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En 2021, l’image des syndicats s’améliore…mais beaucoup de questions demeurent !

mercredi 3 novembre 2021

L’enquête annuelle du CEVIPOF (Science Po Paris) et de Dialogues [1] donne des résultats encourageants pour les syndicats et le dialogue social. Au-delà d’une perception qui s‘améliore chez l’ensemble des salariés, là où il est présent, dans les grandes entreprises et un certain nombre d’entreprises de taille intermédiaire, les syndicats et le dialogue social sont mieux perçus qu’ailleurs. Il y a toutefois encore beaucoup de réponses des salariés qui doivent interpeller les syndicats mais aussi tous les acteurs du dialogue social, patronat et gouvernement compris.

L’image des syndicats s’améliore

Même si le pourcentage de confiance vis-à-vis des syndicats arrive loin derrière d’autres acteurs, l’image des syndicats s’est améliorée de 2 points en 2021 par rapport à 2019. Ainsi, 40 % des salariés ont plutôt confiance ou très confiance dans les syndicats (38 % en 2019). Cette confiance accordée aux syndicats est plus forte chez les non-cadres (41 %), les salariés des grandes entreprises (44 %) et bien sûr chez les salariés syndiqués (68 %). Finalement, là où les salariés connaissent ou côtoient quotidiennement le syndicalisme, celui-ci a plutôt une meilleure image.

Pour les salariés, ce sont les syndicats qui sont le plus à l’écoute de leurs préoccupations (45 %), comparés aux employeurs (34 %) et au ministère du Travail (24 %). Cette perception favorable aux syndicats est en amélioration (+4 points par rapport à 2019).

De même, les salariés sont plus nombreux à estimer que le dialogue social fonctionne bien en France. Ils sont, en 2021, 31 % à le penser alors qu’ils n’étaient que 28 % en 2019 et surtout 19 % en 2018. Cette perception reste toutefois minoritaire.

Par ailleurs, 78 % des salariés estiment que le dialogue social existe dans leur entreprise (+2 points par rapport à 2019). Cette appréciation est même supérieure chez les cadres (85 %) et dans les entreprises de taille intermédiaire (84 %) et les grandes entreprises (83 %). Là encore, là où le syndicalisme est présent, le dialogue social existe.

Les salariés veulent des élus compétents plutôt que combatifs

À la question quelles sont les qualités demandées à un représentant du personnel ce sont des critères de compétence ou de savoir être qui sont appréciés. Ainsi, ils doivent être honnêtes (47 %), relayer la parole des salariés (37 %), être compétents (29 %) et doivent tenir leurs promesses (29 %). L’image du syndicaliste « combatif » n’est appréciée que par 20 % des salariés (26 % en 2019).

Mais des indicateurs doivent interpeller les syndicats

Tout d’abord, la confiance envers les syndicats (40 %) reste nettement en dessous de celle placée par les salariés dans des institutions telles que la sécurité sociale (71 %), les prud’hommes (68 %) ou encore l’Inspection du travail (61 %) et dans les acteurs de proximité que sont leurs collègues de travail (78 %), leur hiérarchie immédiate (69 %) ou même la direction de leur entreprise (55 %).

Quand il s’agit de défendre ses intérêts, les salariés préfèrent avant tout se coordonner avec les collègues qui partagent les mêmes préoccupations (75 %) plutôt qu’avoir recours aux représentants du personnel (59 %, même niveau qu’en 2019). Le meilleur moyen de peser sur les décisions de l’employeur est, pour eux, de faire appel à la hiérarchie immédiate (44 %, +2 points par rapport à 2019) plutôt que de recourir à une quelconque action syndicale et particulièrement la grève (28 %, en baisse de 3 points). Toutefois, à cette question il manque, de notre point de vue, dans les réponses proposées, un item « faire appel à la négociation entre l’employeur et les syndicats ».

Par ailleurs, si les salariés considèrent que le dialogue social existe dans leur entreprise, ils sont très nombreux à le juger inefficace (51 % contre 52 % en 2019). Et, plus inquiétant, c’est plus le cas dans les entreprises de taille intermédiaire (58 %) et les grandes entreprises (62 %), là où sont les organisations syndicales, que dans les PME (40 %) où elles sont moins présentes.

Enfin, les raisons invoquées par les salariés d’une moindre syndicalisation en France sont toujours la politisation des syndicats (45 %), le fait que les syndicats ne défendent que l’intérêt des syndiqués (26 %) et le risque de représailles de la part du patron (24 %). On trouve aussi « les gens n’ont plus envie de s’engager collectivement » (24 %) ou « les syndicats ne parviennent pas à obtenir gains de cause quand ils se mobilisent (22 %), même si ce dernier item est en baisse de 4 points par rapport à 2019.

Les syndicats n’ont que très peu pesé sur les décision des entreprises durant la crise du COVID

C’est l’autre enseignement décevant de cette enquête. Alors que les militants syndicaux ont beaucoup donné durant la crise du COVID, cela ne transparaît pas dans les réponses données par les salariés aux questions posées par Ipsos.

Ainsi, quand on demande aux salariés quelles ont été les actions les plus efficaces pour répondre à la crise, ils répondent : les recommandations des pouvoirs publics (35 %) et les initiatives de la direction (32 %). Le dialogue social et la négociation ne sont évoqués que par 13 % des salariés, les recommandations de la branche (11 %) et les propositions des organisations syndicales (9 %) sont très minoritaires. Pour 2/3 des salariés, le dialogue social n’a pas eu d’effet sur les décisions. Pire, pour 18 % d’entre eux il aurait même eu des effets négatifs. 17 % seulement pensent que les discussions et les informations ont été plus fréquentes. Peut-être que la difficulté des organisations syndicales à communiquer avec les salariés durant la période peut expliquer cette faible reconnaissance du travail pourtant effectué par les militants syndicaux.

Cette enquête est donc riche d’enseignements sur l’état d’esprit des salariés vis-à-vis des syndicats et du dialogue social au sortir de la crise du COVID. Pour retrouver la confiance des salariés, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Par les organisations syndicales elles-mêmes dans leur mode de fonctionnement et d’action, mais aussi de la part des autres acteurs : les employeurs et les pouvoirs publics. Si les salariés ont du mal à percevoir l’intérêt et les résultats du dialogue social, c’est aussi parce qu’il n’a pas la place prépondérante qu’il devrait avoir dans la stratégie des entreprises et, plus généralement, dans la façon de mener l’action gouvernementale. Une question qui devrait être posée à l’occasion de la campagne présidentielle ?


Source


Notes :

[1Enquête réalisée pour le CEVIPOF et l’association Dialogues par IPSOS sur un échantillon représentatif auprès de 1 575 salariés du secteur privé et public (hors fonctionnaires) selon la méthode des quotas par internet.