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ENA : quelle haute fonction publique en sortie de crise ?

mercredi 3 juin 2020

Le rapport Thiriez sur l’avenir de l’ENA et de la haute fonction publique a été remis au gouvernement le 18 février. Depuis un virus inconnu a mis notre pays, et beaucoup d’autres dans le monde, à l’arrêt et causé des milliers de morts. Cela signifie-t-il que ces travaux doivent passer à la trappe ? Il est souhaitable que non, tant la gestion sanitaire, politique et économique de la pandémie a mis le projecteur sur le rôle de l’État et de ses serviteurs. Et tant de propositions surgissent chaque jour pour préparer un monde d’après, plus solidaire, plus vert, plus européen, plus décentralisé et participatif… Avec quels hauts fonctionnaires construirons-nous cela ?

Petit retour historique

En 1945, l’Ecole nationale d’administration est créée à la sortie de la guerre pour à la fois harmoniser les parcours de formation des hauts fonctionnaires des différents ministères, ce qui n’était pas le cas, et tirer le bilan d’une forme de faillite de la haute fonction publique pendant l’occupation. Elle recrute des têtes bien faites pour être indifféremment préfet, diplomate ou administrateur civil en capacité d’intervenir dans tous les ministères sauf quelques cas nécessitant une haute technologie (Sup Telecom, Polytechnique...).

Aujourd’hui, les grandes écoles et les universités offrent d’excellentes formations initiales et le monde s’est complexifié. Aussi, les procédures de recrutement et de classement de sortie de l’ENA, les postes protégés à vie, l’absence de promotions pour la majorité des administrateurs civils, la confusion entretenue entre le statut de magistrat et de haut fonctionnaire pour le Conseil d’État et la Cour des comptes donnent un tableau peu dynamique d’une école critiquée par ailleurs pour son entre-soi.

Retour sur le rapport Thiriez : 42 propositions

Le rapport comprend 42 propositions pour davantage de mixité sociale. L’ENA deviendrait une école d’administration publique. Il préconise la fin du classement de sortie qui offre à vie les meilleurs postes de la fonction publique à quelques élus. De même la fin du corps de l’Inspection des finances, l’enterrement de l’épreuve de culture générale au concours et la mise en place d’un concours spécial pour des élèves sélectionnés sur des critères sociaux. Une des principales critiques faites à l’ENA est que les fils de cadres, vivant à Paris, représentent toujours 80 % des promotions et ce chiffre ne baisse pas depuis 30 ans.

Décloisonner la haute fonction publique pour répondre rapidement et efficacement à tous les enjeux.

Pour décloisonner la haute fonction publique le rapport préconise que les candidats reçus aux concours administratifs de sept écoles : l’ENA, l’École de la magistrature, l’École de la police, celle de l’administration pénitentiaire, l’École de hautes études en santé publique, celle de la sécurité sociale et l’Institut national des études territoriales suivent un tronc commun de six mois dont l’essentiel se passerait sur le terrain.
On voit bien en ce moment de pandémie l’intérêt que les hauts fonctionnaires responsables de la santé, de la sécurité sociale, des collectivités territoriales et de l’État aient l’habitude de travailler ensemble et non pas chacun dans sa filière.

Une haute fonction publique du XXIème siècle et de sortie de crise

Une haute fonction publique du XXIème siècle nécessite des changements profonds. Pour l’auteur du rapport, Frédéric Thiriez, les fonctionnaires doivent posséder quatre vertus « le sens de l’État, le sens de l’humain, le sens de la décision et celui de l’imagination ». Il souhaite des personnes créatives et capables d’adaptation, « une fonction publique plus ouverte et plus agile ». Il convient aussi d’accepter que certains biens comme l’hôpital public soient des biens communs et ne se gèrent pas comme une usine de production de matériel.

Chantiers d’avenir et d’après Covid 19

Beaucoup aujourd’hui se projettent sur « le monde d’après » et ils sont nombreux ceux qui plaident pour un nouveau modèle de développement plus généreux, plus durable, plus européen et moins vertical. La centralisation de notre pays a des qualités mais on a vu à l’occasion de la pandémie que la souplesse d’organisations territoriales moins centralisées, comme en Allemagne par exemple, a pu avoir plus d’efficacité. Les territoires en France, régionaux comme municipaux, ont su se réinventer pour proposer à leurs concitoyens des mesures adaptées à leur territoire ou leur situation.

Faut-il une épidémie pour que l’on découvre que l’interdiction nationale faite aux citoyens de notre pays d’accéder au bord des lacs se traduise dans les Hautes-Pyrénées par une interdiction de ballade sur les sentiers déserts du GR 10 qui mènent aux lacs d’altitude ? Dont chacun sait qu’ils ne drainent pas la foule ! Pourquoi faut-il que le bord des plages de l’ouest de notre pays soient interdites à la promenade alors que ces zones sont classées vertes …

Centralisation en la matière égale rigidité, incohérence et inefficacité…

Le Premier ministre l’a reconnu, le 28 avril. Il a appelé à « plus de souplesse, à reconnaitre et à adapter les différences ». Il faut donc un personnel administratif capable de gérer ces nouveaux enjeux.
En ce sens la réforme de l’ENA est plus qu’urgente.






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