les différentes mesures décidées afin qu’elles soient utiles à ceux qui en ont le plus besoin ».

Il s’agit donc de stimuler l’économie par des politiques budgétaires et monétaires adaptées, de soutenir les entreprises et l’emploi et de protéger les travailleurs sur leur lieu de travail mais aussi de s’appuyer sur le dialogue social pour trouver des solutions.

À ces mesures générales, l’OIT apporte des compléments à partir des constats qu’elle fait sur l’analyse de la crise. Ainsi, elle propose :

  • de soutenir immédiatement les secteurs les plus touchés et les groupes de populations spécifiques notamment ceux qui travaillent dans l’économie informelle,
  • de s’assurer de la disponibilité des produits alimentaires et de première nécessité,
  • d’éviter que certains travailleurs du secteur formel ne tombent en secteur informel en raison de la crise,
  • de tenir compte des particularités nationales pour adapter les mesures à prendre au plus des caractéristiques de chaque économie notamment en matière d’inégalité sociale.

Si l’OIT constate que des mesures « d’une ampleur historique » ont été prises rapidement à travers le monde dans la plupart des économies avancées, elle s’inquiète sur les insuffisances des dispositions prises dans certains pays. Alors que la crise s’étend aux pays les plus faibles, l’OIT souhaite que des mesures importantes même renforcées soient prises pour les entreprises et les travailleurs notamment dans le secteur informel. L’aide humanitaire et un soutien international seront un élément « primordial dans les pays les plus faibles où la marge budgétaire et les capacités sont très limitées ».

La note conclut sur les perspectives incertaines à la fois sur l’ampleur et la durée du choc sur le plan économique. L’OIT encourage les gouvernements à faire preuve de réactivité pour adapter au mieux leur réponse.


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